AMATOR TEMPORIS ACTI

Bienvenue sur le site de Guillaume Attlane



Liste complète des personnages
Le RP Pie-Marie-Edgard Mortara, chanoine régulier du Latran
Le RP Mortara avec sa mère Marianna Levi-Mortara, vers 1870


------


Le Révérend Père Pie-Marie-Edgard Mortara, chanoine régulier du Latran
fils adoptif de Pie IX
(1851-1940)



Edgard Mortara, fils de Salomon Levi-Mortara et de Marianne Padovani, naquit à Bologne (appartenant alors aux États-Pontificaux) en 1851.

Étant gravement malade et bientôt en danger de mort, il fut baptisé secrètement par sa nourrice catholique Anna Morisi. Mais s'étant finalement rétabli, et le baptême secret ayant été révélé par la nourrice, il ne pouvait plus être laissé à ses parents qui, on peut le concevoir, ne se sentaient nullement liés par ce baptême et désiraient l'élever dans la religion juive. Or, les lois canoniques étaient formelles : la nourrice avait eu tort de baptiser l'enfant à l'insu de ses parents, car cela était interdit - et du reste c'était justement pour éviter ce genre de complications que les Juifs ne pouvaient théoriquement employer de nourrices catholiques, prescription généralement très peu respectée ; mais, si le cas advenait néanmoins, il fallait désormais assurer à l'enfant une éducation conforme à son état de chrétien.

Aussi, l'enfant fut-il retiré à ses parents et élevé à Rome, objet de toutes les sollicitudes du pape Pie IX qui fut son parrain et l'adopta, lui donnant, lors des cérémonies supplétives du baptême, les prénoms de Pie-Marie.

Le pape reçut ses parents et leur déclara : "Cet enfant est devenu catholique, et vous en êtes la première cause, parce que vous l'aviez confié à une nourrice catholique. En justice, je dois veiller sur un enfant qui a reçu le baptême, j'en réponds devant Dieu. Mais je ne veux pas vous le dérober et vous en priver. Eh bien, pour concilier ma responsabilité et vos affections, je vous propose d'habiter Rome ou une autre ville de mes États, et je pourvoirai à vos différents besoins".

Mais, mal conseillés, les Mortara déclinèrent tout accommodement de ce genre et quittèrent Rome. Ils restèrent libres de voir leur fils, mais il ne pouvait leur être rendu que s'ils devenaient eux-mêmes catholiques, ce qu'ils refusèrent obstinément. Le RP. Mortara, à cette époque âgé d'un peu moins de sept ans, déclara plus tard qu'il se rappelait parfaitement n'avoir jamais eu à aucun moment la moindre envie de repartir avec ses parents, et il s'en étonnait lui-même, attribuant ce fait au pouvoir d'une grâce surnaturelle…

Pie IX exigeait que tous les mois, l'enfant écrivît une lettre à ses parents ; ce qu'il faisait consciencieusement en dépit de l'absence de réponses pendant une longue période.

La rage contre Pie IX qui se déchaîna chez les anticléricaux à l'occasion de cette affaire fut d'une violence extrême. Les gouvernements européens condamnèrent presque unanimement l'attitude du pape, alors que ce dernier, dont le devoir était clair, ne pouvait en aucun cas leur répondre autrement que par un "non possumus".

"Etait-ce à moi", déclara-t-il plus tard, "à moi, représentant de Jésus-Christ sur terre, à abandonner devant la meute une âme baptisée ? Moi, le pape, pouvais-je jeter "margaritas ante porcos' ?…"

Les premières entreprises visant à dépouiller le Souverain Pontife du pouvoir temporel furent assez directement la conséquence de cette héroïque fermeté. "Ô mon fils", soupira un jour Pie IX en se penchant vers l'enfant qui jouait à ses pieds, "mon fils, vous êtes bien cher à mon cœur, et j'ai grandement souffert pour vous ! Restez bien fidèle !".

Le jeune garçon resta bien fidèle, certes. Devenu prêtre et chanoine régulier du Latran, il parcourut l'Europe pour prêcher et convertir, "racontant avec l'effusion de son âme les grandes grâces que Dieu lui avait faites et bénissant le nom de Pie IX son bienfaiteur."

"Oh quel malheur", répétait-il parfois, "quel malheur si ma nourrice ne m'avait pas baptisé !"

Il se réconcilia du reste avec sa famille et assista aux obsèques de sa mère, célébrées par le rabbin de Bologne.

Il eut toute sa vie à protester contre le rôle que les adversaires de l'Église voulaient lui faire jouer malgré lui. Ce fut le tourment de son existence que d'être perpétuellement cité comme une prétendue victime du cléricalisme et du pape, lui qui avait sans cesse sur les lèvres et dans le cœur un ardent amour de l'Église, et une vénération filiale pour Pie IX. Cette indignation devant la mauvaise foi éhontée de la "libre-pensée" transparaît dans tous ses écrits et dans tous ses discours.

De nos jours encore, à l'occasion de la béatification de Pie IX, une certaine intelligentsia fit derechef entendre les cris et les grincements de dents provoqués naguère par l'affaire Mortara. Piquante ironie qui ferait sourire aux dépens de ces redresseurs de torts, si le spectacle de la haine obstinée pouvait jamais faire sourire, l'un des tous premiers appels à la canonisation de Pie IX émana du RP. Mortara, dont la déposition au procès initié dès la mort du Saint-Père est un témoignage vibrant d'admiration et de reconnaissance.

Deux citations du RP. Mortara, pour conclure :

"Lorsque je fus adopté par Pie IX, le monde entier s ?écria que j ?étais une victime, un martyr des jésuites. Mais, à la honte de tous ceux-là, plein de reconnaissance envers la Providence qui m ?avait conduit au sein de la vraie famille de Jésus-Christ, je vivais heureux à Saint-Pierre-aux-Liens, et en ma pauvre personne agissait le droit de l ?Église, en dépit de l ?Empereur Napoléon III, de Cavour et des autres puissants de la Terre. Que reste-t-il de tout cela ? Simplement l ?héroïque "non possumus" du grand pape de l ?Immaculée-Conception". (Discours au Katholikentag, 1893, Wurtzbourg)

"Je suis catholique de principe et de conviction, prêt à répondre aux attaques et à défendre au prix de mon sang cette Église que vous combattez.
Je déclare que vos propos m ?offensent profondément dans mon honneur et dans ma conscience, et qu ?ils m ?obligent à protester publiquement.
Je suis intimement persuadé, par la vie entière de mon auguste Protecteur et Père, que le Serviteur de Dieu Pie IX était un saint. Et j ?ai la conviction qu ?il sera un jour, comme il le mérite, élevé à la gloire des autels
". (Protestation publique contre la Chambre des Députés français, qui au cours de la session du 7 juin 1879, l ?avait qualifié de "victime de Pie IX et de l ?obscurantisme clérical")


La dernière phrase a depuis trouvé son accomplissement. Quant à la béatification du RP. Mortara lui-même, les procédures furent entreprises dès sa mort par les supérieurs de l'Ordinaire, mais la guerre les fit ajourner provisoirement et elles restent à reprendre. Il est vrai que compte-tenu des polémiques à prévoir en l'occurrence, la perspective de les voir aboutir serait en elle-même un miracle plus admirable que toutes les guérisons requises pour une canonisation. A cause des mêmes tristes raisons, le Serviteur de Dieu Pie XII est dans le même cas, et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein) a bien failli l'être. Hélas, hélas, hélas ! Les chiens aboient, mais la caravane ne passe pas toujours !