AMATOR TEMPORIS ACTI

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Ascension
Liste complète des personnages
Jean "de Gand", duc de Lancastre
Jean "de Gand", duc de Lancastre, et sa première femme Blanche de Lancastre, détail du relevé de leur tombeau, par Venceslas Hollar
Tombeau de Jean "de Gand" et Blanche de Lancastre, duc et duchesse de Lancastre, dans l'ancienne cathédrale Saint-Paul de Londres, détruit dans l'incendie de 1666, par Venceslas Hollar
Constance de Castille, duchesse de Lancastre, d'après une miniature de Simon Bening
Catherine Swynford, duchesse de Lancastre, relevé de son tombeau tel qu'il était en 1640, par Dugdale, peu avant sa destruction par des soldats de Cromwell
Couronnement de Henry IV, roi d'Angleterre, en l'abbaye de Westminster, le 13 octobre 1399
Couronnement de Henry IV, roi d'Angleterre, en l'abbaye de Westminster, le 13 octobre 1399
Henry IV, roi d'Angleterre
Henry IV, roi d'Angleterre, par Henry Pierce Bone
Henry IV, roi d'Angleterre, par Renold Elstrick
Henry IV, roi d'Angleterre
Henry IV, roi d'Angleterre
Henry IV, roi d'Angleterre, et sa première femme Marie de Bohun, portraits présumés ornant l'église Saint-Andrew de Rochford, où ils se marièrent le 27 juin 1380
Henry IV, roi d'Angleterre, et sa seconde femme Jeanne de Navarre, effigies funéraires de leur tombeau de la cathédrale de Cantorbéry
Henry IV, roi d'Angleterre, et sa seconde femme Jeanne de Navarre, d'après leur tombeau de la cathédrale de Cantorbéry
Jeanne de Navarre, reine d'Angleterre, auprès du tombeau de son premier mari, Jean V, duc de Bretagne, avec leur fils Arthur, par Henriette Lorimier (1806)
Henry V, roi d'Angleterre, alors prince de Galles, recevant l'hommage du "Regiment of Princes" de Thomas Hoccleve
Henry V, roi d'Angleterre
Henry V, roi d'Angleterre, par Henry Pierce Bone
Henry V, roi d'Angleterre
Henry V, roi d'Angleterre
Henry V, roi d'Angleterre, par Renold Elstrick
Henry V, roi d'Angleterre, gisant de son tombeau de l'abbaye de Westminster
Henry V, roi d'Angleterre, gisant de son tombeau de l'abbaye de Westminster
Catherine de France, future reine d'Angleterre, est remise par son père Charles VI, roi de France, à son fiancé Henry V, roi d'Angleterre
Mariage de Henry V, roi d'Angleterre, avec Catherine de France, dans la cathédrale de Troyes, le 2 juin 1420
Entrevue de Henry V, roi d'Angleterre, et d'Isabeau de Bavière, reine de France, à Hardricourt, le 30 mai 1419, par William Kent (1729)
Mariage de Henry V, roi d'Angleterre, avec Catherine de France, dans la cathédrale de Troyes, le 2 juin 1420, par William Kent (1729)
Catherine de France, reine d'Angleterre, effigie réalisée pour les cérémonies funèbres de la reine
Catherine de France, reine d'Angleterre, tête de l'effigie réalisée pour les cérémonies funèbres de la reine
Jean d'Angleterre, duc de Bedford, en prière devant saint Georges, patron de l'Ordre de la Jarretière
Jean d'Angleterre, duc de Bedford
Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford
Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford
Gisant d'Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford, provenant de son tombeau de l'église des Célestins de Paris, aujourd'hui au Louvre
Henry VI, roi d'Angleterre, par Henry Pierce Bone
Henry VI, roi d'Angleterre
Henry VI, roi d'Angleterre
Henry VI, roi d'Angleterre
Henry VI, roi d'Angleterre, d'après un vitrail de la chapelle du King's College de Cambridge, fondé par le roi
Henry VI, roi d'Angleterre
Henry VI, roi d'Angleterre
Mariage de Henry VI, roi d'Angleterre, avec Marguerite d'Anjou, à Titchfield Abbey, près Southampton, le 23 avril 1445, miniature des "Vigiles de Charles VII"
Henry VI, roi d'Angleterre, remet l'épée de Connétable de France à John Talbot, comte de Shrewsbury
Henry VI et Marguerite d'Anjou, roi et reine d'Angleterre, recevant du comte de Shrewsbury l'hommage du "Talbot Shrewsbury Book"
Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre, relevé d'un ancien vitrail de l'église des Cordeliers d'Angers
Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre, en 1463, médaille de Piero da Milano
Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre
Marguerite d'Anjou, reine d'Angleterre, avec son fils Édouard, statue de Ferdinand Taluet, au Jardin du Luxembourg à Paris (1895)
Édouard "de Westminster", prince de Galles, gravure d'après une enluminure du temps


