AMATOR TEMPORIS ACTI

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Ascension
Liste complète des personnages

Philippe de Bourbon, duc d'Orléans, Régent de France

Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, enfant
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, enfant
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, enfant
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, adolescent, par Rigaud
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, adolescent, par Rigaud
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, adolescent, d'après Rigaud
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, jeune homme
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, en 1693, par Mignard
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, avec sa maîtresse, la comtesse de Parabère, en Minerve, par Santerre
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, par Santerre
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, par Santerre
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, d'après Santerre
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, d'après Santerre
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, avec son fils Louis, duc de Chartres
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, par David André
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, par Charles Bolt
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, gravure d'après Jean Ranc
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, par Louis Boulogne le Jeune
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, par Lemoyne
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, à la fin de sa vie
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France, à la fin de sa vie, d'après Rigaud


Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans

Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, jeune fille, par De Troy
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, jeune fille, par De Troy
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, par Gobert
Françoise-Marie de Bourbon, duchesse d'Orléans (à gauche), avec sa sœur Louise-Françoise de Bourbon, princesse de Condé, par Claude Vignon
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, par Caminade d'après un original perdu
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, en allégorie de l'Automne (portrait à tort identifié comme celui de sa sœur Louise-Françoise)
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, avec son frère Louis-Alexandre, comte de Toulouse
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, en habit de carnaval, par Gobert
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, en habit de carnaval, miniature d'après Gobert
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, en habit de carnaval, miniature d'après Gobert
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, par Jacques-Antoine Arlaud
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, par Mme Jacquotot d'après Arlaud
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans, vers 1720


Pendants

Philippe, duc d'Orléans, Régent de France
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans
Philippe, duc d'Orléans, Régent de France
Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, duchesse d'Orléans


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Philippe de Bourbon, duc d'Orléans, Régent de France (1674-1723)
et sa femme Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, Mademoiselle de Blois (1677-1749)






Philippe de Bourbon, duc d'Orléans, Régent de France, était le fils de Monsieur, Philippe de France, duc d'Orléans, et d'Élisabeth-Charlotte, princesse palatine du Rhin.

Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France, Mademoiselle de Blois, était la fille de Louis XIV, roi de France, et de sa favorite Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan.


Le futur Régent porta du vivant de son père le titre de duc de Chartres, et c'est seulement à compter de cette époque que ce titre fut traditionnellement attribué au fils aîné du duc d'Orléans.

On sait le long et admirable portrait qu'en fit Saint-Simon, pour une fois fort juste et fort équilibré, comme le grand mémorialiste sait l'être quand il ne s'abandonne pas aux torrents de sa haine. C'est bien l'un des cas où il ne risquait pas cet écueil, car le duc d'Orléans et lui étaient amis depuis l'enfance, et le restèrent toute leur vie, aussi parfaitement dissemblables de caractère et de mœurs qu'ils pussent être par ailleurs, comme cela se voit parfois.

On ne citera ici que le début de ce portrait, se bornant au physique. Pour la suite, on la trouvera partout.

"M. le duc d'Orléans était de taille médiocre au plus, fort plein sans être gros, l'air et le port aisé et fort noble, le visage large, agréable, fort haut en couleur, le poil noir et la perruque de même. Quoiqu'il eût fort mal dansé et médiocrement réussi à l'académie (NB : l'académie était ce que nous appellerions une "salle de sport" où les jeunes princes et gentilshommes apprenaient l'équitation, l'escrime et autres exercices du corps), il avait dans le visage, dans le geste, dans toutes ses manières, une grâce infinie et si naturelle qu'elle ornait jusqu'à ses moindres actions et les plus communes. Avec beaucoup d'aisance quand rien ne le contraignait, il était doux, ouvert, accueillant, d'un accès facile et charmant, le son de sa voix agréable, et un don de la parole qui lui était tout particulier, en quelque genre que ce pût être, avec une facilité, une netteté que rien ne surprenait et qui surprenait toujours."

