AMATOR TEMPORIS ACTI

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Liste complète des personnages

Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé

Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé, enfant
Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé, dans le rôle du roi des Indes, lors du grand Carrousel des Tuileries donné les 5, 6 et 7 juin 1662
Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé, dans le rôle du roi des Indes, lors du grand Carrousel des Tuileries donné les 5, 6 et 7 juin 1662
Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé, jeune homme, par Petitot
Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé, jeune homme, d'après Claude Lefebvre
Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé
Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé
Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé


Anne, princesse palatine du Rhin, princesse de Condé

Anne, princesse palatine du Rhin, princesse de Condé, au moment de son mariage
Anne, princesse palatine du Rhin, princesse de Condé, avec ses enfants Marie-Thérèse, Louis, Anne et Henri, vers 1673, par La Fosse
Anne, princesse palatine du Rhin, princesse de Condé, par Mignard
Anne, princesse palatine du Rhin, princesse de Condé, atelier de Mignard
Anne, princesse palatine du Rhin, princesse de Condé, atelier de Mignard (autre version)
Anne, princesse palatine du Rhin, princesse de Condé
Anne, princesse palatine du Rhin, princesse de Condé


Pendants

Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé, par Ribou
Anne, princesse palatine du Rhin, princesse de Condé, par Ribou


Anne-Marie-Victoire de Bourbon-Condé, mademoiselle de Condé

Anne-Marie-Victoire de Bourbon, Mademoiselle de Condé, en allégorie de l'Eté
Anne-Marie-Victoire de Bourbon, Mademoiselle de Condé, en allégorie de l'Eté


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Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé (1643-1709)
et sa femme Anne, princesse palatine du Rhin (1648-1723)

puis leur fille
Anne-Marie-Victoire de Bourbon, mademoiselle de Condé (1675-1700)






Henri-Jules de Bourbon, cinquième prince de Condé, était le fils de Louis II de Bourbon, quatrième prince de Condé, et de Claire-Clémence de Maillé-Brézé.

Anne, princesse palatine du Rhin était la fille d'Édouard, prince palatin du Rhin, et d'Anne-Marie de Gonzague-Mantoue.

L'essentiel de ce qu'on sait sur le prince de Condé se trouve dans Saint-Simon, qui en a laissé un portrait éblouissant de pénétration et de style, comme toujours, et justement célèbre ; mais comme toujours aussi, d'une telle malveillance qu'il n'est pas interdit d'en rabattre un peu, on le verra.

"C'était un petit homme très mince et très maigre, dont le visage d'assez petite mine ne laissait pas d'imposer par le feu et l'audace de ses yeux, en un composé des plus rares qui se soit guère rencontré (la justesse de cette description paraît admirablement sur ses portraits, comme on peut voir. Mme de Caylus, évoquant à propos du prince "une figure qui tenait plus du gnome que de l'homme", est ici plus cruelle que Saint-Simon).

Personne n'a eu plus d'esprit et de toutes sortes d'esprit, ni rarement tant de savoir en presque tous les genres, et pour la plupart à fond, jusqu'aux arts et aux mécaniques, avec un goût exquis et universel. Jamais, encore une valeur plus franche et plus naturelle, ni une plus grande envie de faire ; et quand il voulait plaire, jamais tant de discernement, de grâces, de gentillesse, de politesse, de noblesse, tant d'art caché coulant comme de source. Personne aussi n'a jamais porté si loin l'invention, l'exécution, l'industrie, les agréments ni la magnificence des fêtes, dont il savait surprendre et enchanter, et dans toutes les espèces imaginables.

Jamais aussi tant de talents inutiles, tant de génie sans usage, tant et si continuelle et, si vive imagination, uniquement propre à être son bourreau et le fléau des autres ; jamais tant d'épines et de danger dans le commerce, tant et de si sordide avarice, et de manèges bas et honteux, d'injustices, de rapines, de violences ; jamais encore tant de hauteur, de prétentions sourdes, nouvelles, adroitement conduites, de subtilités d'usages, d'artifices à les introduire imperceptiblement, puis de s'en avantager, d'entreprises hardies et inouïes, de conquêtes à force ouverte ; jamais en même temps une si vile bassesse, bassesse sans mesure aux plus petits besoins, ou possibilité d'en avoir ; de là cette cour rampante aux gens de robe et des finances, aux commis et aux valets principaux, cette attention servile aux ministres, ce raffinement abject de courtisan auprès du roi, de là encore ses hauts et bas continuels avec tout le reste.

