AMATOR TEMPORIS ACTI

Bienvenue sur le site de Guillaume Attlane



Liste complète des personnages
Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé, enfant
Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé, enfant
Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé, à l'âge de 18 ans, en 1686
Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé
Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé
Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé, par Ribou
Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé
Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé
Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé, par Joseph Albrier
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé
Louise-Françoise de Bourbon, duchesse de Bourbon, princesse de Condé (à droite), avec sa sœur Françoise-Marie de Bourbon, duchesse d'Orléans, par Claude Vignon
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé, par Gobert
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé
Louise-Françoise de Bourbon, duchesse de Bourbon, princesse de Condé, avec son frère Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, en Pâris et Vénus, par De Troy
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé, atelier de De Troy
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé, par Ribou
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé, en deuil de veuve, par Gobert
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé, en deuil de veuve, par Gobert
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé, en deuil de veuve, d'après Gobert
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé, en Cléopâtre, par Gobert
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé
Le duc et la duchesse de Bourbon au jeu à Versailles lors d'une soirée d'Appartement
Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, duchesse de Bourbon, princesse de Condé


------


Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, prince de Condé (1668-1710)
et sa femme Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, Mademoiselle de Nantes (1673-1743)






Louis III de Bourbon, duc de Bourbon, sixième prince de Condé, était le fils de Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé, et d'Anne, princesse palatine du Rhin.

Louise-Françoise de Bourbon, légitimée de France, Mademoiselle de Nantes, était la fille de Louis XIV, roi de France, et de sa favorite Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan.

Ce prince de Condé fut pour l'essentiel de sa vie duc de Bourbon, dit Monsieur le Duc, car il ne survécut qu'une année à son père. Et même pendant cette courte année où il fut officiellement prince de Condé, il ne prit pas ce titre dans les faits. Il continua d'user du titre de duc de Bourbon, et après sa mort sa femme porta le titre de duchesse de Bourbon douairière.

On sait le portrait qu'en fit Saint-Simon :

"C'était un homme très considérablement plus petit que les plus petits hommes, qui sans être gras était gros de partout, la tête grosse à surprendre, et un visage qui faisait peur. On disait qu'un nain de Mme la Princesse (sa mère) en était cause. Il était d'un jaune livide, l'air presque toujours furieux, mais en tout temps si fier, si audacieux, qu'on avait peine à s'accoutumer à lui. Il avait de l'esprit, de la lecture, des restes d'une excellente éducation, de la politesse et des grâces même quand il voulait, mais il voulait très rarement ; il n'avait ni l'avarice, ni l'injustice, ni la bassesse de ses pères, mais il en avait toute la valeur, et avait montré de l'application et de l'intelligence à la guerre.

Il en avait aussi toute la malignité et toutes les adresses pour accroître son rang par des usurpations fines, et plus d'audace et d'emportement qu'eux encore à embler. Ses mœurs perverses lui parurent une vertu, et d'étranges vengeances qu'il exerça plus d'une fois, et dont un particulier se serait bien mal trouvé, un apanage de sa grandeur. Sa férocité était extrême et se montrait en tout. C'était une meule toujours en l'air qui faisait fuir devant elle, et dont ses amis n'étaient jamais en sûreté, tantôt par des insultes extrêmes, tantôt par des plaisanteries cruelles en face, et des chansons qu'il savait faire sur-le-champ qui emportaient la pièce et qui ne s'effaçaient jamais ; aussi fut-il payé en même monnaie plus cruellement encore. D'amis il n'en eut point, mais des connaissances plus familières, la plupart étrangement choisies, et la plupart obscures comme il l'était lui-même autant que le pouvait être un homme de ce rang. Ces prétendus amis le fuyaient, il courait après eux pour éviter la solitude, et quand il en découvrait quelque repas, il y tombait comme par la cheminée, et leur faisait une sortie de s'être cachés de lui. J'en ai vu quelquefois, M. de Metz, M. de Castries et d'autres, désolés.

(…)Quiconque aura connu ce prince n'en trouvera pas ici le portrait chargé, et il n'y eut personne qui n'ait regardé sa mort comme le soulagement personnel de tout le monde.
"

Mais Madame de Caylus est beaucoup plus nuancée, ce qui prouve que, bien qu'il s'en défende, il est évident que Saint-Simon a noirci le tableau :

"Monsieur le Duc avait de grandes qualités, de l'esprit, de la valeur au suprême degré. Il aimait le Roi et l'État. Bien loin d'avoir cet intérêt qu'on a quelquefois reproché aux Condé, il était juste et désintéressé (…).

Ce Prince ne laissait pas d'avoir des défauts : il était brutal, et quant à son esprit, les meilleures choses qu'il avait pensées devenaient ennuyeuses à force de les lui entendre redire. Il aimait la bonne compagnie, mais il n'y arrivait pas toujours à propos.

On ne peut pas en apparence être moins fait pour l'amour qu'il l'était. Cependant il se donnait à tout moment comme un homme à bonnes fortunes. Il aimait Madame sa femme plus qu'aucune de celles dont il voulait qu'on le crut bien traité, et cependant il affectait beaucoup d'indifférence pour elle ; il en était excessivement jaloux et ne voulait pas le paraître.

