AMATOR TEMPORIS ACTI

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Liste complète des personnages

Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin

Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, en 1663, à 2 ans, par Beaubrun
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, enfant, par Werner
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, enfant
Baptême du Grand Dauphin, à Saint-Germain-en-Laye, par le cardinal Barberini, archevêque-duc de Reims, grand-aumônier de France, le 24 mars 1668, par Joseph Christophe
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, enfant
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, enfant
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, enfant
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, enfant, par Mignard
Le Grand Dauphin, accompagné de son gouverneur le duc de Montausier, visitant une famille de laboureurs, par Jean-François Garneray (1829)
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, vers 1675, par Coustou
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, vers 1677, par Coustou
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, adolescent
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, par Elle
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, adolescent
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, à 18 ans, en 1679, par Coysevox
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, par Petitot
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, atelier de De Troy
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, par Rigaud
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, devant Philippsbourg, par Rigaud
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, d'après Rigaud
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, devant Philippsbourg, atelier de Rigaud
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, atelier de Rigaud
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, par Girardon


Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France

Marie-Anne-Christine de Bavière, future dauphine de France, avec son frère Maximilien-Emmanuel, futur électeur de Bavière, enfants, par Stefano Bombelli
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France, d'après Mignard
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France, d'après De Troy
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France, d'après De Troy
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France, en 1680
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France, portrait posthume (à la mode de 1720 et très idéalisé), par De Troy


Pendants et Ensembles

Médaille frappée pour le mariage de Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, et de Marie-Anne-Christine de Bavière, 1680
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, au moment de son mariage, par Petitot
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France, au moment de son mariage, par Petitot
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, au moment de son mariage, par Petitot
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France, au moment de son mariage, par Petitot
Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, par Ribou
Marie-Anne-Christine de Bavière, dauphine de France, par Ribou
Le Grand Dauphin et sa femme Marie-Anne-Christine de Bavière, en 1687, avec leurs fils Louis, duc de Bourgogne, Philippe, duc d'Anjou et Charles, duc de Berry, par Mignard
Le Grand Dauphin et sa femme Marie-Anne-Christine de Bavière, avec leurs fils Louis, duc de Bourgogne, Philippe, duc d'Anjou et Charles, duc de Berry, atelier de Mignard


Marie-Émilie de Joly de Choin, seconde épouse (secrète) du Grand Dauphin

Marie-Émilie de Joly de Choin, épouse secrète du Grand Dauphin


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Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin (1661-1711)
et
sa première femme Marie-Anne-Christine de Bavière, dite la Grande Dauphine (1660-1690)
sa seconde femme (secrète) Marie-Émilie de Joly de Choin (1670-1732)






Le Grand Dauphin avec ses parents à différentes époques de sa vie : ICI.


Louis, dauphin de France, dit le Grand Dauphin, était le fils de Louis XIV, roi de France et de Navarre, et de Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne.

Marie-Anne-Christine de Bavière (Marie Anne Christine Victoire Josèphe Bénédicte Rosalie Pétronille) était la fille de Ferdinand-Marie, électeur de Bavière, et de Henriette-Adélaïde de Savoie.

Le Grand Dauphin était le filleul du pape Clément IX et de Catherine de Bragance, reine d'Angleterre.

On ne saurait taire quelques anecdotes se rapportant à la petite enfance du prince, qui nous font toucher du doigt la charmante simplicité qui pouvait parfois régner au sein de la famille royale, coexistant avec les fastes et les rigueurs de l'Étiquette.

Il avait quatre ans quand, se promenant avec ses parents dans le jardin des Tuileries, il aperçut un soldat aux gardes qui ne le salua pas au passage. Aussitôt, il s'exclame :

- "Holà ! Bastonnez moi cet homme assez hardi pour passer devant moi sans ôter son chapeau."

Marie-Thérèse le reprend :

- "Mon fils, suivant les règles de la guerre, ce soldat ne devait pas ôter son chapeau mais seulement baisser sa hallebarde comme il l'a fait."

