AMATOR TEMPORIS ACTI

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Liste complète des personnages

Jacques II, roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse

Jacques II, roi d'Angleterre, enfant, étude par Van Dyck
Jacques II, roi d'Angleterre, enfant, étude par Van Dyck
Jacques II, roi d'Angleterre, enfant, par Cornelius Johnson
Jacques II, roi d'Angleterre, enfant, jouant au jeu de paume, gravure d'après Merian
Jacques II, roi d'Angleterre, enfant
Jacques II, roi d'Angleterre, enfant, par Dobson
Jacques II, roi d'Angleterre, adolescent, entre sa sœur Élisabeth et son frère Henry, duc de Gloucester, par Peter Oliver
Jacques II, roi d'Angleterre, adolescent, avec son père Charles I<sup>er</sup>, d'après Van Dyck
Jacques II, roi d'Angleterre, adolescent, gravure de William Faithorne
Jacques II, roi d'Angleterre, par Wauthier
Jacques II, roi d'Angleterre, par Wright
Jacques II, roi d'Angleterre, par Cooper
Jacques II, roi d'Angleterre, par Cooper
Jacques II, roi d'Angleterre, par Samuel Cooper
Jacques II, roi d'Angleterre, par John Greenhill
Jacques II, roi d'Angleterre, par Lely
Jacques II, roi d'Angleterre, atelier de Lely
Jacques II, roi d'Angleterre, d'après Lely
Jacques II, roi d'Angleterre, gravure d'après Lely
Jacques II, roi d'Angleterre, étude par Kneller
Jacques II, roi d'Angleterre, par Lely
Jacques II, roi d'Angleterre, par Henry Pierce Bone
Jacques II, roi d'Angleterre, alors duc d'York, avec son frère aîné Charles II
Jacques II, roi d'Angleterre, d'après Lely
Jacques II, roi d'Angleterre, gravure d'après Lely
Jacques II, roi d'Angleterre, d'après Lely
Jacques II, roi d'Angleterre
Jacques II, roi d'Angleterre, par Gascar
Jacques II, roi d'Angleterre, d'après Gascar
Jacques II, roi d'Angleterre, par Kneller
Jacques II, roi d'Angleterre, d'après Kneller
Jacques II, roi d'Angleterre, miniature dans la manière de Benjamin Arlaud
Jacques II, roi d'Angleterre, gravure d'après Kneller
Jacques II, roi d'Angleterre, par Denis Brownell Murphy
Jacques II, roi d'Angleterre, par Benedetto Gennari
Jacques II, roi d'Angleterre, par Slingelandt
Jacques II, roi d'Angleterre, atelier de Kneller
Jacques II, roi d'Angleterre
Jacques II, roi d'Angleterre, par Killigrew
Jacques II, roi d'Angleterre, en 1685, par Gennari
Jacques II, roi d'Angleterre, par Largillière
Jacques II, roi d'Angleterre


Jacques II et Anne Hyde

Jacques II, roi d'Angleterre, alors duc d'York, avec sa première femme Anne Hyde, par Lely
Jacques II, roi d'Angleterre, alors duc d'York, avec sa première femme Anne Hyde, et leurs deux filles Marie et Anne, par Gennari d'après Lely


Anne Hyde, reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse

Anne Hyde, duchesse d'York, par Gibson
Anne Hyde, duchesse d'York, par Henry Pierce Bone
Anne Hyde, duchesse d'York, par Lely
Anne Hyde, duchesse d'York, par Lely
Anne Hyde, duchesse d'York, par Lely
Anne Hyde, duchesse d'York, par Lely
Anne Hyde, duchesse d'York
Anne Hyde, duchesse d'York, par Lely
Anne Hyde, duchesse d'York, par Lely
Anne Hyde, duchesse d'York
Anne Hyde, duchesse d'York, par Gibson
Anne Hyde, duchesse d'York, par Lely
Anne Hyde, duchesse d'York, par Lely


