AMATOR TEMPORIS ACTI

Bienvenue sur le site de Guillaume Attlane



Liste complète des personnages
Paul-Jordan Orsini, duc de Bracciano
Paul-Jordan Orsini, duc de Bracciano
Paul-Jordan Orsini, duc de Bracciano, portrait posthume attribué à Artemisia Gentileschi
Isabelle de Médicis, duchesse de Bracciano, jeune fille, d'après Bronzino
Isabelle de Médicis, duchesse de Bracciano, par Allori
Victoire Accoramboni, duchesse de Bracciano
Les fils de Virgilio Orsini, de gauche à droite Charles, Côme, Paul-Jordan, Ferdinand, Alexandre, par Tiberio Titi
Frédéric Sforza, vice-légat d'Avignon, plaçant la ville d'Avignon sous la protection de Saint Pierre de Luxembourg, en 1641, par Mignard
Virginio Orsini, futur cardinal-évêque de Frascati, jeune homme, alors chevalier de Malte
Virginio Orsini, cardinal-évêque de Frascati
Virginio Orsini, cardinal-évêque de Frascati
Marie-Anne de la Trémoille-Noirmoutiers, duchesse de Bracciano, princesse Orsini, dite "la princesse des Ursins"
Marie-Anne de la Trémoille-Noirmoutiers, duchesse de Bracciano, princesse Orsini, dite "la princesse des Ursins"


------


Paul-Jordan Orsini, duc de Bracciano (1541-1585)
et
sa femme Isabelle de Médicis (1542-1573)
sa seconde femme Victoire Accoramboni (1557-1585)

puis les petits-fils de Paul-Jordan et Isabelle
Charles, Côme, Paul-Jordan, Ferdinand, et Alexandre Orsini

Frédéric Sforza, vice-légat d'Avignon, cardinal-évêque de Rimini (1603-1676)

puis

le fils aîné de Ferdinand Orsini
Virginio Orsini, cardinal-évêque de Frascati (1615-1676)

la belle-fille de Ferdinand Orsini
Marie-Anne de la Trémoille-Noirmoutiers, duchesse de Bracciano (1641-1722)
dite la princesse des Ursins






Paul-Jordan Orsini, duc de Bracciano (Paolo-Giordano), était le fils de Jérôme Orsini et de Françoise Sforza.

Jérôme Orsini était fils de Jean-Jordan Orsini, comte de Bracciano, et de Félicie della Rovere, fille naturelle du pape Jules II.

Françoise Sforza était fille de Bosio Sforza et de Constance Farnèse, fille naturelle du pape Paul III et donc sœur de Pierre-Louis Farnèse, premier duc de Parme. Bosio Sforza était fils de Frédéric, fils de Guy, fils de Bosio Sforza, comte de Santa Fiora, demi-frère de François Sforza, duc de Milan.

Ainsi donc Paul-Jordan Orsini était à la fois arrière-petit-fils des papes Jules II et Paul III.

Il épousa d'abord Isabelle de Médicis (Isabella-Romola), fille de Côme Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, et d'Éléonore de Tolède.

Fort malheureuse avec ce mari brutal et tyrannique, elle noua une idylle avec un lointain cousin de ce dernier, Troilo Orsini, de la branche de Monterotondo.

Selon Brantôme, qui au demeurant brode toujours du roman sur une trame authentique connue par ouï-dire, et dans un style décidément plus fruste qu'il n'est permis, voilà ce qu'il advint.

"Il échappa à cette folle femme de se faire engrosser par un autre que son mari, qui était empêché à quelque guerre ; et puis, ayant enfanté d'un bel enfant, ne sut à quel saint se vouer, sinon à son père, à qui elle décela le tout par un gentilhomme en qui elle se fiait, qu'elle lui envoya. Duquel aussitôt la créance ouïe, [Côme de Médicis] manda à son mari que, sur sa vie, il se donnât bien garde de n'attenter sur celle de sa femme, autrement il attenterait sur la sienne et le rendrait le plus pauvre prince de la chrétienté ; et envoya à sa fille une galère avec une escorte quérir l'enfant et la nourrice ; et l'ayant fourni d'une bonne maison et entretien, il le fit très bien nourrir et élever. Mais au bout de quelque temps que le grand-duc de Toscane vint à mourir, par conséquent le mari la fit mourir."

