AMATOR TEMPORIS ACTI

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Liste complète des personnages

Ferdinand Ier, roi d'Aragon et de Sicile, et Éléonore d'Albuquerque

Ferdinand I<sup>er</sup>, roi d'Aragon et de Sicile
Éléonore d'Albuquerque, reine d'Aragon et de Sicile


Alphonse V le Magnanime, roi d'Aragon et de Sicile

Alphonse V le Magnanime, roi d'Aragon et de Sicile, par Juan de Juanes
Alphonse V le Magnanime, roi d'Aragon et de Sicile, par Pisanello
Alphonse V le Magnanime, roi d'Aragon et de Sicile, par Mino da Fiesole


Ferdinand Ier, roi de Naples, et Isabelle de Chiaromonte

Ferdinand I<sup>er</sup> d'Aragon, roi de Naples
Ferdinand I<sup>er</sup> d'Aragon, roi de Naples
Isabelle de Chiaromonte, reine de Naples
Isabelle de Chiaromonte, reine de Naples


Alphonse II, roi de Naples, et Hippolyte-Marie Sforza

Alphonse II d'Aragon, roi de Naples, en 1490, par Guido Mazzoni
Hippolyte-Marie Sforza, reine de Naples, par Francesco Laurana


Ferdinand II, roi de Naples

Ferdinand II d'Aragon, roi de Naples


Frédéric Ier, roi de Naples

Frédéric d'Aragon, roi de Naples


Jean II, roi d'Aragon, Blanche de Navarre, Jeanne Enriquez

Jean II, roi d'Aragon
Jean II, roi d'Aragon
Jean II, roi d'Aragon
Blanche de Navarre, reine d'Aragon
Jeanne Enriquez, reine d'Aragon


Charles d'Aragon, prince de Viane

Charles d'Aragon, prince de Viane
Charles d'Aragon, prince de Viane, en exil à Naples, par José Moreno-Carbonero (1881)


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Ferdinand Ier, roi d'Aragon et de Sicile (1380-1416)
et sa femme Éléonore d'Albuquerque (1374 ?1435)

puis leurs fils

Alphonse V le Magnanime, roi d'Aragon et de Sicile (1394 ?1458)
puis son fils
Ferdinand Ier, roi de Naples (1424 ?1494)
et sa femme Isabelle de Chiaromonte (1424-1465)
puis
leur premier fils
Alphonse II, roi de Naples (1448 ?1496)
et sa femme Hippolyte-Marie Sforza (1445 ?1488)
et leur fils Ferdinand II, roi de Naples (1470 ?1496)
leur second fils
Frédéric Ier, roi de Naples (1452 ?1504)

Jean II, roi d'Aragon (1397-1479)
et
sa première femme Blanche de Navarre (1385 ?1441)
sa femme Jeanne Enriquez (1425-1468)

puis le fils du premier lit
Charles, prince de Viane (1421 ?1461)






Ferdinand Ier, roi d'Aragon et de Sicile, était le fils de Jean Ier, roi de Castille, et d'Éléonore d'Aragon.

Ferdinand Ier avait un frère aîné, qui succéda logiquement à leur père sous le nom de Henri III, roi de Castille.

Mais lorsque Martin Ier, roi d'Aragon et de Sicile, frère de leur mère Éléonore d'Aragon, mourut sans postérité, c'est Ferdinand qui fut choisi pour succéder à son oncle. Martin Ier était le dernier roi d'Aragon de la maison de Barcelone, issue de Bera, premier comte de Barcelone en l'an 801. Ce Bera passa pour un fils de saint Guillaume de Gellone, petit-fils de Charles Martel et cousin germain de Charlemagne. Mais cela est en réalité peu probable. Les comtes de Barcelone devinrent rois d'Aragon lorsque Raymond-Bérenger IV épousa Pétronille d'Aragon, héritière de ce royaume, dont la lignée remontait de son côté à Garcia Jimenez, co-roi de Pampelune avant l'an 900.

Les rois d'Aragon étaient également rois de Sicile depuis le mariage de Pierre III, roi d'Aragon, avec Constance de Hohenstaufen, fille et héritière du roi Manfred de Sicile. Mais cette succession fut discutée, et parallèlement Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, roi de France, fut investi par le pape de la couronne de Sicile, aussi co-existèrent donc à compter de cette époque deux rois de Sicile prétendant tous deux être le seul légitime, mais en attendant, régnant chacun sur une partie du royaume, les aragonais sur la Sicile insulaire (l'île de Sicile au strict du terme) avec Palerme pour capitale, les angevins sur la Sicile péninsulaire (en gros le tiers sud de l'Italie) avec Naples pour capitale.