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Jean de Gand, duc de Lancastre (1340-1399)
et
sa première femme Blanche de Lancastre (1341-1368)
sa seconde femme Constance de Castille (1354-1394)
sa troisième femme Catherine Swynford (1350-1403)

puis le fils du premier lit
Henry IV, roi d'Angleterre (1367-1413)
et
sa première femme Marie de Bohun (1370-1394)
sa seconde femme Jeanne de Navarre (1370-1437)

puis les fils du premier lit
Henry V, roi d'Angleterre (1387-1422)
et sa femme Catherine de France (1401-1437)

Jean, duc de Bedford (1389-1435)
et sa femme Anne de Bourgogne (1404-1432)

puis le fils d'Henry V et de Catherine
Henry VI, roi d'Angleterre "et de France"(1421-1471)
et sa femme Marguerite d'Anjou (1430-1482)

puis leur fils
Édouard de Westminster, prince de Galles (1453-1471)






Jean de Gand, duc de Lancastre, était le fils d'Édouard III, roi d'Angleterre, et de Philippa de Hainaut.

Il épousa d'abord Blanche de Lancastre, fille d'Henry II, duc de Lancastre, et d'Isabelle de Beaumont.

Henry II était lui-même fils d'Henry Ier, comte de Lancastre, et de Maud Chaworth. Henry Ier était fils d'Edmond, comte de Lancastre, et de Blanche d'Artois. Edmond de Lancastre étant fils d'Henry III, roi d'Angleterre, et Blanche d'Artois, fille de Robert de France, comte d'Artois, frère de Saint Louis, roi de France. Blanche d'Artois était déjà veuve de Henri Ier, comte de Champagne et roi de Navarre, dont elle avait eu Jeanne de Navarre, reine de France, épouse de Philippe le Bel.

Jean de Gand (surnommé ainsi en raison du lieu de sa naissance, selon l'usage des princes anglais de cette époque) fut d'abord comte de Richemont (Richmond) et ne reçut le titre de duc de Lancastre qu'après la mort de son beau-père Henry II, en qui s'éteignit la première maison de Lancastre, Jean de Gand fondant alors la seconde maison de Lancastre.

Jean de Gand et Blanche de Lancastre eurent essentiellement :

- Henry IV, roi d'Angleterre (qui suit) ;

- Philippa, qui épousa Jean Ier, roi de Portugal.

Jean de Gand épousa ensuite Constance de Castille, fille de Pierre le Cruel, roi de Castille, et de Marie de Padilla.

D'où :

- Catherine, qui épousa Henri III, roi de Castille.

Jean de Gand épousa enfin Catherine Swynford, qui était depuis longtemps sa maîtresse.

Fille d'un petit gentilhomme du Hainaut, Catherine de Roët était veuve d'Hugues Swynford, chevalier, et occupait la charge de gouvernante des filles du premier mariage de Jean de Gand. La sœur de Catherine, Philippa, épousa Chaucer, le fameux poète des "Contes de Cantorbéry".

La liaison de Jean et Catherine commença peu après la mort de Blanche de Lancastre. Puis, à la mort de Constance de Castille, Jean épousa Catherine, et obtint du Pape que ce mariage légitimât a posteriori les enfants nés de leur liaison antérieure. Cette légitimation pleine et entière fut officiellement proclamée par un acte du Parlement en 1397. Toutefois, le fils légitime de Jean, lorsqu'il devint roi sous le nom d'Henry IV, décida que cette légitimation n'incluait pas le droit de succession à la couronne, et ordonna de l'ajouter à l'acte de 1397, sans autre discussion. Il fut depuis généralement admis parmi les légistes que cette décision modifiant, sur un point de cette importance, la teneur d'un acte du Parlement officiellement enregistré, n'était pas valable.

Quoi qu'il en soit, parmi les enfants de Jean et Catherine signalons :

- Jeanne de Beaufort, qui épousa Ralph Nevill, comte de Westmorland, d'où Cécile, qui épousa Richard, duc d'York ;

- Jean de Beaufort, comte de Somerset, qui fut père de Jean de Beaufort, duc de Somerset, qui fut père de Marguerite de Beaufort, épouse d'Edmond Tudor, comte de Richemont. Et le fils de Marguerite et d'Edmond, Henry, devenu entre-temps par sa mère l'ultime représentant de la maison de Lancastre, parvint à ceindre la couronne et devint Henry VII, roi d'Angleterre, sans se préoccuper de la contestable décision d'Henry IV, qu'Édouard VI, petit-fils d'Henry VII, fit d'ailleurs officiellement annuler - et pour cause.