Jacques Stuart, duc de Cambridge

Henry, duc de Cambridge, par Wright
Henry, duc de Cambridge, par Willem Wissing


Jacques II et Marie de Modène

Jacques II, roi d'Angleterre, par Gibson
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Gibson
Jacques II et Marie de Modène, roi et reine d'Angleterre
Jacques II, roi d'Angleterre
Marie de Modène, reine d'Angleterre
Jacques II, roi d'Angleterre, gravure d'après Largillière
Marie de Modène, reine d'Angleterre, gravure d'après Largillière
Jacques II, roi d'Angleterre
Marie de Modène, reine d'Angleterre
Jacques II et Marie de Modène, roi et reine d'Angleterre, avec leurs enfants Jacques, prince de Galles, et Louise-Marie-Thérèse, par Mignard


Marie de Modène, reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse

Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Lely
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Lely
Marie de Modène, reine d'Angleterre, en 1678, par Lely
Marie de Modène, reine d'Angleterre, d'après Lely
Marie de Modène, reine d'Angleterre, en 1679, par Lely
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Lely
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Henry Pierce Bone
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Verlest
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Verlest
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Ross
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Willem Wissing
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Willem Wissing
Marie de Modène, reine d'Angleterre, d'après Willem Wissing
Marie de Modène, reine d'Angleterre
Marie de Modène, reine d'Angleterre
Marie de Modène, reine d'Angleterre, en habit de chasse, par Verlest
Marie de Modène, reine d'Angleterre, d'après Gennari
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Kneller
Marie de Modène, reine d'Angleterre
Marie de Modène, reine d'Angleterre
Marie de Modène, reine d'Angleterre
Marie de Modène, reine d'Angleterre
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Netscher
Marie de Modène, reine d'Angleterre, avec son fils le futur Jacques III, par Gennari
Marie de Modène, reine d'Angleterre, avec son fils le futur Jacques III, par Gennari
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Belle
Marie de Modène, reine d'Angleterre, par Antonio David d'après Belle
Marie de Modène, reine d'Angleterre, d'après Belle
Marie de Modène, reine d'Angleterre


Isabelle Stuart

Isabelle Stuart, par Lely
Isabelle Stuart, par Lely


Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre

Jacques Stuart, prince de Galles, et sa sœur Louise-Marie-Thérèse, en 1695, par Largillière
Jacques Stuart, prince de Galles, et sa sœur Louise-Marie-Thérèse, en 1695, gravure de John Smith d'après Largillière
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, par Largillière
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, par Largillière
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, par Largillière
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, avec son frère Jacques Stuart, prince de Galles, en Ange Gardien, en 1699, par Belle
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, en 1704, par Belle
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, vers 1704, par Belle
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, vers 1712, par Belle
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, vers 1712, gravure par Chéreau d'après Belle
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, vers 1712, miniature d'après Belle
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, vers 1712, miniature d'après Belle
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre, en 1712, médaille de Norbert Roëttiers


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Jacques II, roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse (1633-1701)
et
sa première femme Anne Hyde (1637-1671)
et leur fils Jacques Stuart, duc de Cambridge (1663-1667)

sa seconde femme Marie de Modène (1658-1718)
et leurs filles
Isabelle Stuart (1676-1681)
et
Louise-Marie-Thérèse Stuart, princesse d'Angleterre (1692-1712)





Jacques II, enfant, avec sa mère, et avec ses frères et sœurs : ICI et ICI.


Jacques II, roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse, était le fils de Charles Ier, roi d'Angleterre, et de Henriette-Marie de France.

Il succéda à son frère Charles II, qui n'avait pas eu d'enfant légitime.

Jacques II épousa d'abord Anne Hyde, fille d'Édouard Hyde, comte de Clarendon, et de Frances Aylesbury.