Ferdinand Ier épousa Éléonore d'Albuquerque, fille de Sanche de Castille, comte d'Albuquerque, et de Béatrice de Portugal.

Sanche de Castille était demi-frère de Henri II, roi de Castille, puisque fils naturel d'Alphonse XI, roi de Castille, et de sa maîtresse Léonore de Guzman (héroïne de "La Favorite", le chef-d'œuvre de Donizetti). Béatrice de Portugal était la fille de Pierre Ier, roi de Portugal, et d'Inès de Castro (héroïne de "La Reine Morte", le chef-d'œuvre d'Henry de Montherlant). Voilà qui est résumer en sa personne bien du romanesque…

Ferdinand Ier et Éléonore d'Albuquerque eurent :

- Alphonse V le Magnanime, roi d'Aragon et de Sicile ;

- Jean II, roi d'Aragon ;

- Marie, qui épousa Jean II, roi de Castille ;

- Éléonore, qui épousa Édouard Ier, roi de Portugal.


Alphonse V, roi de Sicile insulaire par héritage, parvint à conquérir par les armes la couronne de Sicile péninsulaire, dont l'héritier légitime, le Bon Roi René, ne put entrer en possession.

Ainsi donc voici le royaume de Sicile réunifié et désormais tout à la maison d'Aragon… mais cette réunification ne dura pas bien longtemps.

Car Alphonse V n'eut pas de postérité légitime, et organisa sa succession comme suit.

Son frère Jean hérita de l'Aragon auquel fut jointe la Sicile insulaire, et il devint donc Jean II, roi d'Aragon (nous en reparlerons).

Son fils naturel Ferrante ou Ferdinand (qu'il avait eu de sa maîtresse Giraldona Carlino) hérita de la Sicile péninsulaire, et il devint Ferdinand Ier, roi de Naples (n'étant plus roi de Sicile à proprement parler puisque l'île lui manquait).


Ferdinand Ier épousa Isabelle de Chiaromonte, princesse de Tarente, fille de Tristan de Clermont-Lodève, comte de Cupertin, et de Catherine de Tarente.

Tristan de Clermont-Lodève (Clermont devenu Chiaromonte lorsque cette famille française s'établit en Italie), comte de Cupertin, avait en effet épousé Catherine de Tarente, fille de Raymond Orsini del Balzo, prince de Tarente, et de Marie d'Enghien. Raymond, de l'illustre maison d'Orsini, fonda la branche des Orsini del Balzo, sa grand-mère Sveva del Balzo étant dernière héritière de la maison del Balzo, qui n'est autre que la fameuse maison des Baux (de Provence), établie à Naples à la suite de Charles d'Anjou, et qui prétendait descendre du roi mage Balthazar (d'où l'étoile figurant dans ses armes), ascendance qu'ici nous ne remonterons pas plus avant… Marie d'Enghien était pour sa part fille de Jean d'Enghien, comte de Lecce et de Castro, fils de Gauthier III d'Enghien et d'Isabelle de Brienne, elle-même fille de Gauthier V de Brienne, duc d'Athènes, et de Jeanne de Châtillon. Gauthier III d'Enghien était fils de Gauthier II d'Enghien et de Yolande de Flandres, fille de Robert dit de Béthune, comte de Flandres, le fameux Lion de Flandres, et de Yolande de Bourgogne, comtesse de Nevers, fille d'Eudes de Bourgogne, comte de Nevers et d'Auxerre, fils d'Hugues IV, duc de Bourgogne et frère de Robert II, père de Marguerite de Bourgogne, reine de France, qui expia si chèrement ses frasques de la tour de Nesle. Yolande de Bourgogne était déjà veuve de Jean-Tristan de France, comte de Valois, fils de saint Louis, que sa mère Marguerite de Provence fit ainsi baptiser car elle lui donna le jour pendant la captivité de son père et étant elle-même menacée dans Damiette par les armées du Sultan. C'est dans ces circonstances qu'elle appela le vieux Sire de Joinville dans sa chambre et lui déclara : "Je vous ordonne, par la foi que vous m'avez bâillée, que si les Sarrasins prennent cette ville, vous me coupiez la tête avant que je ne tombe vivante entre leurs mains." Ce à quoi il répondit simplement : "J'y songeais…", surnom qui lui resta.