Fils dénaturé, cruel père, mari terrible, maître détestable, pernicieux voisin, sans amitié, sans amis, incapable d'en avoir, jaloux, soupçonneux, inquiet sans aucun relâche, plein de manèges et d'artifices à découvrir et à scruter tout, à quoi il était occupé sans cesse aidé d'une vivacité extrême et d'une pénétration surprenante, colère et d'un emportement à se porter aux derniers excès même sur des bagatelles, difficile en tout à l'excès, jamais d'accord avec lui-même, et tenant tout chez lui dans le tremblement ; à tout prendre, la fougue, et l'avarice étaient ses maîtres qui le gourmandaient toujours.

Avec cela un homme dont on avait peine à se défendre quand il avait entrepris d'obtenir par les grâces, le tour, la délicatesse de l'insinuation et de la flatterie, l'éloquence naturelle qu'il employait, mais parfaitement ingrat des plus grands services, si la reconnaissance ne lui était utile à mieux.

(…)

Ce qui ne se peut comprendre, c'est qu'avec tant d'esprit, d'activité, de pénétration, de valeur et d'envie de faire et d'être, un aussi grand homme à la guerre que l'était M. son père n'ait jamais pu lui faire comprendre les premiers éléments de ce grand art. Il en fit longtemps son étude et son application principale ; le fils y répondit par la sienne, sans que jamais il ait pu acquérir la moindre aptitude à aucune des parties de la guerre, sur laquelle M. son père ne lui cachait rien, et lui expliquait tout à la tête des armées. Il l'y eut toujours avec lui, voulut essayer de le mettre en chef, y demeurant néanmoins pour lui servir de conseil, quelquefois dans les places voisines, et à portée, avec la permission du roi, sous prétexte de ses infirmités. Cette manière de l'instruire ne lui réussit pas mieux que les autres. Il désespéra d'un fils doué pourtant de si grands talents, et il cessa enfin d'y travailler, avec toute la douleur qu'il est aisé d'imaginer…
"

Il est juste toutefois de rappeler qu'à la bataille de Seneffe, en 1674, il sauva la vie de son père, tombé de cheval, en aidant le comte d'Ostain à le remettre en selle sous le feu de l'ennemi.

On sait enfin qu'il donna lieu de penser que certains germes de folie, introduits dans la maison de Condé par le sang de sa mère, se manifestèrent dans son comportement.

"Entrant un matin chez la maréchale de Noailles, dans son appartement de quartier, qui me l'a conté, comme on faisait son lit et qu'il n'y avait plus que la courtepointe à y mettre, il s'arrêta un moment à la porte, où s'écriant avec transport : «Ah ! le bon lit, le bon lit !», prit sa course, sauta dessus, se roula dessus sept ou huit tours en tous les sens, puis descendit et fit excuse à la maréchale, et lui dit que son lit était si propre et si bien fait, qu'il n'y avait pas moyen de s'en empêcher, et cela sans qu'il y eût jamais rien eu entre eux, et dans un âge où la maréchale, qui avait toute sa vie été hors de soupçon, n'en pouvait laisser naître aucun. Ses gens demeurèrent stupéfaits, et elle bien autant qu'eux. Elle en sortit adroitement par un grand éclat de rire et par plaisanter.

On disait tout bas qu'il y avait des temps où tantôt il se croyait chien, tantôt quelque autre bête dont alors il imitait les façons ; et j'ai vu des gens très dignes de foi qui m'ont assuré l'avoir vu au coucher du roi pendant le prier-Dieu, et lui cependant près du fauteuil, jeter la tête en l'air subitement plusieurs fois de suite, et ouvrir la bouche toute grande comme un chien qui aboie, mais sans faire de bruit. Il est certain qu'on était des temps considérables sans le voir, même ses plus familiers domestiques, hors un seul vieux valet de chambre qui avait pris empire sur lui, et qui ne s'en contraignait pas.
"


Ezéchiel Spanheim, dont l'objectivité est certainement de loin supérieure, nous dépeint le prince d'une façon bien moins antipathique que Saint-Simon, sans du reste en cacher certains défauts :

"On peut dire en premier lieu que ce prince est d'une taille au-dessous de la médiocre et assez déliée, d'un port assez vif et dégagé, mais, après tout, qui n'a rien, dans l'extérieur de sa personne, ni dans tout son air, qui réponde à celui du feu prince son père, ou remplisse à la vue le grand et glorieux nom qu'il porte. Il n'en est pas de même du côté du cœur et de l'esprit, qu'il a également bien rempli des qualités exquises à s'y distinguer et à les faire valoir.