Elle mourut avant l'accession à la couronne de son époux et ne fut donc pas reine, mais seulement duchesse d'York. Bien qu'issue d'une famille de très bonne noblesse, Anne Hyde n'aurait, dans des circonstances ordinaires, certainement jamais pu rêver une si brillante union. Après l'exécution de Charles Ier, le comte de Clarendon et sa famille passèrent en Hollande, où Marie d'Angleterre, princesse d'Orange, accueillait de nombreux exilés anglais. Anne devint fille d'honneur de la princesse. À Breda, elle connut le duc d'York, lui aussi réfugié à la cour de sa sœur. Sans être régulièrement belle, Anne était piquante et pleine de charme, et avait de nombreux soupirants. Le duc d'York s'éprit d'elle au point de lui promettre le mariage. Elle céda à ses avances et il tint sa promesse, avec un certain mérite car la restauration avait eu lieu entre-temps, ce qui ne pouvait manquer de redonner toute son ampleur à la disproportion d'une telle alliance. Du reste, lorsque la cérémonie fut célébrée dans l'intimité, il était plus que temps, puisque leur premier fils naquit deux mois plus tard.

Anne se convertit au catholicisme peu après son mariage, et son époux fit de même, à quelques années de là - tous deux d'abord secrètement. La conversion d'Anne fut révélée lorsqu'à l'article de la mort, elle refusa de recevoir l'évêque anglican d'Oxford venu pour l'administrer. Toutefois, Charles II (qui devait pourtant lui-même devenir catholique au moment de mourir) avait exigé que les enfants de son frère fussent élevés dans l'anglicanisme. Ce qui hélas fut fait, pour le malheur futur de l'infortuné Jacques II.

Jacques et Anne eurent (outre cinq autres enfants tous morts au berceau) :

- Jacques, duc de Cambridge, qui mourut à quatre ans ;

- Marie II, reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse, qui épousa Guillaume III d'Orange, stathouder de Hollande, roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse ;

- Anne, reine de Grande-Bretagne et d'Irlande, qui épousa Georges, prince de Danemark.


Veuf, Jacques II épousa ensuite Marie de Modène, fille d'Alphonse IV d'Este, duc de Modène, et de Laure Martinozzi.

Jacques et Marie eurent (outre quatre autres enfants tous morts au berceau) :

- Jacques III, roi titulaire d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse, dit "le chevalier de Saint-Georges" ;

- Isabelle, qui mourut à cinq ans ;

- Louise-Marie-Thérèse, princesse d'Angleterre, qui mourut à vingt ans.


À l'occasion de ce second mariage avec une princesse catholique, que le bas-peuple anglais surnomma aigrement "the Pope's daughter" (la fille du Pape), la conversion de Jacques fut officiellement rendue publique, et quand il ceignit la couronne quelques temps plus tard, les malheureux souverains furent aussitôt en butte à toute l'hostilité haineuse de leurs sujets, attisée en sous-main depuis sa Hollande natale par le propre gendre et neveu de Jacques II, le protestant Guillaume d'Orange, qui préparait son avenir. Jacques II tenta de tenir bon, malgré les troubles. Ses ennemis espéraient que le règne s'achèverait sans que le roi ait d'héritier mâle, et que la couronne passerait ainsi à sa fille Marie et à son époux Guillaume, qui ramèneraient le protestantisme dans le royaume. Mais lorsque Marie de Modène donna le jour à un fils qui promettait ainsi de perpétuer la dynastie dans le catholicisme, ce fut l'étincelle. On osa même répandre l'odieuse et absurde calomnie selon laquelle le jeune prince de Galles était un enfant supposé - alors que la reine lui avait donné le jour en public… et que le procès-verbal de l'accouchement fut signé par les soixante-dix témoins (!) qui y avaient assisté. Guillaume, à l'invitation des factieux anglais, débarqua en Angleterre à la tête de ses armées et ne reculant pas devant la double honte de soutenir des sujets rebelles à leur roi légitime et de dépouiller ainsi son oncle et beau-père, lui prit son royaume et le contraignit à l'exil.