Le dauphin se met alors à bouder. Quelques minutes après, la reine sort de sa poche une tige de laitue confite et la montre à son fils, qui tend aussitôt la main. Mais Marie-Thérèse lève la friandise en l'air et lui dit :

- "Si vous la voulez, mon mignon, j'exige d'abord que vous pardonniez au soldat l'injure qu'il ne vous a pas faite."

Le dauphin se renfrogne et détourne la tête. Louis XIV alors, d'un ton plus sévère :

- "Pour vous faire changer d'idée, ne suffit-il donc pas que votre père et votre mère vous disent qu'il n'a pas commis de faute ?"

Le dauphin se jette alors dans les bras de son père, qui insiste :

- "Pardonnez-vous au soldat ?

- Oui, Monsieur.

- Et pourquoi pardonnez-vous au soldat ?

- Parce que papa et maman le veulent.

- Et aussi parce que c'est votre devoir
", ajoute le roi en l'embrassant.

Sur quoi la reine lui donna la friandise en l'embrassant aussi, et le roi et la reine se retirèrent ayant entre eux leur fils qu'ils tenaient chacun par une main.

Un jour, il accompagnait sa mère chez les carmélites de la rue du Bouloy, où il entendait la messe dans le chœur des religieuses, assis sur les genoux de la prieure. Vint le moment du sermon prononcé par Mgr Faure, évêque d'Amiens. Au bout de quelques instants, impatienté, le dauphin s'échappe, court à la grille, passe la tête par le guichet et crie :

- "Monsieur d'Amiens, adieu ! Vous avez assez pessé (prêché) !

- Monseigneur, c'est un ordre… !
" lui répond aussitôt le prélat en souriant, et il descend de chaire.

Ce qui valut bien sûr au dauphin, après la messe, une ferme réprimande de la reine…

On possède encore un petit cahier sur lequel la reine fit par pénitence consigner par son fils de quatre ans les sottises qu'il commettait régulièrement lors de ces visites chez les carmélites. On ne résiste pas à citer en entier ce charmant et étonnant petit mémoire :

"Mémoire de ce que moy, fils unique du roy, ay cassé aux Petites Carmélites, cette année 1665"

"Premièrement un petit cabinet de jais au mois de septembre, que pour mon plaisir j'ai cassé en mille morceaux.
Plus le marmouset du bateau de la petite fontaine, auquel j'ai cassé le nez et rompu les rubans qui tenaient le bateau ; je jetai tout, et le bateau que je mis en mille pièces, dans la fontaine.
Plus j'ai cassé trois porcelaines contrefaites et cinq ou six bouteilles.
Plus j'ai cassé un âne (de la crèche) pour mon plaisir, et j'ai arraché les oreilles : et puis la pauvre bête, je l'ai prise des deux mains par-dessus ma tête pour la mieux mettre à mon plaisir en mille morceaux.
Plus une fiole en cristal de roche.
Plus un petit arrosoir de fer blanc.
Plus un autre petit bateau de papier marbré.
Plus j'ai versé la cassolette de sœur d'Ardenne.
Plus j'ai arraché un carré de pourprier à sœur Louise.
Plus j'ai rompu le grand et le petit mannequin.
Plus les deux petites coquilles de sœur prieure.
Plus j'ai rompu les deux cornes au bœuf (de la crèche) pour mon plaisir.
Plus j'ai renversé les deux cassolettes de sœur Thérèse.
Plus j'ai jeté au feu tous les cottrais (fagots) que j'ai pu trouver.
J'ai aussi rompu le grand arrosoir.
Plus j'ai rompu un couteau.
Plus j'ai rompu le cordon de ma chaise en la déshabillant.
Plus j'ai rompu un beau petit écran de paille. J'en ai brisé deux ou trois autres.

Signé : Moy dauphin, fils unique du roy.
"

Une telle liste permet de constater que le dauphin n'avait rien à envier aux enfants dits "hyperactifs" d'aujourd'hui…

Il fut fort sévèrement élevé par le duc de Montausier (un des modèles du Misanthrope de Molière, dit-on) et par Bossuet. Mais le poids d'une instruction trop ambitieuse devait à jamais le dégoûter des études, car il ne fut par la suite rien moins qu'un intellectuel.