En se reportant aux portraits présentés ici, on a presque l'impression de voir en action, dans cette physionomie où la distinction le dispute à l'affabilité, la description même de Saint-Simon. Il est d'autre part amusant de retrouver dans le visage du Régent un mélange subtil des traits de ses parents, la préciosité presque féminine des traits de son père et l'imposante truculence germanique des traits de sa mère, la balance entre les deux physiques s'accentuant du côté paternel au côté maternel avec les années.

Une description moins connue du futur Régent est celle d'Ézéchiel Spanheim, qui peignit le prince dans son adolescence. Elle contredit au passage une fausse affirmation de Saint-Simon selon laquelle le prince avait reçu une médiocre éducation.

"Le duc de Chartres, né en août 1675 (NB. en réalité 1674) et ainsi dans sa quinzième (seizième) année, est un prince fort accompli pour son âge, bien fait et agréable de sa personne, d'un air noble et plein d'attraits, d'une taille aisée, quoiqu'au-dessous de la médiocre, adroit dans les exercices du corps ; d'ailleurs d'un esprit vif, insinuant, qui témoigne déjà beaucoup de pénétration, de justesse et de discernement, qui paraît entr'autres dans les audiences des ministres étrangers et les réponses qu'il leur fait, pleines d'esprit, d'honnêteté et de bon sens. Comme on a eu soin de bonne heure à mettre auprès de lui des personnes propres à lui former les mœurs et l'esprit, à l'instruire dans toutes les connaissances dignes de l'application d'un prince de cette naissance, et qui y apportèrent un attachement particulier, aussi ont-ils eu le bonheur de voir que le beau et heureux génie de leur élève y a répondu hautement, et a surpassé même leur attente et celle du public : en sorte que ce jeune prince fait justement les délices de Monsieur et de Madame, et s'attire déjà une considération particulière de toute la Cour."

On sait cependant comment plus tard le Régent allia les plus grandes qualités en tous genres à la pratique des dépravations les plus effrénées. Mais Louis XIV appelait son neveu "un fanfaron de crimes", voulant paraître plus vicieux et plus débauché qu'il ne l'était réellement, et ayant au fond moins de goût pour les excès en eux-mêmes, que de plaisir à faire ce qu'on nommerait aujourd'hui de la provocation.

Une belle anecdote de Saint-Simon bien significative à ce sujet :

"Son grand faible en ce genre était de se piquer d'impiété et d'y vouloir surpasser les plus hardis. Je me souviens qu'une nuit de Noël à Versailles où il accompagna le Roi à matines et aux trois messes de minuit, il surprit la Cour par sa continuelle application à lire dans le livre qu'il avait apporté, et qui parut un livre de prières. La première femme de chambre de Madame la duchesse d'Orléans, ancienne dans la maison, fort attachée et fort libre comme le sont tous les vieux bons domestiques, transportée de joie de cette lecture, lui en fit compliment chez Madame la duchesse d'Orléans le lendemain, où il y avait du monde. M. le duc d'Orléans se plut quelque temps à la faire danser, puis lui dit : «Vous êtes bien sotte, madame Imbert, savez-vous donc ce que je lisais ? C'était Rabelais, que j'avais porté de peur de m'ennuyer». On peut juger de l'effet de cette réponse. La chose n'était que trop vraie, et c'était pure fanfaronnade.

Sans comparaison des lieux ni des choses, la musique de la Chapelle était fort au-dessus de celle de l'Opéra, et de toutes les musiques de l'Europe, et comme les matines, laudes et les trois messes basses de la nuit de Noël duraient longtemps, cette musique s'y surpassait encore. Il n'y avait rien de si magnifique que l'ornement de la chapelle et que la manière dont elle était éclairée. Tout y était plein ; les travées de la tribune remplies de toutes les dames de la Cour, en déshabillé mais sous les armes. Il n'y avait donc rien de si surprenant que la beauté du spectacle, et les oreilles y étaient charmées. M. le duc d'Orléans aimait extrêmement la musique, il la savait jusqu'à composer, et il s'est même amusé à faire lui-même une espèce de petit opéra dont La Fare fit les vers, et qui fut chanté devant le Roi. Cette musique de la Chapelle avait donc de quoi l'occuper le plus agréablement du monde, indépendamment de l'accompagnement d'un spectacle si éclatant, sans avoir recours à Rabelais. Mais il fallait faire l'impie et le bon compagnon…
"