Henry IV, roi d'Angleterre, ne fut d'abord qu'Henry de Bolingbroke, duc de Lancastre. Il prit la tête d'une révolte contre son cousin germain Richard II, le fit déposer, emprisonner, très probablement assassiner, et fut reconnu roi d'Angleterre à sa place par le Parlement.

Il épousa d'abord Marie de Bohun, fille d'Humphrey de Bohun, comte d'Herford, et de Jeanne Fitzalan (petite-fille d'Edmond Fitzalan, comte d'Arundel, qui fut exécuté sur ordre d'Isabelle de France, femme d'Édouard II).

Marie de Bohun ne fut au demeurant jamais reine d'Angleterre, puisqu'elle mourut bien avant que son époux n'usurpe la couronne.

Ils eurent :

- Henry V, roi d'Angleterre (qui suit) ;

- Jean, duc de Bedford qui épousa Anne de Bourgogne, fille de Jean Sans Peur, duc de Bourgogne, et de Marguerite de Bavière. On remarquera en haut de la gravure à l'effigie du duc de Bedford les petits médaillons se faisant face, et portant, autour du profil du duc, sa devise "A vous entier", délicat hommage à sa femme. Autour du profil de la duchesse, sa devise, qui formait réponse à celle son mari, "J'en suis contente". Ces doubles devises en forme de dialogue d'amour courtois furent lancées à cette époque par la maison de Bourgogne. Ainsi pareillement Philippe le Bon : "Autre n'aurai", à quoi répondait Isabelle de Portugal "Tant que je vive", et Charles le Téméraire : "Je l'ai emprins", à quoi répondait Marguerite d'York "Bien en advienne". L'union du duc de Bedford et d'Anne de Bourgogne fut hélas sans postérité. Le duc, déjà âgé, se remaria avec la très jeune Jacquette de Luxembourg, fille de Pierre de Luxembourg, comte de Saint-Pol, et mourut peu après. Jacquette se remaria alors avec Richard Woodwille, comte Rivers, dont elle eut Élisabeth, qui épousa Édouard IV, roi d'Angleterre ;

- Blanche, qui épousa Louis III, électeur palatin du Rhin.

Henry IV épousa ensuite Jeanne de Navarre, fille de Charles II le Mauvais, roi de Navarre, et de Jeanne de Valois.

De son côté aussi, Jeanne de Navarre était elle-même déjà veuve de Jean V de Montfort, duc de Bretagne, dont elle avait eu de nombreux enfants, dont le futur Arthur III, duc de Bretagne, avec lequel elle est figurée ici auprès du tombeau de Jean V, dans la gracieuse composition troubadour de Henriette Lorimier.

Mais en revanche Henry IV et Jeanne de Navarre n'eurent pas de postérité.


Henry V épousa Catherine de France, fille de Charles VI, roi de France, et d'Isabeau de Bavière.

En vertu du Traité de Troyes, qui scella ce mariage, Charles VI reconnut de plus son gendre Henry V pour héritier de la couronne de France, à la place de son propre fils le dauphin, futur Charles VII. Cependant Henry V mourut deux mois avant son beau-père et ne put donc lui succéder, et c'est son jeune fils qui hérita des deux couronnes. Ajoutons pour ne plus avoir à y revenir que le choix d'un autre héritier que le futur Charles VII était inadmissible, en vertu du principe d'indisponibilité de la couronne de France. Bien que dûment revêtu de toutes les formes officielles, le Traité de Troyes ne pouvait avoir aucune valeur, pas plus que n'en peut avoir le Traité d'Utrecht qui prétendit exclure de la succession de France le duc d'Anjou devenu roi d'Espagne, et ses descendants après lui.

On pourrait certes observer cyniquement que l'Histoire est écrite par les vainqueurs, et qu'après tout, si les armes avaient permis l'établissement durable de la postérité d'Henry V sur le trône de France, le principe d'indisponibilité de la couronne aurait disparu avec maintes autres coutumes qui n'ont eu de valeur qu'aussi longtemps que les événements voulurent bien leur en donner. Mais en tout état de cause, en l'occurrence, les événements ont fait en sorte que le fait fût d'accord avec le droit. Il est donc bien permis de soutenir que la Providence a tranché sans appel…

Henry V et Catherine de France eurent en effet un fils unique :

- Henry VI, roi d'Angleterre "et de France".