L'attitude de Marie et d'Anne, les filles du roi spolié, fut tout aussi ignoble, au point d'être parmi les dernières à renoncer à accorder crédit, contre l'évidence même, aux fables de substitution d'enfants. L'épitaphe latine du tombeau de Jacques II, dans l'église de Saint-Germain-en-Laye, rappelle à leur sujet la perfidie d'Absalon, et la comparaison est aussi injurieuse à leur mémoire que cruellement exacte. On compara également les deux princesses indignes aux filles du roi Lear, et de fait il ne manqua rien à la précision de ce rapprochement, puisque si Jacques II eut bel et bien ses Goneril et Régane en la personne de ses filles aînées Marie et Anne, il eut aussi sa Cordélia en la personne de sa troisième fille, Louise-Marie-Thérèse, qu'il appelait lui-même "ma consolation", et qui, si elle ne fut certes pas mise à mort à l'instigation d'une de ses sœurs, mourut elle aussi tristement à la fleur de son âge.

Jacques II et Marie de Modène se réfugièrent en France, où Louis XIV (cousin germain de Jacques II) les accueillit magnifiquement et mit à leur disposition le château de Saint-Germain-en-Laye et où ils reconstituèrent une petite Cour en exil, affrontant l'adversité avec une grande dignité et une grande soumission à la volonté de Dieu, mais non sans une immense douleur morale, particulièrement pour Jacques II. Ils finirent leur vie tragique dans la piété la plus exemplaire et l'exercice de toutes les vertus.


Évoquons un instant la pure mémoire de Louise-Marie-Thérèse, princesse d'Angleterre, qui fut pendant sa courte vie l'objet de l'admiration universelle de la Cour par l'assemblage de toutes les grâces et tous les mérites.

Elle fut fort près d'épouser Louis de France, duc de Berry, mais le projet n'aboutit pas.

Louis-Abel de Bonnafous, abbé de Fontenay, rapporte : "Lorsqu'il fut question de le marier (le duc de Berry), deux partis se présentèrent : celui d'une fille de Jacques II, Roi d'Angleterre détrôné, et celui de Mademoiselle, fille de M. le Duc d'Orléans qui depuis fut Régent du Royaume. La Duchesse de Bourgogne voulait que le duc de Berry épousât la Princesse d'Angleterre. Elle était secondée dans ses vues par Madame de Maintenon qui savait très bien que la beauté de Mademoiselle était sans défaut, mais que sa réputation n'était pas sans tache. Mais l'alliance avec la fille infortunée de Jacques II déplaisait à la Reine Anne qu'il fallait ménager parce que dans ces malheureux temps on négociait secrètement avec elle pour la paix qui devenait si nécessaire à la France épuisée. Ce mariage aurait irrité la plus puissante et la plus implacable des Nations ennemies. Louis XIV après avoir long temps réfléchi sur cette affaire se déclara si hautement contre la Princesse Louise-Marie Stuard (sic) qu'il n'en fut plus question…".

Ceci ne s'accorde pas tout-à-fait avec ce qu'on lit dans les "Mémoires" (certes apocryphes) du comte de Maurepas, à propos du mariage du duc de Berry avec Mademoiselle : "On ne s'y serait jamais attendu, mais Madame la duchesse de Bourgogne voulant rompre le mariage de M. duc de Berry avec la princesse d'Angleterre prit de si justes mesures auprès du Roi et auprès de Madame de Maintenon qu'elle fit réussir celui-ci de préférence à l'autre. Elle craignait et avec raison que la princesse d'Angleterre ne la supplantât à la Cour. Elle pensait même fort juste à ce sujet car ceux qui ont connu cette princesse disent qu'ils n'ont pas vu plus de mérite rassemblé dans une même personne…".

Et ailleurs, parlant de la duchesse de Bourgogne et du duc de Berry : "Cette princesse avait tant d'autorité sur lui, ou pour mieux dire il avait tant d'amour pour elle, qu'elle l'obligea à se marier avec mademoiselle d'Orléans. Elle ne détermina ce prince que pour l'empêcher d'épouser la princesse d'Angleterre qu'elle haïssait souverainement, parce qu'elle lui connaissait assez d'esprit pour la supplanter auprès du roi et de Madame de Maintenon si elle venait à la Cour".