L'adolescence venue, on ne fut pas moins strict sur la pureté de ses mœurs. Primi Visconti raconte : "Le petit marquis de Créquy lui ayant enseigné à la dérobée certaine pratique vicieuse, Millet, le sous-gouverneur du Dauphin, s'en étant aperçu, se tenait avec une verge auprès du lit du prince, et quand il le voyait remuer les mains sous la couverture, il lui en appliquait des coups !"

Aussi, lorsqu'il épousa Marie-Anne-Christine de Bavière, était-il parfaitement ignorant de ce qu'il aurait à faire pour la nuit de noces. L'échéance approchant, Louis XIV lui-même entreprit d'instruire son fils, sans succès… Il raconta au duc de Montausier : "Monsieur, je viens de parler à mon fils, et vous voyez que j'en sue. J'ai tourné tant que j'ai pu et à la fin je lui ai dit pendant une grosse demi-heure ce qu'on aurait honte de dire dans les mauvais lieux, sans avoir pu venir à bout de lui rien faire entendre…"

Le duc de Montausier confia le jeune homme à son gendre le duc d'Uzès, "en tête-à-tête, qui prétendit l'avoir fort bien instruit, mais à Chalons (où la rencontre avec la dauphine devait se faire) il avait tout oublié, et l'on fut fort en peine. Tellement que la maréchale de Rochefort, qui à trente-cinq ans était encore fraîche et piquante, lui donna enfin une leçon entre deux portes qui réussit parfaitement et dont personne ne lui sut mauvais gré." (Saint-Simon dixit)

"Monseigneur était plutôt grand que petit, fort gros, mais sans être trop entassé, l'air fort haut et fort noble, sans rien de rude, et il aurait eu le visage fort agréable si M. le prince de Conti ne lui avait pas cassé le nez par malheur en jouant, étant tous deux enfants. (On aperçoit effectivement la trace de ce nez cassé, légèrement sur ses portraits de jeunesse, mais nettement sur ceux de sa maturité, par Rigaud notamment. Comme de juste, la cassure s'est davantage prononcée avec l'âge, accentuant encore la courbe déjà très bourbonienne du nez). Il était d'un fort beau blond, il avait le visage fort rouge de hâle partout et fort plein, mais sans aucune physionomie. (…)

Il avait fort aimé la table, mais toujours sans indécence. Depuis cette grande indigestion qui fut prise d'abord pour apoplexie, il ne faisait guère qu'un vrai repas, et se contenait fort, quoique grand mangeur comme toute la maison royale. Presque tous ses portraits lui ressemblent bien.
"

Notre petit boudrillon de mémorialiste poursuit : "De caractère, il n'en avait aucun ; du sens assez, sans aucune sorte d'esprit…". Mais au fait, arrêtons-nous là.

On sait le portrait moral impitoyable que fit Saint-Simon du Grand Dauphin. Il n'y a guère l'ombre d'une vérité dans ce torrent de fiel. Saint-Simon détestait le prince, parce que sa cour à Meudon était le lieu de ralliement des ennemis du mémorialiste, et notamment des demi-sœurs du prince, bâtardes de Louis XIV, dont surtout "Madame la Duchesse" (la duchesse de Bourbon), qui animait le parti favorable aux princes légitimés, cauchemar de Saint-Simon. À partir de là, ce dernier laissa, à son habitude, libre cours à sa verve aussi inimitable qu'aveuglée de haine. Et comme, malheureusement, il constitua pour la postérité l'une des seules sources à laquelle on vint puiser un jugement sur le Grand Dauphin, la réputation posthume de ce dernier ne s'en est aujourd'hui encore, quasiment pas relevée…

La vérité, que certains historiens dégagent enfin depuis peu, est que ce prince, écrasé bien sûr par la personnalité de son père, nonchalant et assez indifférent aux affaires de l'État, fut un amateur d'art éclairé, collectionneur au goût exceptionnel de tableaux, porcelaines, étoffes, cristaux, pierres gravées. Mécène inépuisable, il fut l'un des plus grands commanditaires de Bérain, Boulle et Coypel. Passionné de théâtre, de musique et d'opéra, il était un spectateur assidu des scènes parisiennes. L'autre passion de sa vie était la chasse au loup, car loin d'être "confit dans sa graisse" comme le voudrait Saint-Simon, il se livrait avec fureur à cet exercice physique épuisant.