Mme de Caylus est évidemment un peu moins bienveillante que Saint-Simon avec un homme qu'une aversion farouche et réciproque opposait à sa tante Mme de Maintenon :

"Il faudrait, pour faire le portrait de M. le duc d'Orléans, un singulier et terrible pinceau. De tout ce que nous avons vu en lui, et de tout ce qu'il a voulu paraître, il n'y avait de réel que l'esprit dont en effet il avait beaucoup, c'est-à-dire une conception aisée, une grande pénétration, beaucoup de discernement, de la mémoire et de l'éloquence. Malheureusement, son caractère tourné au mal lui avait fait croire que la vertu n'est qu'un vain nom, et que le monde étant partagé entre des sots et des gens d'esprit, la vertu et la morale étaient le partage des sots, et que les gens d'esprit affectaient seulement par rapport à leurs vues d'en paraître avoir selon qu'il leur convenait.

Ce prince avait été parfaitement bien élevé
(témoignage confirmant Spanheim), et comme dans sa jeunesse les qualités de son esprit couvraient les défauts de son cœur, on avait conçu de grandes espérances de lui. Je me souviens que Madame de Maintenon, instruite par ceux qui prenaient soin de son éducation, se réjouissait de ce qu'on verrait paraître dans la personne de M. le duc de Chartres, car c'est ainsi qu'il s'est appelé jusqu'à la mort de Monsieur, un prince plein de mérite et capable par son exemple de faire goûter à la Cour la vertu et l'esprit. Mais à peine M. le duc de Chartres fut-il marié et maître de soi, qu'on le vit adopter des goûts qu'il n'avait pas. Il courtisa toutes les femmes, et la liberté qu'il se donna dans ses actions et dans ses propos souleva bientôt les dévots qui fondaient sur lui de grandes espérances."

Si ce dernier trait est exact, on peut juger si lesdites espérances furent cruellement déçues…


Parlons à présent de la duchesse d'Orléans.

Louis XIV, soucieux de donner à ses enfants naturels les établissements les plus brillants, avait déjà marié ses deux premières filles légitimées à deux princes du sang, le prince de Conti et le duc de Bourbon. Il désira ensuite aller encore plus loin, et marier la troisième avec son neveu, mais cette union d'une bâtarde, fût-elle royale, avec un petit-fils de France, scandalisa l'opinion au plus haut point.

Madame de Caylus : "Le Roi fit le mariage de M. le duc d'Orléans avec Mademoiselle de Blois. Feu Monsieur y donna les mains, non seulement sans peine mais avec joie. (Cela est faux. Monsieur s'y soumit assez docilement, sous l'influence de son favori le chevalier de Lorraine, que le Roi avait chargé de travailler son frère au corps, si l'on ose dire. Le consentement de Monsieur fut ainsi arraché à sa faiblesse, mais tout au plus). Madame tint quelque discours mal à propos, puisqu'elle savait bien qu'ils étaient inutiles. Il est vrai qu'il serait à désirer pour la gloire du Roi, comme je l'ai déjà dit, qu'il n'eût pas fait prendre une telle alliance à son propre neveu et à un prince aussi près de la couronne. Mais les autres mariages avaient servi de degré à celui-ci.

Je me souviens qu'on disait déjà que M. le duc d'Orléans était amoureux de Madame la Duchesse. J'en dis un mot en badinant à Mademoiselle de Blois, et elle me répondit d'une façon qui me surprit, avec son ton de lendore
(i.e. "personne lente et paresseuse qui semble toujours assoupie") : «Je ne me soucie pas qu'il m'aime, je me soucie qu'il m'épouse». Elle a eu ce contentement.

Feu Monsieur avait eu envie de préférer Madame la princesse de Conti, fille du Roi, veuve depuis plusieurs années, à Mademoiselle de Blois ; et je crois que le Roi y aurait consenti si elle l'avait voulu, mais elle dit à Monsieur qu'elle préférait la liberté à tout. Cependant elle fut très fâchée de voir sa cadette de tant d'années passer si loin devant elle.