Selon Alexandre Dumas, qui à côté de ses romans écrivit aussi des ouvrages historiques sérieux, parmi lesquels une étude sur les Médicis :

"Jeune, belle, passionnée, au milieu d'une des cours les plus galantes du monde, Isabelle ne tarda point à faire oublier, sous des accusations nouvelles, la vieille accusation qui l'avait tachée (allusion à une calomnieuse rumeur d'inceste avec son père, que Brantôme avait également rapportée).

Cependant Paul-Giordano Orsini se taisait, car Côme vivait toujours et, tant que Côme était vivant, il n'eût point osé se venger de sa fille ; mais Côme mourut en 1574.

Paul-Giordano Orsini avait laissé en quelque sorte sa femme sous la garde d'un de ses proches parents nommé Troilo Orsini, et, depuis quelque temps, ce gardien de son honneur lui écrivait qu'Isabelle menait une conduite régulière et telle qu'il la pouvait désirer ; de sorte qu'il avait presque renoncé à ses projets de vengeance, lorsque, dans une querelle particulière et sans témoins, Troilo Orsini tua d'un coup de poignard Lelio Torello, page du grand-duc François, ce qui le força de fuir.

Alors on sut pourquoi Troilo avait tué Lélio ; ils étaient tous deux amants d'Isabelle, et Troilo voulait être seul. Paul-Giordano Orsini apprit à la fois la double trahison de son parent et de sa femme : il partit aussitôt pour Florence, et y arriva comme Isabelle se préparait à quitter la Toscane, et à s'enfuir près de Catherine de Médicis, reine de France ; mais cette apparition inattendue l'arrêta court au milieu de ses dispositions.

Cependant, à la première vue, Isabelle se rassura ; son mari paraissait revenir à elle plutôt comme un coupable que comme un juge ; il lui dit qu'il avait compris que tous les torts étaient de son côté, et que, désireux de vivre désormais d'une vie plus heureuse et plus régulière, il venait lui proposer d'oublier les torts qu'il avait eus, comme de son côté il oublierait ceux qu'elle avait pu avoir. Le marché, dans la situation où Isabelle se trouvait, était trop avantageux pour qu'elle n'acceptât point ; cependant, il n'y eut pour ce jour aucun rapprochement entre les deux époux.

Le lendemain, 16 juillet 1576, Orsini invita sa femme à une grande chasse qu'il devait faire à sa villa de Cerreto ; Isabelle accepta, et y arriva le soir avec ses femmes ; à peine entrée, elle vit venir à elle son mari conduisant en laisse deux magnifiques lévriers qu'il la pria d'accepter, et dont il l'invita à faire usage le lendemain ; puis on se mit à table.

Au souper, Orsini fut plus gai qu'on ne l'avait jamais vu, accablant sa femme de prévenances et de petits soins, comme un amant aurait pu le faire pour sa maîtresse ; si bien que, quelque habituée qu'elle fût à avoir autour d'elle des cœurs dissimulés, Isabelle y fut presque trompée. Cependant, lorsque, après le souper, son mari l'eut invitée à passer dans sa chambre, et, lui donnant l'exemple, l'y eut précédée, elle se sentit instinctivement frissonner et pâlir, et, se retournant vers la Frescobaldi, sa première dame d'honneur :

 ? Madame Lucrèce, lui demanda-t-elle, irai-je ou n'irai-je pas ?

Cependant, à la voix de son mari, qui, revenant sur le seuil, lui demandait en riant si elle ne voulait pas revenir, elle reprit courage et le suivit.

Entrée dans la chambre, elle n'y trouva aucun changement ; son mari avait toujours le même visage, et le tête-à-tête parut même augmenter sa tendresse : Isabelle, trompée, s'y abandonna, et lorsqu'elle fut dans une situation à ne pouvoir plus se défendre, Orsini tira de dessous l'oreiller une corde toute préparée, la passa autour du cou d'Isabelle, et, changeant tout à coup ses embrassements en une étreinte mortelle, il l'étrangla, malgré ses efforts pour se défendre, sans qu'elle eût le temps de jeter un cri.

Ce fut ainsi que mourut Isabelle."