Très aimé à la Cour, il fut surtout par son affabilité et sa simplicité l'idole du petit peuple de Paris. Les témoignages d'affection qu'il reçut des délégués des Halles lors de sa dernière maladie en attestent éloquemment.


En ce qui concerne la Grande Dauphine, on ne s'étonnera pas de trouver ici une version assez proche de la page qui lui est consacrée sur Wikipédia. C'est moi-même, en effet, qui l'ai à peu près intégralement rédigée, à une époque bien révolue où je semais "margaritas ante porcos" (en toute humilité). Je ne fais à présent que reprendre mon bien. Ces considérations personnelles mentionnées, voici ce que nous dirons.

Promise à son cousin le Grand Dauphin dès son enfance, elle reçut, en vue d'une si brillante destinée, une éducation fort soignée. Outre sa langue maternelle, l'allemand, elle parlait couramment le français et l'italien, et savait même le latin.

Louis XIV annonce officiellement le mariage en 1680, comme le raconte la Grande Mademoiselle :

"L'hiver d'après, on parla fort que Monseigneur se marierait. Un jour le roi, en entrant devant le dîner chez la reine, comme il avait accoutumé, tenait un portrait à sa main, qu'il attacha sur la tapisserie, et dit : "Voilà la princesse de Bavière". Il l'avait montré à Monseigneur chez madame de Montespan, qui était fort content. Le roi dit : "Elle n'est pas belle, mais elle ne déplaît pas ; elle a beaucoup de mérite." Tout le monde approuva ce choix : pour moi, qui aimais fort sa mère sans l'avoir jamais vue, j'en fus fort aise. Elle était de Savoie et ma cousine germaine."

De fait, les contemporains s'accordent sur une chose : la princesse est particulièrement laide, "horriblement laide" dit même sa cousine Madame, duchesse d'Orléans. Mais dans l'ensemble, ils nuancent le propos en précisant, comme le disait le roi, que paradoxalement, elle n'était pas déplaisante pour autant. Le charme, dirait-on aujourd'hui.

"On alla au-devant de madame la Dauphine jusqu'à Châlons ; le roi alla coucher à Vitry-le-François, deux jours après, et alla au-devant d'elle ; elle y coucha et la reine demeura à Châlons, fâchée que le roi l'eût vue avant elle. Livry revint à Châlons pour dire à la reine l'heure qu'elle devait partir le lendemain. La reine lui demanda comment il l'avait trouvée ; il lui dit : "Le premier coup d'œil n'est pas beau." La reine ne fut pas bien loin de Châlons ; on trouva le roi qui descendit de carrosse, et présenta madame la Dauphine à la reine.

Elle était habillée de brocart blanc, des rubans blancs à sa coiffure, qui était défrisée ; ses cheveux noirs ; le froid l'avait rougie. Elle avait une fort belle taille ; mais elle n'était pas en beauté, et Livry avait raison de dire que le premier coup d'œil n'était pas beau. Elle salua ensuite Madame et moi ; elle me fit mille amitiés. Dans le carrosse, elle me parla de celle que madame sa mère avait pour moi, et qu'elle lui disait toujours : "Si vous êtes mariée en France, faites votre première amie de Mademoiselle ; c'est la mienne." Elle ne fut point embarrassée ; elle causa beaucoup.
"

La princesse est donc accueillie avec enthousiasme. Madame de Sévigné rapporte :