(…)Il n'est pas moins partagé des dons de l'esprit que le prince son père. Il prit grand soin de le faire cultiver et instruire dès son enfance dans tout ce qui pouvait contribuer à le rendre habile et éclairé au-delà de la portée d'un prince de sa naissance et de sa nation ; il en confia, à ce sujet, la première éducation aux jésuites du Pays-Bas espagnol, dans le parti duquel il était alors, et trouva que le fils surpassa même son attente par les grands et surprenants progrès qu'il fit dans tous les genres d'étude et d'instruction où il s'appliqua. On n'oublia pas même de lui faire apprendre la langue allemande, qu'il parle et écrit bien, en sorte que le père fut charmé de l'habileté et des lumières de son fils et commença dès lors à en faire ses principales délices. Aussi continua-t-on depuis de reconnaître, et comme on s'aperçoit encore aujourd'hui, que l'esprit de ce prince était non seulement vif et brillant et d'une conception aisée et prompte, mais encore fort éclairé et rempli de mille belles connaissances, d'un discernement exquis pour en juger, et d'une grande facilité à les débiter et à les faire valoir dans les occasions.

D'ailleurs, comme on lui trouva dès sa jeunesse beaucoup de penchant pour la fierté, l'humeur naturellement altière et défiante, et un procédé et les manières assez conformes à cette humeur, et dont, par indulgence ou la préoccupation du père envers ce cher fils, on ne prit pas assez soin de le corriger, il n'a pu que s'y fortifier avec l'âge, et s'en être fait une habitude dont il n'aura pas lieu aisément, ni même envie, de se défaire : ce qui se rendit d'autant plus visible par les manières assez opposées du père dans l'abord et dans l'entretien, et qui, surtout depuis son retour en France, ne témoignèrent que de l'honnêteté, de la douceur et de la distinction pour les personnes qu'il en jugeait dignes. Cette fierté de naturel et de manières du fils, et qui d'ailleurs n'était pas soutenue par un grand extérieur, ni la haute réputation du père, ne lui gagna pas l'inclination des courtisans.
"



Quant à sa malheureuse épouse, Anne, princesse palatine du Rhin (dite souvent Anne de Bavière selon l'usage peu rigoureux du XVIIe siècle, qui appelait "de Bavière" indifféremment tous les membres de la maison de Wittelsbach), elle n'est certes pas flattée non plus par Saint-Simon, mais ici le ton est surtout celui de la compassion pour une si triste existence.

"Mme la Princesse était sa continuelle victime. Elle était également laide, vertueuse et sotte ; elle était un peu bossue, et avec cela un gousset fin qui se faisait suivre à la piste, même de loin."

Rappelons que cette dernière expression désigne selon Littré "la mauvaise odeur qui vient de l'aisselle"…

Ailleurs, il répète qu'"elle était laide, bossue, un peu tortue et sans esprit, mais douée de beaucoup de vertu, de piété et de douceur, dont elle eut à faire un pénible et continu usage tant que son mariage dura."

"Toutes ces choses n'empêchèrent pas M. le prince d'en être jaloux jusqu'à la fureur, et jusqu'à sa mort. La piété, l'attention infatigable de Mme la Princesse, sa douceur, sa soumission de novice, ne la purent garantir ni des injures fréquentes, ni des coups de pied et de poing qui n'étaient pas rares.

Elle n'était pas maîtresse des plus petites choses ; elle n'en osait demander ni proposer aucune. Il la faisait partir à l'instant que la fantaisie lui en prenait pour aller d'un lieu à un autre. Souvent montée en carrosse, il l'en faisait descendre, ou revenir du bout de la rue, puis recommençait l'après-dînée ou le lendemain. Cela dura une fois quinze jours de suite pour un voyage de Fontainebleau.

D'autres fois, il l'envoyait chercher à l'église, lui faisait quitter la grand'messe, et quelquefois la mandait au moment qu'elle allait communier ; et il fallait revenir à l'instant, et remettre sa communion à une autre fois. Ce n'était pas qu'il eût besoin d'elle, ni qu'elle osât faire la moindre démarche, ni celle-là même sans sa permission ; mais les fantaisies étaient continuelles.
"

Selon Ezéchiel Spanheim : "Elle se trouva douée de toutes les qualités d'une femme douce, commode, vertueuse, charitable, éloignée même des vanités du monde et de la cour, n'en aimant guère le commerce ou les plaisirs que pour y garder son rang et en remplir les obligations, et enfin attachée à son devoir et à l'éducation de sa famille dès qu'elle eut le bonheur d'avoir des enfants."