Quoiqu'il en soit, l'État et Madame la Duchesse ont fait une perte irréparable à sa mort. Ses défauts n'étaient aperçus que de ceux qui avaient l'honneur de le voir familièrement, et ses bonnes qualités auraient été d'une grande ressource à la France à la mort de Louis XIV, dont il était plus estimé qu'aimé, parce qu'en effet il était plus estimable qu'aimable.
"


Saint-Simon dit ailleurs "Tous les enfants de M. le Prince étaient presque nains, excepté Madame la princesse de Conti, l'aînée de ses filles, quoique petite. M. le Prince et Madame la Princesse étaient petits, mais d'une petitesse ordinaire, et M. le Prince le héros, qui était grand, disait plaisamment que si sa race allait toujours ainsi en diminuant, elle viendrait à rien. On en attribuait la cause à un nain que Madame la Princesse avait eu longtemps chez elle, et il était vrai qu'outre toute la taille et l'encolure, M. le Duc et Madame de Vendôme en avaient tout le visage."

Rappelons qu'on pensait alors, et encore récemment, qu'un enfant pouvait ressembler à un individu que sa mère avait eu constamment sous les yeux pendant sa grossesse…


Un amusant passage d'une lettre de Madame, duchesse d'Orléans (de 1718) : "Je me souviens que feu M. le Duc, qui était horriblement contrefait, disait à feu Monsieur, qui était droit et bien fait : «Étant masqué, on m'a pris pour vous». Monsieur ne fut pas flatté de ce compliment, et trouva mauvais qu'on l'eût confondu avec le Duc. Aussi répondit-il : «Je mets cela au pied du crucifix !»…"


On pourra donc mesurer ici le degré de flatterie des effigies du prince, car on trouverait difficilement dans ces portraits d'un jeune homme aux traits réguliers, ce "visage qui faisait peur" et cette complexion de nain. Sauf peut-être dans la méchante gravure présentant le prince en manteau d'hermine, qui finalement pourrait bien être la plus ressemblante, car elle semble effectivement montrer un enfant renfrogné et chafouin, alors qu'elle date de ses dix-huit ans.



Quant à la princesse, les témoignages sont tous d'accord : elle était aussi ravissante extérieurement, aussi enjôleuse dans toute sa personne, aussi fine et spirituelle, qu'elle était au fond mauvaise de caractère.

Saint-Simon : "Dans une taille contrefaite, mais qui s'apercevait peu, sa figure était formée par les plus tendres amours, et son esprit était fait pour se jouer d'eux à son gré sans en être dominé. Tout amusement semblait le sien ; aisée avec tout le monde, elle avait l'art de mettre chacun à son aise ; rien en elle qui n'allât naturellement à plaire avec une grâce nonpareille jusque dans ses moindres actions, avec un esprit tout aussi naturel, qui avait mille charmes.

N'aimant personne, connue pour telle, on ne se pouvait défendre de la rechercher ni de se persuader, jusqu'aux personnes qui lui étaient les plus étrangères, d'avoir réussi auprès d'elle. Les gens même qui avaient le plus lieu de la craindre, elle les enchaînait, et ceux qui avaient le plus de raisons de la haïr avaient besoin de se les rappeler souvent, pour résister à ses charmes.

Jamais la moindre humeur, en aucun temps, enjouée, gaie, plaisante avec le sel le plus fin, invulnérable aux surprises et aux contretemps, libre dans les moments les plus inquiets et les plus contraints, elle avait passé sa jeunesse dans le frivole et dans les plaisirs qui, en tout genre et toutes les fois qu'elle le put, allèrent à la débauche.

Avec ces qualités, beaucoup d'esprit, de sens pour la cabale et les affaires, avec une souplesse qui ne lui coûtait rien ; mais peu de conduite pour les choses de long cours, méprisante, moqueuse, piquante, incapable d'amitié et fort capable de haine, et alors, méchante, fière, implacable, féconde en artifices noirs et en chansons les plus cruelles dont elle affublait gaiement les personnes qu'elle semblait aimer et qui passaient leur vie avec elle.

C'était la sirène des poètes, qui en avait tous les charmes et les périls ; avec l'âge, l'ambition était venue, mais sans quitter le goût des plaisirs, et ce frivole lui servit longtemps à masquer le solide.
"


Madame de Caylus, qui fut de son cercle le plus rapproché, dit en des termes très subtils exactement la même chose : "Ses grâces et ses charmes sont bien au-dessus de mes éloges. Ce n'est pas pourtant ni une taille sans défaut, ni ce qu'on appelle une beauté parfaite. Ce n'est pas non plus, à ce que je crois, un esprit d'une étendue infinie. Quoi qu'il en soit, elle a si bien tout ce qu'il faut pour plaire qu'on ne juge de ce qui lui manque que lorsque la découverte de son cœur laisse la raison libre. Cette découverte devrait être aisée à faire, puisqu'elle ne s'est jamais piquée d'amitié. Et cependant la pente naturelle qu'on a à se flatter soi-même, et la séduction de ses agréments est telle, qu'on ne l'en veut pas croire elle-même, et qu'on attend pour se désabuser une expérience personnelle, qui ne manque guère…"

L'abbé de Choisy : "Elle était très jolie, avec beaucoup d'esprit, plaisante, railleuse, n'épargnant personne, se réjouissant d'une bagatelle, coiffant son genou comme une poupée quand elle n'avait rien de mieux à faire, voulant plaire à tout le monde et trouvant le moyen d'y réussir. Caractère singulier et qui plaît, mais qui n'est pas trop bon à l'user."