"Madame la dauphine est l'objet de l'admiration : le Roi avait une impatience extrême de savoir comment elle était faite. Il envoya Sanguin, comme un homme vrai et qui ne sait point flatter : "Sire, dit-il, sauvez le premier coup d'œil, et vous en serez bien content". Cela est dit à merveille ; car il y a quelque chose à son nez et à son front, qui est trop long, à proportion du reste ; elle fait un mauvais effet tout d'abord. Mais on dit qu'elle a une si bonne grâce, de si beaux bras, de si belles mains, une si belle taille, une si belle gorge, de si belles dents, de si beaux cheveux, et tant d'esprit et de bonté, caressante sans être fade, familière avec dignité, enfin tant de manières propres à charmer, qu'il faut lui pardonner ce premier coup d'œil…".

Reçue personnellement par la dauphine un peu plus tard, elle ajoute : "Sa laideur n'est point du tout choquante, ni désagréable ; son visage lui sied mal, mais son esprit lui sied parfaitement bien. Elle ne fait pas une action, ne dit pas une parole, qu'on ne voie qu'elle en a beaucoup".

Quant au principal intéressé, le Grand Dauphin lui-même, il s'en déclare enchanté.

Mais rapidement, les débuts prometteurs à la Cour de la princesse se dégradent.

Louis XIV comptait fortement sur sa belle-fille pour remplacer dans ses fonctions officielles la reine, Marie-Thérèse d'Autriche, morte en 1683. Si elle en avait les capacités, le goût de la représentation manquait à Marie-Anne.

Madame de Caylus, nièce de la "belle-mère" du dauphin, Madame de Maintenon, raconte :

"Le Roi, par une condescendance dont il se repentit, avait laissé auprès de madame la dauphine une femme de chambre allemande élevée avec elle, et à peu près du même âge : cette fille, appelée Bessola, (…) fut cause que madame la dauphine, par la liberté qu'elle eut de l'entretenir et de parler allemand avec elle, se dégoûta de toute autre conversation et ne s'accoutuma jamais à ce pays-ci".

Madame de Caylus ajoute ensuite qu'il est possible, à sa décharge, que le caractère de la dauphine, "ennemi des médisances et de la moquerie", ait aussi influencé son refus de prendre part à la vie de la Cour, toute faite de "raillerie et de malignité".

Cependant son attachement pour Barbara Bessola lui paraît rester la cause la plus décisive du goût de la dauphine pour la retraite, "peu convenable aux premiers rangs". C'est pourquoi le Roi proposa à la dauphine de marier Bessola à un homme de qualité, afin de lui permettre de participer à la vie de la Cour et de rompre l'isolement auquel son rang subalterne la contraignait à Versailles, obligeant par là-même la dauphine à vivre dans le même isolement pour ne pas quitter sa compagnie. "Mais la dauphine, par une délicatesse ridicule, répondit qu'elle ne pouvait y consentir, parce que le cœur de Bessola serait partagé."

Louis XIV cependant, conseillé par madame de Maintenon, ne se découragea point. "Il crut, à force de bons traitements, par le tour galant et noble dont il accompagnait ses bontés, ramener l'esprit de madame la dauphine, et l'obliger à tenir une cour." Ainsi organisait-il chez elle des loteries dont les prix étaient "ce qu'il y a de plus rare en bijoux et en étoffes", ou, lorsque le jeu de hoca (une sorte d'ancêtre de la roulette, plus tard interdit à la Cour tant les sommes qu'on y perdait étaient vertigineuses) fut très à la mode, y jouait-il exclusivement chez elle. "Des façons d'agir si aimables, et dont toute autre belle-fille eût été enchantée, furent inutiles pour madame la dauphine ; et elle y répondit si mal, que le Roi, rebuté, la laissa dans la solitude où elle voulait être, et toute la Cour l'abandonna avec lui."

Mais plus regrettable encore, la dégradation atteignit également la vie conjugale de la princesse.