Mais je dois dire à la louange de Madame la Duchesse qu'elle ne fut pas sensible à ce petit désagrément qui la touchait pourtant de plus près, et je lui ai entendu dire que puisqu'il fallait que quelqu'un eût un rang au dessus d'elle, elle aimait mieux que ce fut sa sœur qu'une autre. Elle était d'autant plus louable d'avoir ces sentiments qu'elle n'avait qu'une médiocre tendresse pour sa sœur.
"

Cette "médiocre tendresse" entre les deux filles du Roi et de la marquise de Montespan se changea d'ailleurs en haine quelques années plus tard, quand la duchesse de Bourbon et la duchesse d'Orléans voulurent toutes deux marier une de leurs filles au duc de Berry, et que la duchesse d'Orléans l'emporta.

Madame, pour qui ce mariage avec une bâtarde fut la plus grande douleur de sa vie, et qui haïssait sa belle-fille ("Si j'avais pu racheter de mon sang le mariage de mon fils, je l'aurais fait", écrit-elle), l'a peinte comme elle seule pouvait le faire :

"La femme de mon fils est une laide et méchante créature, qui ne s'inquiète pas de mon fils et méprise Monsieur, comme si elle était quelque chose de bon. Elle ne fait rien contre moi, mais elle me montre une horrible indifférence, ne parle jamais devant moi de ce qu'elle fait, et est souvent quinze jours sans mettre les pieds chez moi. Je la laisse faire, et n'ai pas l'air de m'apercevoir de rien, mais son orgueil et sa mauvaise humeur sont insupportables, et sa figure parfaitement désagréable : elle ressemble, sauf votre respect, à un cul comme deux gouttes d'eau. Avec cela, elle est toute de guingois, elle a une prononciation affreuse, comme si elle avait la bouche pleine de bouillie, et une tête qui branle toujours. Voilà le beau cadeau que la vieille ordure nous a fait."

"La vieille ordure" est naturellement Madame de Maintenon, que Madame accusait d'avoir fait ce mariage, bien à tort, car Madame de Maintenon n'avait aucune sympathie pour Mademoiselle de Blois, et réciproquement. À la différence des autres enfants du Roi et de Madame de Montespan, Mademoiselle de Blois et son frère le comte de Toulouse n'avaient pas été élevés par Madame de Maintenon, qui lorsqu'ils naquirent, était déjà montée trop haut dans la faveur du Roi pour occuper désormais cet emploi subalterne.

Maintenant, question. La princesse ressemblait-elle tant que cela à un cul ? Cette charmante comparaison semble avoir été inspirée à Madame par les deux joues un peu bouffies qui caractérisaient le visage de sa belle-fille, que l'on peut distinguer sur ses portraits (au demeurant très flattés, à l'évidence) et que ses contemporains ont tous mentionnées. Quoi qu'il en soit, bien qu'avec nettement plus d'indulgence et de courtoisie, Madame de Caylus et Saint-Simon confirment le peu de charmes de la duchesse d'Orléans.

Madame de Caylus rapporte les circonstances de la conception de la princesse, qui lui donne l'occasion de conclure sur une ingénieuse remarque. Le Roi et Madame de Montespan, qui avaient fini par être tourmentés de remords en raison de leur double adultère, rompirent à l'occasion du grand jubilé de 1676 (selon d'autres auteurs, à l'occasion du carême de 1675).

"Enfin ce jubilé dont je viens de parler arriva. Ces deux amants, pressés par leur conscience, se séparèrent de bonne foi, ou du moins ils le crurent. Madame de Montespan vint à Paris, visita les églises, jeûna, pria et pleura ses péchés. Le Roi de son côté fit tout ce qu'un bon chrétien doit faire. Le jubilé fini, gagné ou non gagné, il fut question de savoir si Madame de Montespan reviendrait à la Cour. «Pourquoi non», disaient ses parents et ses amis même les plus vertueux, «Madame de Montespan par sa naissance et par sa charge doit y être, elle peut y vivre aussi chrétiennement qu'ailleurs.» M. l'évêque de Meaux (Bossuet) fut de cet avis.