Ezéchiel Spanheim : "Elle n'avait pas laissé de briller déjà dans la cour de France et d'y paraître fort aimable pour son air vif et ouvert, des manières libres et aisées, une humeur enjouée et qui aime la joie et les plaisirs, un port noble et dégagé et une grâce merveilleuse à la danse : ce qui, malgré sa grande jeunesse, l'avait déjà mise de tous les bals qu'on avait dansés à la cour depuis quelque temps. Aussi n'a-t-elle rien perdu de ces mêmes agréments depuis son mariage et à mesure que l'âge contribue à les former et à les faire briller davantage ; elle eut seulement le malheur de voir, en quelque sorte, diminuer les beaux traits du visage et du teint par la petite vérole, dont elle se trouva atteinte la même année de son mariage, et par des marques assez visibles qu'elle lui en a laissées. Après tout, elle n'en parut pas moins aimable, comme j'ai dit, par les charmes susdits de l'air, du port, des manières et de l'humeur."

Madame, duchesse d'Orléans : "Mme la Duchesse n'est pas plus belle que ses filles (NB : l'expression prête à un contresens ! Comprenons ici que les filles et la mère sont également belles) mais elle a plus de grâces, meilleure mine, et des manières plus agréables. Son esprit se montre dans ses yeux, et la malignité aussi. Je dis toujours qu'elle ressemble à une belle chatte, qui tout en jouant fait sentir ses griffes. Personne n'a un port de tête comme elle. On ne peut danser mieux et avec plus de grâce que Mme la Duchesse et ses filles, cependant la mère danse mieux. Je ne sais comment elle fait, sa démarche boiteuse lui va bien."


Deux grandes romances marquèrent son existence, outre une passade avec son cousin germain et beau-frère Philippe, duc d'Orléans, futur Régent de France, qui était alors duc de Chartres.

Il y eut d'abord une idylle avec son autre beau-frère François-Louis de Bourbon, prince de Conti, en 1696.

Puis, après son veuvage, une longue liaison avec le marquis de Lassay. Elle se fit alors construire à Paris une résidence magnifique, dans le style du Grand Trianon, qui prit de sa propriétaire le nom de Palais-Bourbon. Lourdement et affreusement transformé, surtout par une hideuse façade en 1806-1810, que Napoléon jugea digne, dit-on, d'être démolie au canon, mais qui hélas, est toujours là, ce palais est aujourd'hui le siège de l'Assemblée Nationale. Son amant se fit construire juste à côté, sur une partie du terrain qu'elle lui avait offert, sa propre habitation, le non moins magnifique Hôtel de Lassay qui, lui, a heureusement gardé sa beauté première ; c'est aujourd'hui la résidence du président de l'Assemblée Nationale.

Les rapports de la duchesse de Bourbon et de Lassay étaient si publics que le fils cadet de la princesse osa un jour lui faire cette affreuse réponse, racontée par Madame :

"Les princes de la maison de Condé ont perdu leur père étant jeunes ; leur mère n'a jamais songé à l'éducation de ses enfants ; elle n'a pensé qu'à s'amuser, à jouer jusqu'à cinq heures du matin, à beaucoup manger, à aller au spectacle ; elle n'a jamais eu l'idée de veiller à leur instruction, mais ils se chargent de l'en punir, car un jour qu'elle grondait le comte de Charolais sur sa vie déréglée, il lui répondit : «Il faut que le jeune Lassay n'ait pas bien fait son devoir cette nuit, puisque vous êtes de si mauvaise humeur ; si vous nous donniez de meilleurs exemples, nous vivrions mieux.» N'est-ce pas affreux qu'un fils parle ainsi à sa mère ? Mais elle l'a bien mérité…"



Louis III et Louise-Françoise eurent (outre Mademoiselle de Bourbon et Mademoiselle de Vermandois, qui furent abbesses de Saint-Antoine-des-Champs et de Beaumont-lès-Tours) :

- Louis-Henri, duc de Bourbon, septième prince de Condé (qui dans les faits, comme son père, ne porta d'ailleurs jamais ce dernier titre, choisissant de garder lui aussi celui de duc de Bourbon) ;

- Charles, comte de Charolais ;

- Louis, comte de Clermont ;

- Louise-Élisabeth, Mademoiselle de Sens, qui épousa Louis-Armand II de Bourbon, prince de Conti ;

- Louise-Anne, Mademoiselle de Charolais ;

- Marie-Anne, Mademoiselle de Clermont ;

- Henriette-Louise, Mademoiselle de Gex, puis de Sens.