Madame de Caylus, toujours impitoyable, après avoir rappelé la laideur de la dauphine, ajoute cruellement :

"Et cependant Monseigneur l'aima, et peut-être n'aurait aimé qu'elle, si la mauvaise humeur et l'ennui qu'elle lui causa ne l'avaient forcé à aller chercher des consolations et des amusements ailleurs. (…) Il est aisé de comprendre qu'un jeune prince, tel qu'était Monseigneur alors, avait dû s'ennuyer infiniment entre madame sa femme et la Bessola, d'autant plus qu'elles se parlaient toujours allemand, langue que lui n'entendait pas, et sans faire aucune attention à lui. Il résista cependant, par l'amitié qu'il avait pour madame la dauphine ; mais, poussé à bout, il chercha à s'amuser chez madame la princesse de Conti (sa demi-sœur, fille du Roi et de mademoiselle de La Vallière). Il y trouva d'abord de la complaisance et du plaisir parmi la jeunesse qui l'environnait : ainsi il laissa madame la dauphine jouir paisiblement de la conversation de son allemande.

Elle s'en affligea quand elle vit le mal sans remède, et s'en prit mal à propos à madame la princesse de Conti. Son aigreur pour elle, et les plaintes qu'elle en fit souvent à Monseigneur, ne produisirent que de mauvais effets. Si nos princes sont doux, ils sont opiniâtres ; et s'ils échappent une fois, leur fuite est sans retour. Madame de Maintenon l'avait prévu, et en avait averti inutilement madame la dauphine.
"

Le Grand Dauphin, en effet, ne s'arrêtera plus sur sa lancée, commençant une liaison avec mademoiselle de Rambures, propre fille d'honneur de la dauphine, future marquise de Polignac, qui restera sa maîtresse jusqu'en décembre 1686, date à laquelle il rompit en découvrant que dans ses lettres, elle le surnommait "le gros giflard". D'autres amours la remplacèrent.

La princesse, du reste, était consciente que sa laideur était un handicap, aussi bien éprouvait-elle la plus grande répugnance à se faire peindre. Selon Voltaire, "ses maux empiraient par le chagrin d'être laide dans une cour où la beauté était nécessaire."

Il apparaît clair aujourd'hui que si la dauphine s'est autant coupée du monde, c'est aussi en raison de sa mauvaise santé. Saint-Simon relève lui-même qu'elle "était toujours mourante" et que "sa courte vie ne fut qu'une maladie continuelle". Voltaire précise que "sa santé toujours mauvaise la rendait incapable de société." Et cependant, pour comble de disgrâce, "on lui contestait jusqu'à ses maux ; elle disait : Il faudra que je meure pour me justifier !". Madame de Caylus illustre parfaitement ce dernier point : "Elle passait sa vie renfermée dans de petits cabinets derrière ses appartements, sans vue et sans air ; ce qui, joint à son humeur naturellement mélancolique, lui donna des vapeurs. Ces vapeurs, prises pour des maladies effectives, lui firent faire des remèdes violents ; et enfin ces remèdes, beaucoup plus que ses maux, lui donnèrent la mort, après qu'elle nous eut donné trois princes".

En effet, la dauphine mourut peu après la naissance difficile de son troisième fils, et "persuadée que sa dernière couche lui avait donné la mort". Elle en était certes si persuadée qu'en donnant sa dernière bénédiction à ses enfants, peu avant de rendre l'âme, elle dit en embrassant son dernier-né : "Je t'embrasse aussi, mon pauvre Berry, quoique tu sois cause de ma mort". D'autres rapportent qu'elle soupira le vers d'Andromaque : "Ah ! Mon fils, que tes jours coûtent cher à ta mère !".

Il est vrai que l'abcès au bas-ventre qui sembla être la cause immédiate de son décès pouvait amener à faire le lien avec son dernier accouchement. Ses grossesses ne s'étaient jamais très bien passées, et elle avait subi de très nombreuses fausses couches (ainsi notamment une première en 1681, trois en 1685 et deux en 1687…). Toutefois, il est probable que c'est des suites de la tuberculose que mourut la dauphine, le 20 avril 1690, avant ses trente ans. Elle léguait à Barbara Bessola son prie-Dieu, son secrétaire, et 40 000 francs, tout en la recommandant au roi, qui lui alloua une pension de 4000 livres.