Elle a laissé son nom à la Rue Palatine, dans le 6e arrondissement de Paris, car elle résida après son veuvage au Petit Luxembourg, tout à côté.


Le prince et la princesse eurent essentiellement :

- Louis III de Bourbon, sixième prince de Condé ;

- Marie-Thérèse, Mademoiselle de Bourbon, qui épousa François-Louis de Bourbon, prince de Conti ;

- Anne-Marie-Victoire, Mademoiselle de Condé, qui mourut à vingt-cinq ans sans alliance. Elle avait été pressentie pour épouser le duc du Maine, qui lui préféra sa sœur cadette Louise-Bénédicte, cette dernière étant un peu plus grande que son aînée. Ce camouflet lui fut une humiliation cuisante. Madame, duchesse d'Orléans, projeta bizarrement de la marier au margrave Georges-Frédéric d'Ansbach, alors en visite en France, ce qui n'eut pas de suite, là encore parce que le fiancé potentiel recula devant "sa taille extrêmement petite et délicate, outre la différence de religion". Cette princesse, "de l'esprit, de la vertu et du mérite de laquelle on disait merveilles" (Saint-Simon) termina bientôt après, d'une longue maladie de poitrine, sa brève et mélancolique existence. Saint-Simon ajoute ailleurs que "(son visage) était beau et son âme encore plus belle, beaucoup d'esprit, de sens, de raison, de douceur, et une piété qui la soutenait dans sa plus que très triste vie. Aussi fut-elle vraiment regrettée de tout ce qui la connaissait" ;

- Louise-Bénédicte, Mademoiselle de Charolais, qui épousa Louis-Auguste de Bourbon, légitimé de France, duc du Maine ;

- Marie-Anne, Mademoiselle d'Enghien, qui épousa Louis-Joseph de Bourbon, duc de Vendôme.


C'est ici l'occasion de rectifier l'identification erronée d'un célèbre tableau. Nous voulons parler de la pseudo "Madame de Montespan et ses enfants" de Charles de la Fosse.

Il est bien évident qu'il ne peut s'agir en aucune façon de la marquise.

Passons sur le défaut complet de ressemblance du visage, qui, par comparaison avec les autres portraits de la favorite, aux traits bien caractéristiques, devrait être suffisant à lever le doute.

Passons moins sur la couleur des cheveux. Madame de Montespan était blonde, tous ses portraits en attestent. Certes parfois les peintres étaient assez fantaisistes sur ce point, et d'ailleurs la favorite passe selon les effigies du blond foncé au blond doré… Un blond foncé serait donc encore admissible. Mais en revanche, jamais on ne voit nulle part une Montespan aux cheveux d'un noir de jais luisant, comme sur le portrait de La Fosse…

Mais à présent, le point où on ne peut plus passer du tout, c'est en ce qui concerne le manteau de velours bleu doublé d'hermine de ce portrait. Ce manteau n'était permis qu'aux princesses du sang, aux princesses étrangères et aux duchesses. Or Madame de Montespan n'était pas duchesse, et ce fut même un grand tourment : elle était mariée, il n'était pas possible de la faire duchesse autrement qu'en faisant son mari duc. Et l'on sait que le marquis de Montespan ne consentit pas à recevoir un honneur qui aurait été le prix du déshonneur de sa femme… Pour que la favorite pût tout de même avoir le tabouret, on la fit surintendante de la maison de la Reine en 1679, qui donnait ce droit et quelques autres, mais certainement pas le manteau d'hermine.

Bref, foin de Madame de Montespan ici.

La ressemblance parle d'elle-même (autant qu'on puisse compter sur la ressemblance de la plupart des portraits de cour français du XVIIe siècle, ce qui n'est pas beaucoup dire, convenons-en. Mais néanmoins…) : il s'agit en réalité de la future princesse de Condé, alors duchesse d'Enghien, avec ses quatre enfants vivants vers 1672-73 : l'aînée Marie-Thérèse (de six à sept ans) prenant la main de sa mère, le futur Louis III (de quatre à cinq ans), en amour, volant au-dessus d'elle, et Anne et Henri (un peu moins de trois et un an) qui devaient mourir quelques temps plus tard.