Selon d'autres historiens, et ce qui semble le plus certain aujourd'hui, l'infidélité réelle ou supposée d'Isabelle servit surtout de prétexte à Paul-Jordan, qui désirait épouser sa maîtresse Victoire Accoramboni, elle-même mariée de son côté. Or non seulement Isabelle fut assassinée, mais le mari de Victoire le fut également. Et les deux amants, libres des conjoints gênants, purent ainsi se remarier, comme ils le désiraient.

Quant à la façon exacte dont Isabelle fut étranglée, une lettre d'Ercole Cortile, ambassadeur d'Hercule II, duc de Ferrare, donne les détails les plus circonstanciés, et les plus authentiques puisque la lettre est datée du 29 juin 1576, soit treize jours après l'assassinat. Il est probable qu'ils lui furent rapportés par des témoins même du drame.

"Madame Isabelle fut étranglée, ayant été appelée par le seigneur Paul alors que la pauvre femme était dans son lit. Elle se leva immédiatement, et comme elle était en chemise de nuit, passa une robe, et se rendit dans la chambre de son mari, après avoir traversé une pièce où un prêtre du nom d'Elicona se tenait en compagnie de plusieurs autres domestiques. Ils disent que son visage et ses épaules courbées montraient qu'elle savait ce qui l'attendait. Morgante et sa femme étaient dans la chambre, et le seigneur Paul les chassa dehors et claqua la porte sur eux avec une grande colère. Caché sous le lit était un chevalier de Malte, romain, nommé Massimo, qui aida à tuer la dame. Il ne resta pas plus d'un quart d'heure dans la chambre, après quoi Paul appela une dame, madame Lucrèce Frescobaldi, lui ordonnant d'apporter du vinaigre parce que Madame se trouvait mal. Aussitôt entrée, suivie par Morgante, elle vit la pauvre dame gisant par terre, et appuyée contre le lit, alors, emportée par son amour pour elle, elle s'écria : "Ah, vous l'avez tuée ! Qu'avez-vous besoin de vinaigre ou de quelque autre chose ?" Le seigneur Paul la menaça et lui dit de tenir sa langue, ou bien il la ferait périr. Comme Madame Éléonore (dite Dianora, la belle-sœur d'Isabelle, elle-même assassinée par son mari Pierre de Médicis dans des circonstances semblables, quelques jours plus tôt), la dame fut mise en un cercueil préparé d'avance, et qui fut emporté la nuit à Florence, déposé dans l'église del Carmine ; il fut ouvert de force, pour que celui qui voudrait regarder à l'intérieur le puisse faire. On dit qu'il ne se vit jamais un spectacle plus monstrueux. Sa tête était démesurément enflée, les lèvres épaisses et noires comme deux saucisses, les yeux ouverts et exorbités, comme deux plaies, la poitrine gonflée et l'un des seins complètement déchiré, à cause, dit-on, du poids du seigneur Paul, qui se jeta sur elle pour la tuer le plus rapidement possible. Et la pestilence était telle que personne ne pouvait s'approcher. Le corps était noir en sa moitié supérieure, et parfaitement blanc au-dessous, m'a dit Niccolo de Ferrare, qui comme d'autres souleva les linges, afin de la voir. Elle fut inhumée la nuit suivante à San Lorenzo."

Ajoutons que Troilo fut lui-même assassiné à Paris où il s'était réfugié, par Ambroise Temazzi, que Paul-Jordan récompensa d'une somme de trois cents écus.


Veuf à point nommé, Paul-Jordan pouvait donc épouser sa maîtresse, veuve à point nommé, Victoire Accoramboni, fille de Claudio Accoramboni et de Tarquinia Paluzzi-Albertoni.

Le malheureux mari n'était autre que François Peretti (il portait le nom "papal" de sa mère, plus prestigieux), fils de Jean-Baptiste Mignucci et de Camille Peretti, propre sœur du futur pape Sixte-Quint.

Et il fut assassiné par son propre beau-frère, Marcel Acorramboni, tout disposé à faciliter le remariage de sa sœur avec le duc de Bracciano.

Néanmoins, Paul-Jordan et Victoire ne connurent pas réellement le bonheur dans le crime, car Paul-Jordan fut immédiatement considéré comme le véritable instigateur du meurtre. Aussi le pape Grégoire XIII interdit-il le mariage, à quoi le couple passa outre, ce qui provoqua la fureur du Souverain Pontife. Victoire fut même un temps emprisonnée, avant d'être remise en liberté sur l'intervention de saint Charles Borromée.