Le célèbre évêque de Nîmes, Fléchier, prononçant l'oraison funèbre de la dauphine, interprète de façon plus charitable et plus édifiante que ses contemporains, l'isolement volontaire où se confina cette princesse : "On la vit renoncer insensiblement aux plaisirs, et se faire une solitude où elle put se dérober à sa propre grandeur, et jouir d'une paix profonde au milieu d'une cour tumultueuse."

Sa cousine la princesse Palatine, Madame, duchesse d'Orléans, qui était de l'autre branche des Wittelsbach, celle des électeurs palatins, écrit à sa tante la duchesse de Hanovre :

"J'ai si horriblement pleuré, pendant six heures entières, à l'enterrement de Mme la dauphine, que deux jours après, je n'y voyais pas encore clair. La perte de Mme la dauphine m'avait déjà profondément affligée, car je l'aimais beaucoup ; mais de plus comme nos armes étaient partout sur le cercueil et sur la tenture de drap noir de l'église, cela m'a rappelé si vivement la mort du prince-électeur mon père, de ma mère et de mon frère, que j'ai cru éclater à force de pleurer. Oui, tout ce qui m'était cher et que j'ai perdu m'est revenu à la mémoire en cette circonstance. Et feu le bon prince Charles qui a ri si souvent, mon Dieu ! avec Mme la dauphine et avec moi, je ne l'ai pas oublié non plus…"

Le prince Charles dont parle Madame était son cousin le jeune Charles de Hanovre, un fils de sa tante, qui était venu en visite à la Cour de France quatre ans plus tôt, et qui venait lui aussi de mourir.

Louis et Marie-Anne-Christine avaient eu :

- Louis, duc de Bourgogne, puis dauphin de France ;

- Philippe, duc d'Anjou, puis roi d'Espagne ;

- Charles, duc de Berry.


Après son veuvage, le Grand Dauphin se remaria secrètement avec sa maîtresse Marie-Émilie de Joly de Choin, qui était d'ailleurs, dans un autre genre, aussi laide que sa femme. "C'était une grosse fille écrasée, brune, laide, camarde, avec de l'esprit et un esprit d'intrigue et de manège", dit Saint-Simon (qui d'autre ?).

Au demeurant, dans l'intimité du Grand Dauphin, elle vivait sur le pied d'une épouse et belle-mère à part entière. "Elle couchait dans le lit et dans le grand appartement où logeait Mme la duchesse de Bourgogne quand le roi allait à Meudon. Elle était toujours dans un fauteuil devant Monseigneur, Mme la duchesse de Bourgogne sur un tabouret (ce qui était tout de même énorme) ; Mlle Choin ne se levait pas pour elle (même remarque) ; en parlant d'elle, elle disait, et devant Monseigneur et la compagnie : «la duchesse de Bourgogne» (et non, comme elle l'aurait dû, si elle n'avait été sa belle-mère : «Madame» la duchesse de Bourgogne) et vivait avec elle comme faisait Mme de Maintenon, excepté qu'elle ne l'appelait pas «mignonne», ni elle «ma tante», et qu'elle n'était pas à beaucoup près si libre, ni si à son aise là qu'avec le roi et Mme de Maintenon. Mgr le duc de Bourgogne y était fort en brassière. Ses mœurs et celles de ce monde-là se convenaient peu. Mgr le duc de Berry, qui les avait plus libres, y était à merveille. Mme la Duchesse y tenait le dé, et quelques-unes de ses favorites y étaient quelquefois reçues. Mais pour tout cela, jamais Mlle Choin ne paraissait. Elle allait, les fêtes, à six heures du matin, entendre une messe dans la chapelle dans un coin toute seule, bien empaquetée dans ses coiffes, mangeait seule quand Monseigneur ne mangeait pas en haut avec elle, et il n'y mangeait jamais lorsqu'il couchait à Meudon que le jour qu'il y arrivait (parce que qui en était ne venait que sur le soir), et jamais ne mettait le pied hors de son appartement ou de l'entresol ; et pour aller de l'un à l'autre tout était exactement visité et barricadé pour n'être pas rencontrée.