Après son veuvage, Catherine se remaria secrètement avec un petit gentilhomme gallois, nommé Owen Tudor. De ce mariage sortit Edmond Tudor, comte de Richemont, souche de la dynastie des Tudor qui conquit la couronne d'Angleterre quelques années plus tard. Owen et Catherine eurent d'autres enfants, dont Jasper, qui selon une tradition constante, difficile à prouver mais fort vraisemblable, eut une fille naturelle, Joan Tudor, laquelle épousa Morgan ap Yevan, dont elle eut Morgan ap William, dit Williams, qui épousa Catherine Cromwell, d'où un fils, Richard Cromwell (il prit le nom de sa famille maternelle, plus prestigieux - son oncle Thomas Cromwell, comte d'Essex, était conseiller d'Henry VIII), lequel Richard fut l'aïeul du fameux Lord Protector et régicide Olivier Cromwell…


A présent, revenons à Henry VI, qui fut couronné roi de France à Notre-Dame de Paris 16 décembre 1431. Mais Charles VII avait déjà été couronné roi de France à Reims le 17 juin 1429… Et comme on sait, c'est à cette époque que la Guerre de Cent Ans, jusque-là favorable à l'Angleterre, connut un tournant décisif. Le règne d'Henry VI ne fut plus dès lors qu'une longue suite de défaites, et en 1453, les anglais était définitivement chassés de France, n'y conservant que Calais.

A ce propos, on ne peut qu'être profondément frappé de songer à cette extraordinaire réponse de sainte Jeanne d'Arc à ses juges, lors de son procès, lorsqu'il lui fut demandé si Dieu haïssait les anglais : "De l'amour ou haine que Dieu a aux Anglois, ou que Dieu leur fait à leurs âmes, ne sçais rien ; mais sçais bien que ils seront tous boutés hors de France, excepté ceulx qui y mourront ; et que Dieu envoyera victoire aux François, et contre les Anglois." Ce qui, en 1431, était hautement invraisemblable. Et pourtant…

Le rêve d'Henry VI, roi de France, fit donc long feu. Mais hélas pour lui, il fut encore plus infortuné comme Henry VI, roi d'Angleterre…

Il épousa Marguerite d'Anjou, fille du Bon Roi René, duc d'Anjou, comte de Provence et roi titulaire de Sicile, et d'Isabelle de Lorraine.

D'où :

- Édouard de Westminster, prince de Galles.

Mais Édouard, duc d'York, héritier de la maison d'York qui prétendait avoir des droits à la couronne supérieurs à ceux de la maison de Lancastre (voir ICI l'explication de la Guerre des Deux-Roses), parvint bientôt à vaincre les armées d'Henry VI. Ce dernier fut déposé par le Parlement, et emprisonné à la Tour de Londres.

Édouard fut couronné sous le nom d'Édouard IV, roi d'Angleterre.

Peu après, les partisans d'Henry VI parvinrent à le faire remonter sur le trône, et Édouard dut aller se réfugier à la cour de son beau-frère Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, époux de sa sœur Marguerite d'York. Mais l'intermède fut de courte durée. Édouard revint en force, écrasa définitivement les troupes de son adversaire à la Bataille de Tewkesbury, au cours de laquelle périt le prince de Galles, fils d'Henry VI (le malheureux prince ne fut pas exactement tué en combattant ; il fut capturé après la défaite, et littéralement exécuté sur place par des hommes du duc d'York). Henry VI mourut lui-même peu après dans sa prison, officiellement de douleur à l'annonce de la mort de son fils, en réalité bien sûr assassiné sur ordre d'Édouard.

C'est un fort triste destin que celui d'Henry VI, et très immérité, car il fut un roi bon, doux, bienveillant et d'une immense piété. Mais assurément peu fait pour régner en des temps aussi troublés, et pour comble de malheur, atteint épisodiquement de crises de démence, affection évidemment héritée de son grand-père le roi de France Charles VI le Fol. Au demeurant, il resta toujours très populaire auprès de ses sujets, et son tombeau de la chapelle Saint-Georges à Windsor fut longtemps après sa mort l'objet d'un pèlerinage très fréquenté. De nombreux miracles y éclatèrent et les procédures en vue de sa canonisation débutaient à Rome… au moment où Henry VIII rompit avec l'Église. Inutile d'ajouter que dès lors la cause d'Henry VI, décidément malheureux en tout, en resta là.

Marguerite d'Anjou, elle-même gardée en captivité pendant quatre ans, alla ensuite se réfugier à Angers, à la cour de son père le Bon Roi René. Elle fut inhumée avec ses parents dans la cathédrale, où leurs tombeaux furent détruits et leurs restes dispersés sous la Révolution.