Anne d'Autriche, infante d'Espagne, reine de France, en 'deuil ordinaire' de son père Philippe III, roi d'Espagne, en 1621, par Pourbus
Anne d'Autriche, infante d'Espagne, reine de France, en "deuil ordinaire" de son père Philippe III, roi d'Espagne, en 1621, par Pourbus

Ce portrait est fautivement identifié au Prado à Madrid comme un portrait d'Élisabeth de France, reine d'Espagne. Le visage est pourtant celui d'Anne d'Autriche sans la possibilité d'une seconde d'hésitation. Au surplus, les cheveux blonds suffiraient à le prouver. Il est vrai que les peintres ne semblent pas toujours avoir été d'accord sur la blondeur d'Anne d'Autriche, car la couleur de ses cheveux varie selon ses portraits. Mais Élisabeth, elle, n'est jamais blonde (sauf peut-être sur quelque méchant portrait sans valeur, posthume, ou peint d'après des gravures ou des copies de copies). Elle est toujours brune, et très brune, sans ambiguïté. Les boucles dorées qu'on contemple sur ce tableau interdiraient donc déjà sans appel d'y voir un portrait de la reine d'Espagne. Mais il y a bien plus : le costume de deuil porté ici est un costume typiquement français. Rubens peignit à destination de la cour d'Espagne en 1622 deux portraits de Marie de Médicis et d'Anne d'Autriche dans des tenues semblables, et l'on comparera également avec le grand portrait en pied de Marie de Médicis par Pourbus. Le petit attifet de crêpe noir, auquel s'attache un voile enveloppant l'arrière de la collerette, et justement cette grande collerette en éventail assortie d'un décolleté en pointe plus ou moins profond, sont alors exclusivement propres à la France et absolument sans exemple en Espagne. Élisabeth ne porte, sur tous ses portraits, que la volumineuse fraise de dentelle à l'espagnole, et la différence des modes est si nette que Rubens l'a soulignée dans son célèbre tableau de l'échange des princesses au moment du double mariage. Il n'y a naturellement aucune apparence que la reine d'Espagne porte le deuil à la française… Il s'agit bien évidemment ici de la reine de France, en deuil de son père Philippe III, roi d'Espagne, qui venait de mourir (1621).