AMATOR TEMPORIS ACTI

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Ascension
Liste complète des personnages
Antoinette de Wurtemberg et ses sœurs Anne-Jeanne et Jeanne-Sybille représentant la Sulamite, l'Espérance et la Foi, détail du "Kabbalistische Lehrtafel", par Gruber
'Le Cortège de la Sulamite", panneaux extérieurs du "Kabbalistische Lehrtafel", par Gruber
'Systema totius mundi", panneau intérieur du "Kabbalistische Lehrtafel", par Gruber
Antoinette de Wurtemberg exposée sur son lit de mort
Anne-Jeanne de Wurtemberg exposée sur son lit de mort


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Antoinette de Wurtemberg (1613-1679)

et sa sœur

Anne-Jeanne de Wurtemberg (1619-1679)






Antoinette de Wurtemberg et Anne-Jeanne de Wurtemberg étaient les filles de Jean-Frédéric, duc de Wurtemberg, et de Barbara-Sophie de Brandebourg.


Célébrée de son vivant comme la Minerve du Wurtemberg, Antoinette fut une figure assez fascinante, d'une charité inépuisable, d'une intelligence et d'une érudition extrêmes, et d'une piété mystique très inaccoutumée.

Elle se consacra avec assiduité à l'étude de l'hébreu, au point d'en arriver à le lire sans les voyelles, ce qui constitue le sommet de la maîtrise de cette langue, dans la mesure où cette lecture impose une connaissance parfaite du vocabulaire et de la grammaire, chaque mot ne pouvant être lu qu'après avoir été préalablement reconnu ; Eisenwein, professeur de la princesse, écrivit avec admiration au célèbre Buxdorf, le plus grand hébraïsant d'Allemagne à cette époque, qu'elle était capable d'ajouter elle-même toutes les voyelles pour la plus grande partie de la Bible.

Elle se plongea aussi et surtout dans la pratique de la Kabbale, et écrivit un traité sur le sujet ("Unterschiedlicher Riss zu Sephiroth") contenant divers diagrammes cabalistiques sur le modèle du fameux arbre de vie, expliqués en hébreu et en allemand.

Elle commanda à Jean-Frédéric Gruber, peintre de la cour de Stuttgart, vers 1660, le mystérieux "Kabbalistische Lehrtafel" pour l'église de la Trinité de Bad-Tenach, derrière lequel elle ordonna de conserver son cœur après sa mort. Cette étrange peinture est une synthèse de la Kabbale chrétienne suivant les conceptions de la princesse, et son symbolisme est d'une telle complexité que plusieurs ouvrages entiers y ont été consacrés.

N'en disons que quelques mots, très superficiels.

L'ouvrage est en forme de triptyque. Fermé, il représente le cortège de la Sulamite du Cantique des Cantiques, illustration du cheminement de l'âme jusqu'à l'union à Dieu, union figurée par Antoinette recevant la couronne des mains du Christ. La Foi, l'Espérance et la Charité soutiennent le manteau de la princesse. Les figures de l'Espérance (avec une petite ancre) et de la Foi (avec une petite croix) sont peintes sous les traits d'Anne-Jeanne et de Jeanne-Sibylle, les deux sœurs d'Antoinette. Les autres jeunes femmes groupées en différentes processions sont d'une part des héroïnes de l'Ancien et du Nouveau Testament, et d'autre part des personnifications allégoriques.

Ouverts, les deux panneaux latéraux représentent Moïse sauvé des eaux, et la Fuite en Égypte ; ces deux scènes sont elles-mêmes chargées de nombreuses allusions symboliques.

La scène centrale est la figuration complète de l'organisation mystico-cosmique de l'Univers, systema totius mundi. Au seuil du Jardin, Antoinette, de dos, contemple le Christ ressuscité au milieu de l'enclos, entouré des douze fils de Jacob, fondateurs des douze tribus d'Israël. Au fond, le riche bâtiment surmonté d'un dôme est le Temple de Salomon, avec ses deux colonnes Boaz et Jakin, et devant le Temple la femme enceinte de l'Apocalypse, la lune sous les pieds. Tout autour du Temple, d'autres figures incarnent les Sephiroth (les émanations de Dieu dans le système kabbaliste) soigneusement disposées selon leur place dans l'arbre de vie. Ainsi entre autres la femme enceinte debout sur la lune est à la place de la Sephirah Yesod (l'avènement de la Jérusalem Céleste), le Christ ressuscité à la place de la Sephirah Malkout (le Verbe fait Chair, Dieu sur la terre, la Shekhina), au fronton du Temple la Sephirah Tifereth sous la forme d'une mère entourée de ses enfants (l'amour et l'harmonie universels), au sommet du dôme les Sephiroth suprêmes Keter, Hokhmah et Binah, qui évoquent aussi la Sainte Trinité.

On voit à quel point le système détaillé dans ces peintures constitue une imbrication inextricable des symboles juifs et chrétiens, ce qui est précisément le sens de la Kabbale christianisée.


Antoinette et Anne-Jeanne de Wurtemberg ne se marièrent pas, aussi l'on pourra observer qu'elle furent exposées sur leur lit de mort avec une couronne de fleurs et les cheveux dénoués, privilège de la virginité.

Sur le portrait mortuaire d'Antoinette, un ange désigne dans le ciel les lettres E.L. qui signifient "Ewiges Licht", la Lumière Éternelle que la pieuse princesse contemple désormais.