Ferdinand Ier et Isabelle de Chiaromonte eurent :

- Éléonore, qui épousa Hercule Ier d'Este, duc de Ferrare et de Modène ;

- Béatrice, qui épousa Matthias Corvin, roi de Hongrie, puis Ladislas IV (II), roi de Bohême et de Hongrie ;

- Alphonse II, roi de Naples, qui épousa Hippolyte-Marie Sforza, fille de François Sforza, duc de Milan, et Blanche-Marie Visconti, d'où Ferdinand II, roi de Naples (sans postérité) et Isabelle, duchesse de Milan ;

- Frédéric Ier, roi de Naples, qui succéda à son neveu Ferdinand II, et qui d'Isabelle Orsini del Balzo n'eut pas de postérité mâle (mais sa fille Charlotte épousa Guy XVI, comte de Laval, d'où Anne, qui épousa François de La Trémoille, vicomte de Thouars, et qui fit donc passer le titre de prince de Tarente à la maison de La Trémoille, ainsi que ses prétentions à la couronne de Naples. Leur fils fut Louis III de la Trémouille, duc de Thouars, prince de Talmont et de Tarente).

La couronne de Naples passa alors à Ferdinand le Catholique, nous allons voir pourquoi.



En effet, pour en revenir à Jean II, roi d'Aragon, il épousa d'abord Blanche de Navarre, fille et héritière de Charles III, roi de Navarre, et d'Éléonore de Castille.

Il en eut :

- Charles, prince de Viane, à l'injuste destinée. Ses démêlés avec son père, qui tenta indignement de le dépouiller de la couronne de Navarre dont il était l'héritier, l'amenèrent à se réfugier en exil à la cour de son oncle Alphonse V, à Naples. C'est cette épisode qu'illustre la superbe composition de José Moreno-Carbonero, qui met en scène le prince accablé de lassitude, de découragement et d'amertume. Revenu en Espagne, après une tentative de réconciliation, Charles mourut subitement et l'on soupçonna la seconde épouse de son père de l'avoir fait empoisonner, pour assurer la couronne d'Aragon à son propre fils, futur Ferdinand le Catholique ;

- Éléonore, qui épousa Gaston IV, comte de Foix, faisant passer la couronne de Navarre dans cette maison. Gaston et Éléonore eurent entre autres Gaston V de Foix, d'où Catherine qui épousa Jean d'Albret, d'où Henri d'Albret, roi de Navarre ; Catherine de Foix, mère d'Anne de Foix, reine de Bohême et de Hongrie ; Jean de Foix, vicomte de Narbonne, d'où Germaine de Foix, reine d'Aragon (qui épousa son "demi-grand-oncle" Ferdinand le Catholique) ; Marguerite de Foix, qui épousa François II, duc de Bretagne.


Puis Jean II épousa Jeanne Enriquez, fille de Fadrique Enriquez, amirante de Castille, et de Marina Fernandez de Cordoba.

Il en eut :

- Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon.


Fadrique Enriquez, père de Jeanne Enriquez, se remaria avec Marie-Thérèse de Quinones, d'où Marie Enriquez, qui épousa Garcia Alvarez de Toledo, premier duc d'Albe, d'où Fadrique Alvarez de Toledo, qui épousa Isabelle de Zuniga, d'où Pierre Alvarez de Toledo, qui épousa de Maria Osorio Pimentel, d'où Éléonore de Tolède, grande-duchesse de Toscane.

Rappelons d'autre part que ledit Fadrique Enriquez descendait du frère jumeau de Henri II, roi de Castille. Alphonse XI, roi de Castille, eut de sa maîtresse Léonore de Guzman plusieurs enfants (nous avons déjà vu plus haut Sanche, père d'Éléonore d'Albuquerque), parmi lesquels les jumeaux Henri (qui succéda à son père), et Fadrique, maître de Santiago.

Fadrique, de sa maîtresse, belle Juive du village de Guadalcanal, appelée Paloma, eut un fils : Alphonse Enriquez. Lequel épousa Jeanne de Mendoza, dont il eut Fadrique qui fut le père de Jeanne Enriquez.