On ne sait donc au juste si la duchesse de Bourgogne soutint ou traversa le mariage de Louise-Marie-Thérèse. Toujours est-il qu'il ne se fit pas.

Si Saint-Simon s'étend très longuement sur la volonté de la duchesse de Bourgogne de marier Mademoiselle au duc de Berry, il l'explique par l'aversion que la duchesse de Bourgogne avait, non pour la princesse d'Angleterre, mais pour la duchesse de Bourbon, qui voulait de son côté marier au duc de Berry sa fille Mademoiselle de Bourbon.

En revanche il évoque bel et bien la déception réelle qu'eurent Marie de Modène et Louise-Marie-Thérèse à l'occasion de ce projet manqué. Elles n'assistèrent pas au mariage et se contentèrent d'une visite de félicitations le lendemain des noces, visite que Louis XIV arrangea pour être la plus brève possible.

"La reine et la princesse d'Angleterre, qui s'étaient toujours flattées de ce mariage qui même s'était pensé faire, comme je crois l'avoir dit, ne se faisaient aucune justice sur la situation des affaires. Elles étaient désolées. Cela fit que le roi voulut leur épargner la noce, et même toute la cérémonie de la visite que pour cela il régla comme il vient d'être rapporté".

Pour le reste de ce qu'il faut dire sur cette princesse, le mieux est de rapporter qu'on en trouve dans "La Cour des Stuarts à Saint-Germain-en-Laye", par Boscq de Beaumont et Bernos (1912). On y verra du reste qu'il ne semble pas qu'on doive accorder le moindre crédit à la prétendue inimitié de la duchesse de Bourgogne, à moins de supposer cette dernière d'une immense duplicité.


« Plus souvent, maintenant, elle fuyait les divertissements de Versailles et de Marly pour séjourner au couvent de Chaillot, près de sa mère qui exprimait le désir de ne plus quitter la pieuse retraite.

Nous devons à la religieuse de la Visitation qui l'approcha plus particulièrement dans son intimité, de suivre les différentes phases de ce qu'on appellerait aujourd'hui l'état d'âme de la princesse.

"Les deux premières années que Son Altesse Royale nous a fait l'honneur de venir ici, la solitude lui parut difficile à supporter ; mais le plaisir d'être près de la reine passait par-dessus. Elle s'est toujours attachée à Sa Majesté d'une manière si particulière, qu'elle n'avait point de désir que celui de lui donner des marques de son respect, de son attachement et de la conserver. Elle aurait donné sa vie pour la santé de la reine, les moindres incommodités qu'elle souffrait jetaient la princesse dans des inquiétudes terribles. C'était ce qui la rendait indifférente pour son établissement. "Tant que la reine vivra", me disait-elle, "je suis trop heureuse d'être près de Sa Majesté, mais je ne puis supporter la pensée de m'en séparer." Elle était plus sensible aux marques d'amitié qu'elle recevait de Sa Majesté, qu'à tout ce que le monde aurait pu lui offrir de grand et d'agréable.

Elle ressentait vivement les malheurs dont elle était environnée depuis sa naissance, malgré les violences qu'elle se faisait pour paraître toujours gaie et d'une humeur égale, et c'est une des choses que j'ai admirées en elle, sachant que son cœur souffrait dans des moments où elle paraissait comme une personne comblée des prospérités du siècle. Il n'y a certainement qu'une vertu solide et une entière soumission aux ordres de la Providence qui peut être capable de se soutenir comme elle l'a fait dans tous les événements différents de sa vie.

Elle n'avait point d'autre chose à dire dans ceux qui la touchaient le plus que ces paroles du Roi, son père : "Tout ce que Dieu fait est bien fait, il faut se soumettre à sa volonté." Combien de fois m'a-t-elle dit en pleurant : "Je sens que mon cœur n'est point fait pour les bagatelles du monde, je trouve que je perds mon temps lorsque je n'entends parler que de folie ; il y a des jours de folie où l'on semble oublier que l'on vit dans le christianisme. Que vous êtes heureuse de n'être point exposée à ces dangers !"
.