Il restait cependant une difficulté. Madame de Montespan, ajoutait-on, paraîtra-t-elle devant le Roi sans préparation ? Il faudrait qu'ils se vissent avant que de se rencontrer en public, pour éviter les inconvénients de la surprise. Sur ce principe, il fut conclu que le Roi viendrait chez Madame de Montespan, mais pour ne pas donner à la médisance le moindre sujet de mordre, on convint que des dames respectables, et les plus graves de la Cour, seraient présentes à cette entrevue, et que le Roi ne verrait Madame de Montespan qu'en leur compagnie.

Le Roi vint donc chez Madame de Montespan comme il avait été décidé, mais insensiblement il la tira dans une fenêtre. Ils se parlèrent bas assez longtemps, pleurèrent et se dirent ce qu'on a accoutumé de dire en pareil cas. Ils firent ensuite une profonde révérence à ces vénérables matrones, passèrent dans une autre chambre, et il en avint Madame la duchesse d'Orléans et ensuite M. le comte de Toulouse.

Je ne puis me refuser de dire ici une pensée qui me vient dans l'esprit. Il me semble qu'on voit encore dans le caractère, dans la physionomie et dans toute la personne de Madame la duchesse d'Orléans des traces de ce combat de l'amour et du jubilé.
"


Madame de Caylus rappelle ensuite que ces deux derniers enfants furent élevés secrètement dans une maison de la rue de Vaugirard, puis qu'ils furent légitimés par le Roi, et parurent alors à Versailles.

"La beauté de M. le comte de Toulouse surprit et éblouit tous ceux qui le virent. Il n'en était pas de même de Mademoiselle de Blois, car c'est ainsi qu'on l'appela jusqu'à son mariage. La flatterie a fait depuis que ses favorites l'entretenaient continuellement de sa grande beauté, langage qui devait d'autant plus lui plaire qu'elle y était moins accoutumée.

Les figures avaient un grand pouvoir sur l'esprit de Madame de Montespan, ou pour mieux dire elle comptait infiniment sur l'impression qu'elles ont accoutumé de faire sur le commun des hommes, et les effets qu'elles produisent. C'est sans doute par là qu'elle eut tant de peine à pardonner à Mademoiselle de Blois d'être née aussi désagréable. Madame de Thianges, sœur de madame de Montespan, et dont je parlerai quelquefois, encore moins raisonnable sur ce point, ne pouvait supporter que la portion du sang de Mortemart que cette enfant avait reçue dans ses veines n'eût pas produit une machine parfaite. Ainsi Mademoiselle de Blois passait sa vie à s'entendre reprocher ses défauts, et comme elle était naturellement timide et glorieuse, elle parlait peu, et ne laissait rien voir du côté de l'esprit qui pût les réparer. Le Roi en eut pitié : et c'est peut-être là l'origine des grands biens qu'il lui a faits et la première cause du rang où il la fit monter depuis.

Madame la duchesse d'Orléans ne laissait pas d'avoir de la beauté, une belle peau, une belle gorge, de beaux bras et de belles mains, mais peu de proportion dans ses traits. Telle qu'elle était Madame de Thianges aurait dû avoir plus d'indulgence pour elle, puisqu'elle lui ressemblait beaucoup. Quant à l'esprit, il est certain que Madame la duchesse d'Orléans en a, quoique, à dire la vérité, elle en ait peu montré dans sa conduite par rapport à sa famille depuis la mort du Roi.
"

Saint-Simon la décrit encore plus en détail, et malgré ses atténuations un peu incohérentes, le tableau qu'il dresse n'est guère réjouissant, au physique surtout :

"Madame la duchesse d'Orléans était une autre sorte de personne. Elle était grande et de tous points majestueuse, le teint, la gorge, les bras admirables, les yeux aussi, la bouche assez bien avec de belles dents un peu longues, des joues trop larges et trop pendantes qui la gâtaient mais qui n'empêchaient pas la beauté.