Les chroniqueurs contemporains d'Alphonse Enriquez ne donnent pas d'autres détails sur l'identité de sa mère. Entre autres, le portugais Fernand Lopez rapporte en 1384 que c'était une Juive d'une très grande beauté et c'est Diego de Castille, doyen du chapitre de Tolède, qui précise dans son "Memorial de cosas antiguas" que cette Juive se prénommait Paloma et qu'elle était originaire de Guadalcanal. Les généalogistes supposent qu'il s'agit vraisemblablement de Paloma Bat-Gedaliah (i.e. fille de Gedaliah, lequel Gedaliah était fils de Salomon Ha-Zaken, fils de Joseph Ibn-Yahya, fils de Yahya Ibn-Yaish "El Negro", petit-fils d'Iyya Al-Daoudi, conseiller d'Alphonse Ier, roi de Portugal. Cette lignée serait selon la tradition issue des exilarques de Babylone, donc de la postérité du Roi David).

Du reste ce prénom de Paloma n'est pas anodin, puisqu'il signifie "colombe", autrement dit la forme espagnole de Yonit, prénom hébreu très répandu.

C'est à ce propos que le "Memorial de cosas antiguas" rapporte une anecdote plaisante. Étant à la chasse au faucon en compagnie de Don Martin de Rojas, seigneur de Calpa, le roi Ferdinand le Catholique tentait vainement de prendre un héron, et abandonna bientôt la poursuite. Don Martin continua seul, mais sans plus de succès, et à défaut finit par lancer le faucon sur une colombe qui passait par là. Rejoint par le roi, qui lui demanda où était son faucon, Don Martin lui répondit en riant : "Sire, il est parti chercher notre grand-mère !" Car Don Martin (coquille pour Don Sancho de Rojas) descendait lui aussi de Fadrique Enriquez et Paloma de Guadalcanal, étant fils de Don Juan de Rojas et de Marie Enriquez, fille d'Alphonse Enriquez.

Ferdinand semble avoir plaisanté d'ailleurs lui-même de leur origine juive avec son cousin, comme le rapporte le manuscrit contemporain "Liber facetiarum de Ludovico Pindo et amicorum".
"Le même Sancho de Rojas s'adressa au Roi Catholique, qui était en train de se faire tailler un habit de campagne : "Je prie Votre Altesse que, s'il reste un morceau de drap en trop, elle m'en fasse présent." Le roi lui répondit qu'il le ferait de bonne grâce. Quelques jours plus tard, Sancho de Rojas dit au Roi :
- Seigneur, eh bien ? Reste-t-il un morceau de drap ?
Le Roi lui dit :
- Non, sur ma vie, pas même pour ceci !
Et il dessina, de sa main, un O sur sa poitrine, rappelant ainsi la marque d'étoffe que les Juifs devaient porter cousue sur la leur…
"

Une dernière anecdote, bien belle mais celle-là probablement apocryphe, quoi que très significative de l'esprit du temps, raconte comment se conclut le mariage d'Alphonse Enriquez et de Jeanne de Mendoza. Laquelle était de très haute et très puissante noblesse, et d'un orgueil en proportion. Ainsi, étant tombé amoureux d'elle, Alphonse prit l'habit d'un messager et se présenta devant la jeune femme, en lui disant que le seigneur Alphonse Enriquez l'envoyait avec une lettre, par laquelle il lui demandait sa main. Ayant parcouru le billet, la dame se leva et dit au supposé messager : "Allez dire à votre maître que Doña Juana de Mendoza est beaucoup trop pour un Juif bâtard comme lui, et qu'il cesse de m'importuner." Offensé d'une réponse si injurieuse, Alphonse se fit connaître, avant de donner une vigoureuse gifle à Doña Juana. Alors… celle-ci fit aussitôt appeler le chapelain du château, et lui ordonna de la marier sur le champ à Alphonse, car il ne pouvait être dit que quiconque ait pu gifler Doña Juana de Mendoza à moins d'être son mari…

Pour conclure sur Jeanne Enriquez, signalons que sa petite-fille Jeanne la Folle passait pour lui ressembler de façon frappante. Au point qu'Isabelle la Catholique désignait par plaisanterie sa fille sous le sobriquet de "la suegra" (la belle-mère)… Et, fait remarquable, on peut constater, d'après la miniature de Jeanne Enriquez présentée ici, en la rapprochant des portraits de Jeanne la Folle, qu'effectivement, la similitude d'apparence est spectaculaire.