On ne manquait pas d'être étonné à la Cour que la princesse d'Angleterre marquât tant de goût pour une vie austère qui contrastait si étrangement avec son enjouement naturel. À ce qu'on lui disait que le séjour d'un monastère ne convenait guère à une princesse de son âge à qui le monde eût dû, dans ce temps, faire goûter tous ses plaisirs, "C'est à quoi", répondit-elle, "je rends grâces à Dieu que d'en être privée, car de l'humeur dont je suis, ils m'auraient perdue".

De telles expressions donneraient à croire que la princesse inclinât vers la règle monastique, si d'autres détails de sa vie à cette époque n'eussent démontré que, seule, la tristesse des événements l'avait ainsi désabusée, et qu'au moindre incident heureux la jeunesse reprenait chez elle ses droits.

On sait quelle affection unissait Louise-Marie et la duchesse de Bourgogne. Cette dernière quittait parfois Versailles pour venir à Chaillot visiter la reine, et le récit suivant permet de supposer, sans rien détruire du noble sentiment de la Dauphine, qu'à cet acte de déférence pouvait s'associer un secret et bien légitime désir de "combiner" quelque partie attrayante avec Louise-Marie.

"Le samedi 19 septembre (1711), la pluie étant fort grande, on fut surpris de voir dans la cour des relais et des pages de Madame la Dauphine dire qu'elle viendrait voir la Reine l'après-dînée ; elle arriva avec sa Cour à quatre heures. Elle entra d'abord avec Madame de Berry et fut au chœur, adorer Dieu sans entrer. Elle revint dans le cloître où Madame la princesse d'Angleterre la reçut. Dès qu'elle vit Madame la princesse, elle fit signe que l'on ne lui portât plus sa robe. Elle était en corps, elle alla avec Madame la princesse d'Angleterre chez la Reine qui était sur son lit, elle y rentra avec Madame de Berry qui y demeura avec Madame la princesse d'Angleterre. Quelque temps après, la Reine dit à Madame la princesse d'Angleterre, d'aller montrer la maison à Madame de Berry, et Sa Majesté demeura avec Madame la Dauphine qu'elle entretint avec une extrême tendresse.

"Je ne fais point de façons", dit la Reine, "avec Madame la Dauphine, et je lui ai dit : Comment, ma chère Dauphine, vous êtes-vous avisée de venir ainsi déterrer une pauvre vieille dans son couvent ?"

Après un assez long entretien, Madame la Dauphine demanda d'emmener promener Madame la princesse d'Angleterre au Cours, ce que la Reine accorda avec plaisir. Après elle sortirent ensemble. Il faisait si vilain qu'elles ne purent avoir du plaisir à cette promenade. Madame la princesse d'Angleterre proposa d'entrer dans la Savonnerie pour en voir les ouvrages, ce qui plut fort à Madame la Dauphine. Elle ramena ensuite ici Madame la princesse d'Angleterre, et comme il était le samedi des Quatre-Temps, l'on n'avait point offert de collation à Madame la Dauphine ; on lui présenta seulement du pain, des pêches et du muscat dans un panier.

Ce jour, Madame la Dauphine donna des ordres à Madame de Lauzun pour une partie de chasse au Bois de Boulogne dont elle souhaitait que Madame la princesse d'Angleterre eût le plaisir. Elle l'y invita et à venir ensuite souper chez Madame de Lauzun à Passy. Le mardi, Madame la Dauphine envoya un écuyer avec un cheval et un habit de chasse, elle écrivait en même temps à la Reine, la suppliant de trouver bon que Madame la Princesse vînt à cheval à la chasse ; elle ajouta qu'elle lui envoyait essayer un des chevaux qu'elle avait coutume de monter, et qu'elle la priait d'excuser la liberté qu'elle osait prendre de présenter un de ses habits de chasse à Madame la princesse d'Angleterre, qu'elle était honteuse de lui envoyer un habit dont elle s'était servie, mais que le peu de temps ne lui permettait pas d'en faire faire un neuf.