On la considérait auprès de Monseigneur comme Mme de Maintenon auprès du roi. Toutes les batteries pour le futur étaient dressées et pointées sur elle. On cabalait longtemps pour avoir la permission d'aller chez elle à Paris ; on faisait la cour à ses amis anciens et particuliers. Mgr le duc de Bourgogne et Mme la duchesse de Bourgogne cherchaient à lui plaire, étaient en respect devant elle, et attention avec ses amis, et ne réussissaient pas toujours. Elle montrait à Mgr le duc de Bourgogne la considération d'une belle-mère, que toutefois elle n'était pas
(mais si, elle l'était, justement !), mais une considération sèche et importunée, et il lui arrivait quelquefois de parler avec autorité et peu de ménagement à Mme la duchesse de Bourgogne, et de la faire pleurer.

Le roi et Mme de Maintenon n'ignoraient rien de tout cela, mais ils s'en taisaient, et toute la cour, qui le savait, n'en parlait qu'à l'oreille
".

Saint-Simon avoue ailleurs : "Il faut rendre justice à cette fille et convenir aussi qu'il est difficile d'être plus désintéressée qu'elle l'était, soit qu'elle en connût la nécessité avec ce prince, soit plutôt que cela lui fût naturel, comme il a paru dans tout le tissu de sa vie."

Désintéressée, certes, et encore pleine de tact et de discrétion, elle ne fit pas parler d'elle, ce dont Louis XIV, bien qu'il n'ait pas approuvé ce mariage, lui sut suffisamment gré pour lui assurer une riche pension après la mort du Grand Dauphin ("Melle Choin est très affligée ; le roi lui fait une pension de douze mille francs et elle reste à Paris dans une maison", écrit Madame).


Pour être exhaustif, ajoutons que le Grand Dauphin, rapporte Madame à la mort du prince, eut de Melle Raisin (25e sociétaire de la Comédie-Française) "une bâtarde qu'il n'a pas reconnue. C'est maintenant une fille de dix-sept ou dix-huit ans, belle comme un ange de corps et de visage ; elle est désespérée. Elle se fait appeler Melle de Fleury, parce qu'il y a dans le parc de Meudon un village qui porte ce nom. Dieu sait ce qu'il en adviendra !" Il en advint qu'elle épousa en 1715 Anne-Errard Dubois d'Avancourt et qu'elle mourut sans postérité l'année suivante. Anne-Errard Dubois d'Avancourt était fils de Louis, lui-même fils d'autre Louis et d'Anne Descartes, demi-sœur du philosophe.


On remarquera que les différents portraits de la Grande Dauphine peuvent se classer en deux types : ceux qui sont flattés, et ceux qui ne le sont pas. Il est évident que c'est dans les seconds qu'il faut chercher à se faire une idée exacte de la laideur de la princesse.

Le haut du visage est trop développé, et le bas quasiment absent. Cette disproportion entre, d'une part, le front proéminent, le nez à la fois trop long et terminé en pied-de-marmite, et le menton fuyant d'autre part, est réellement désastreuse. On peut du reste constater, en se rapportant aux portraits du duc Ferdinand-Marie de Bavière, que c'est à son père que la princesse devait cette particularité, qui pour son malheur s'accusa davantage dans son cas.

Les portraits flattés se ressemblent entre eux, puisque les peintres durent tous opérer les mêmes corrections : atténuer le nez et le front et faire un menton là où il n'y en avait pas.

À noter que la gravure (justement du type "flatté", en l'occurrence) dont le cartouche prénomme la dauphine "Marie Anne Christine Françoise Josèphe Thérèse Antoinette Gaétane Hyacinthe Félicie Victoire" est erronée sur ce point. Ses prénoms ne furent pas ceux-là, comme l'attestent entre autres son contrat de mariage ou son acte de décès. Curieusement, en revanche, son frère Maximilien-Emmanuel portait bel et bien les formes masculines de la plupart de ces prénoms. Étrange confusion…