Ce qui la déparait le plus étaient les places de ses sourcils, qui étaient comme pelés et rouges avec fort peu de poils ; de belles paupières et des cheveux châtains bien plantés. Sans être bossue ni contrefaite, elle avait un côté plus gros que l'autre, une marche de côté, et cette contrainte de taille en annonçait une autre plus incommode dans la société et qui la gênait elle-même.

Elle n'avait pas moins d'esprit que M. le duc d'Orléans, et de plus que lui une grande suite dans l'esprit. Avec cela une éloquence naturelle, une justesse d'expression, une singularité dans le choix des termes qui coulait de source et qui surprenait toujours, avec ce tour particulier à Madame de Montespan et à ses sœurs, et qui n'a passé qu'aux personnes de sa familiarité ou qu'elle avait élevées. Madame la duchesse d'Orléans disait tout ce qu'elle voulait et comme elle le voulait, avec force délicatesse et agrément, elle disait même jusqu'à ce qu'elle ne disait pas, et faisait tout entendre selon la mesure et la précision qu'elle y voulait, mais elle avait un parler gras, si lent, si embarrassé, si difficile aux oreilles qui n'y étaient pas fort accoutumées, que ce défaut qu'elle ne paraissait pourtant pas trouver tel, déparait extrêmement ce qu'elle disait.

(…) On sera étonné de ce que je vais dire, et toutefois rien n'est plus exactement véritable. C'est qu'au fond de son âme, elle croyait avoir fort honoré M. le duc d'Orléans en l'épousant. Il lui en échappait des traits fort souvent qui s'énonçaient dans leur imperceptible. Elle avait trop d'esprit pour ne pas sentir que cela n'eût pu se supporter, trop d'orgueil aussi pour l'étouffer. Impitoyable avec cela jusqu'avec ses frères sur le rang qu'elle avait épousé, et petite-fille de France jusque sur sa chaise percée. M. le duc d'Orléans, qui en riait souvent, l'appelait Madame Lucifer en parlant à elle, et elle convenait que ce nom ne lui déplaisait pas.
"

À la différence de ses deux sœurs aînées, qui avaient la cuisse légère et qui furent connues pour telles, la duchesse d'Orléans ne fit pas parler de sa conduite. Mais selon Madame, c'est simplement qu'elle sut être plus discrète…

"Malgré toute sa gravité, elle n'est cependant jamais sans affaires. Tout Paris la croit une vestale ; mais moi, qui vois les choses de près, je sais bien ce qu'il en est. Je conseille à mon fils de toujours vivre très bien avec elle, car à quoi servirait un éclat ? Le Roi serait pour sa fille, et malgré l'éclat, mon fils devrait la garder. Il vaut donc mieux fermer les yeux et vivre bien ensemble…"


Le duc et la duchesse d'Orléans eurent :

- Louis le Génovéfain, duc d'Orléans ;

- Marie-Louise-Élisabeth, Mademoiselle, qui épousa Charles de France, duc de Berry ;

- Louise-Adélaïde, Mademoiselle d'Orléans, abbesse de Chelles ;

- Charlotte-Aglaé, Mademoiselle de Valois, qui épousa François III d'Este, duc de Modène ;

- Louise-Élisabeth, Mademoiselle de Montpensier, qui épousa Louis Ier, roi d'Espagne ;

- Philippine-Élisabeth, Mademoiselle de Beaujolais, fiancée à Charles, infant d'Espagne, futur roi Charles III (fiançailles rompues) ;

- Louise-Diane, Mademoiselle de Chartres, qui épousa Louis-François de Bourbon, prince de Conti.

Les filles du Régent furent horriblement mal élevées, au grand désespoir de leur grand-mère ("La mère élève ses enfants d'une façon qui est un objet de dérision et de honte. Il faut que j'assiste à cela toute la journée, et tout ce que je peux dire ne sert à rien…"). Pour la majorité d'entre elles, leurs vies, leurs mœurs et leur caractères répondirent en tout point à cette éducation.