La Princesse monta le cheval dans le jardin et trouva que, quoiqu'elle eût été deux ans sans monter à cheval, elle n'en était pas moins assurée. L'écuyer de Madame la Dauphine entra dans le jardin, Madame la Princesse ayant fait quelques tours à cheval, il sortit et, cependant, la Reine fit réponse de sa main à Madame la Dauphine, et lui dit qu'il faudrait qu'elle fût bien mauvaise pour refuser ce qu'elle lui demandait avec tant de bonté et d'honnêteté. Après les remerciements les plus tendres, elle finit en l'assurant de la joie qu'elle aurait du plaisir qu'elle vou1ait procurer à sa fille. À midi et demi, Madame de Lauzun entra avec Madame la duchesse de Duras. La duchesse de Duras était en habit de chasse de deuil, gris et blanc et des boutons noirs. Celui de Son Altesse Royale était écarlate avec des galons d'or. Toutes les autres personnes de la chasse étaient en petit deuil gris noir. Madame de Lauzun n'était pas en habit de chasse. M. le Dauphin, Madame la Dauphine et Madame de Berry se trouvèrent à la chasse, à la fin de laquelle l'on s'en alla souper à Passy chez M. et Madame de Lauzun. À 7 heures du soir, Madame la princesse d'Angleterre revint avec Madame Middleton et parut très satisfaite de ce plaisir. M. le Dauphin et Madame la Dauphine s'en retournèrent à minuit et demi à Versailles.

Madame la princesse d'Angleterre parut fort aimable à tous ceux qui la virent. Presque tout Paris était venu pour voir la Princesse à cette chasse qui fut fort agréable, le Bois de Boulogne étant très bien accommodé. La Princesse vit nager le cerf. L'on s'étonna de trouver que Madame la princesse d'Angleterre avait si bon visage, ayant passé tout l'été dans un couvent, pendant que la Cour de France s'était donné toutes sortes de plaisirs à Fontainebleau. La reine s'était souvent inquiétée de l'ardeur et de la témérité avec lesquelles sa fille se donnait au plaisir de la chasse et essayait, par son propre exemple, d'obtenir que la princesse y renonçât. Elle lui raconta comment, à la suite d'un accident, elle reçut de sa mère une lettre remplie des plus tendres alarmes : "Cette lettre de ma mère me toucha, je lui promis, tant qu'elle vivrait, de ne plus monter à cheval, je l'ai tenu, et comme je n'avais encore que trente ans quand je vins en France, Madame m'invita à monter à cheval, mais je résistai à cette envie"
.

L'année 1712 réservait à Louis XIV et à la reine d'Angleterre le coup de grâce de leurs épreuves. Pendant que le vieux roi pleurait ses enfants, que, dans son palais désolé, traînaient encore les échos des funérailles du duc et de la duchesse de Bourgogne, le "mauvais air" empoisonneur de jeunesse, allait achever, au château de Saint-Germain, sa besogne lamentable.

Le 10 avril, la petite vérole parut à la Princesse comme elle était à sa toilette. Le lendemain elle fit sa confession générale au Père Gaillard.

À partir de cet acte, nous laisserons la reine infortunée retracer les heures tragiques et édifiantes qui précédèrent le déchirement final.

Comme elle entrait chez la princesse après cette confession : "Vous voyez, Madame, la plus heureuse personne du monde, je viens de faire ma confession générale, il me semble que je l'ai faite le mieux qu'il m'a été possible, et que si l'on venait me dire que tout à l'heure je vais mourir, je ne pourrais faire autre chose que ce que j'ai fait. Je me suis abandonnée entre les mains de Dieu. Je ne lui demande point la vie, mais que sa volonté s'accomplisse en moi."

Sur quoi la reine répliqua : "Ma fille, je n'en peux pas dire autant, car je vous avoue que je demande à Dieu qu'il vous conserve la vie afin que vous le puissiez mieux servir et aimer que vous n'avez encore fait."

"Madame", dit la Princesse, "si je désire vivre, ce n'est que pour cela seul, et parce que je crois que je pourrai vous être de quelque consolation."