Hélas pour les nouveaux époux, le répit fut de courte durée, car à la mort de Grégoire XIII, c'est précisément le cardinal Peretti, oncle du mari assassiné, qui ceignit la tiare, devenant le célèbre Sixte-Quint. Et il était, moins encore que son prédécesseur, et pour cause, disposé à laisser le ménage en paix.

Prévoyant le pire, Paul-Jordan et Victoria se réfugièrent en hâte à Venise, puis à Salo. Mais en vain : le clan Peretti y envoya ses sicaires qui assassinèrent Paul-Jordan.

Victoire hérita d'une grande partie des biens de son mari, hors ce qui revenait au fils du premier lit. Elle se retira à Padoue. Pour elle du moins, tout est bien qui finit bien, pensera-t-on ? Mais non.

Louis Orsini, cousin de son mari (comme Troilo, de la branche de Monterotondo), s'avisa de lui faire un procès pour contester la succession. Il le perdit. Alors, pour régler le différend plus efficacement, il la fit poignarder (en même temps que son frère Flaminio Accoramboni, pour faire bonne mesure).

Charmante époque que cette Italie du XVIe siècle…


Paul-Jordan Orsini et Isabelle de Médicis avaient eu :

- Virginio, duc de Bracciano ;

- Éléonore, qui épousa Alexandre Sforza, duc de Segni (son cousin germain, puisque petit-fils de Mario Sforza, frère de Françoise Sforza, grand-mère d'Éléonore). D'où plusieurs fils, dont Frédéric, vice-légat d'Avignon, cardinal-évêque de Rimini, et Mario, duc de Segni et d'Onano, épousa Renée de Lorraine-Guise, fille du duc de Mayenne, d'où Louis, qui épousa sans postérité Louise-Elvide de Damas de Thianges, nièce de madame de Montespan, qui fut connue à la cour de Louis XIV sous le nom francisé de "duchesse de Sforce" et qui avait, raconte Mme de Caylus, "un nez tombant dans une bouche fort vermeille, qui fit dire à M. de Vendôme qu'elle ressemblait à un perroquet qui mange une cerise."


Virginio Orsini épousa Flavie Damascini-Peretti, dont la mère Félice Peretti était la propre sœur de François Peretti, le premier mari de Victoire Accoramboni.

Ainsi Isabelle de Médicis et François Peretti, assassinés chacun de son côté pour que leurs conjoints respectifs puissent convoler, furent-ils en outre réunis par le mariage du fils de la première et de la nièce du second.

Virginio et Flavie eurent de nombreux enfants, dont Marie-Félice, qui épousa Henry II, duc de Montmorency (mariage fait par sa marraine, cousine germaine de son père, Marie de Médicis), Isabelle, mère de Ferrante III, duc de Guastalla, et Paul-Jordan, Alexandre, Ferdinand, Côme, Charles, représentés ici dans leur enfance par le charmant tableau attribué à Pulzone.

Paul-Jordan et Alexandre (cardinal) étant morts sans postérité, Ferdinand devint à son tour duc de Bracciano. Il épousa Justinienne Orsini, une très lointaine cousine, de la branche de San Gemini (la souche commune remontant tout de même au XIVe siècle).

D'où :

- Virginio, cardinal-évêque de Frascati ;

- Flavio, dernier duc de Bracciano.

Il épousa (sans postérité) Marie-Anne de la Trémoille-Noirmoutiers, fille de Louis de La Trémoille, duc de Noirmoutiers, et de Renée-Julie Aubry de Tilleport.

Cette fameuse duchesse de Bracciano, qui, à la cour de Louis XIV, porta son titre de princesse Orsini sous la forme francisée de "princesse des Ursins", fut l'une des plus grandes femmes d'État que l'Histoire ait connue, et parvint par les seules ressources de son esprit, de son habileté et de son ambition, à gouverner l'Espagne, toute-puissante pendant près de quatorze ans. Sa chute brutale et imprévue fut la conséquence d'une dernière manœuvre qu'elle avait crue propre à lui conserver un empire absolu sur ce royaume. Aussi est-ce bien le cas de citer, en le modifiant à peine, l'admirable mot de La Bruyère, car précisément elle "tomba d'une haute fortune par les mêmes défauts - et qualités - qui l'y avaient fait monter…"