Cependant on disait encore que la petite vérole était "peu de chose". On saigna la princesse au pied.

"La nuit du dimanche au lundi elle se réveilla fort agitée, les médecins pour la calmer lui donnèrent de quoi l'endormir. Le réveil fut son agonie. La reine apprit son extrémité à 5 heures."

Une communication continuelle s'était établie entre Saint-Germain et Versailles où Louis XIV partageait les angoisses de la reine.

"Le 18 au matin, le maréchal de Berwick dit au Roi, à son lever, que la princesse d'Angleterre était en grand danger, qu'il lui avait pris une fièvre violente qui lui ôtait entièrement la respiration, qu'elle avait même un transport au cerveau et qu'elle avait été longtemps en délire ; que les médecins lui avoient ordonné le diacodium ou pavot blanc ; qu'ils s'attendaient qu'il lui viendrait une petite moiteur ; que s'il n'en venait pas, ils seraient obliger de la saigner ; enfin, par tout son discours, il parut qu'il n'y avait pas grande espérance, quoique la petite vérole fût parfaitement bien sortie et qu'elle commençât à sécher, étant dans le 8° de sa maladie, et, en effet, comme il s'en retournait à Saint-Germain, il trouva un courrier qui lui apportait la nouvelle que cette princesse était morte entre 10 et 11 heures".

Le Père Gaillard avait préparé la reine à la funeste nouvelle et, dans son immense douleur, "elle parut soumise à Dieu comme à son ordinaire."

La consternation était grande à la Cour. "Le Roi et Madame de Maintenon avaient versé bien des larmes en voyant que les plus âgés étaient restés en vie et que la mort avait enlevé les plus jeunes." Il n'est pas douteux, non plus, que ce peuple de Paris dont la tendresse avait touché la jeune princesse, partagea cette affliction.

La "Gazette de France" résuma ainsi cette vie angélique :

"18 avril 1712. Louis-Marie Stuart, fille de Jacques II, roi de la Grande-Bretagne, princesse recommandable par sa piété, son esprit, sa douceur et toutes les qualités dignes de sa grande naissance, mourut à Saint-Germain-en-Laye, le 18, âgée de 19 ans et 11 mois, étant née le 28 mai 1692. Le 20, son corps fut porté au monastère des Bénédictines anglaises pour y demeurer en dépôt auprès de celui du roi, son père, et son cœur, aux filles de Sainte-Marie de Chaillot, accompagné des gardes et des pages du Roi."

La fille de Jacques Stuart n'eut pas d'oraison funèbre, quoique la reine pensât "que la seule consolation qui pouvait lui rester dans sa perte était de retracer le souvenir de ses vertus." Elle prit, à ce sujet, l'avis de Louis XIV, et nous apprenons ainsi comment les rigueurs de la politique ne désarment pas devant la douleur des mères. "On lui dit que cela ne convenait pas à la situation du roi, son fils, dont il ne fallait pas parler en ce temps, et qu'elle se voyait par là obligée de renoncer à la satisfaction qu'elle eût trouvée à faire rendre un honneur si légitime à la Princesse sa fille, qu'il fallait joindre cette abnégation à toutes les autres".

La reine se résigna ; elle sentait que c'était le dernier sacrifice que Dieu exigeait d'elle. La douce mémoire de la princesse d'Angleterre ne devait pas vivre dans l'Histoire, auréolée de quelque sublime panégyrique.

Aucun geste héroïque, fixé par d'éloquentes paroles, n'étonnera la postérité pour laquelle elle représenta l'amour filial sous sa forme la plus gracieuse et la plus séduisante. Sa vie tient toute dans une brève épitaphe sur une dalle blanche :

"Elle était ornée de tous les dons de la nature, estimée sur la Terre par la suavité de ses mœurs, et mûre au Ciel pour la sainteté".

Sur cette tombe, on ne peut que "jeter les lys à pleines mains".

Louise-Marie est placée comme une fleur parfumée entre les pages tragiques de l'histoire de sa race.