AMATOR TEMPORIS ACTI

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Liste complète des personnages

Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane

Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, enfant, par Sustermans
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, enfant
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, adolescent
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, par Foggini
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, en 1660, par Sustermans
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, d'après Sustermans
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, par Sustermans
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, par Volterrano
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, par Foggini
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, par Gabbiani
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, par Gabbiani
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, par Van Douven
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, par Van Douven
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, âgé
Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, par Foggini


Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane

Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane, d'après Nocret
Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane, atelier de Beaubrun
Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane, par Beaubrun
Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane, d'après Sustermans
Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane
Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane
Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane
Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane
Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane
Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane, par Giovanni-Gaetano Gabbiani


Ferdinand de Médicis, prince héritier de Toscane

Ferdinand de Médicis, prince héritier de Toscane, et sa sœur Anne-Marie-Louise, future électrice palatine du Rhin, avec leur gouvernante Francesca Gondi-Zefferini
Ferdinand de Médicis, prince héritier de Toscane, enfant
Ferdinand de Médicis, prince héritier de Toscane
Ferdinand de Médicis, prince héritier de Toscane, par Cassana


Violante-Béatrice de Bavière, princesse héritière de Toscane, gouvernante de Sienne

Violante-Béatrice de Bavière, princesse héritière de Toscane, gouvernante de Sienne
Violante-Béatrice de Bavière, princesse héritière de Toscane, gouvernante de Sienne


Ferdinand de Médicis et Violante-Béatrice de Bavière - Pendants

Ferdinand de Médicis, prince héritier de Toscane, par Cassana
Violante-Béatrice de Bavière, princesse héritière de Toscane, gouvernante de Sienne, par Cassana


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Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane (1641-1723)
et sa femme Marguerite-Louise d'Orléans (1645-1721)

puis leur fils
Ferdinand, prince héritier de Toscane (1663-1713)
et sa femme Violante-Béatrice de Bavière (1673-1731)






Côme III de Médicis, grand-duc de Toscane, était le fils de Ferdinand II de Médicis, grand-duc de Toscane, et de Victoire della Rovere.

Marguerite-Louise d'Orléans, mademoiselle d'Orléans, était la fille de Gaston de France, duc d'Orléans, et de Marguerite de Lorraine.

Marguerite-Louise fut brièvement envisagée comme une épouse possible pour son cousin germain Louis XIV. Par la suite, elle noua une idylle avec le futur Charles V, duc de Lorraine, mais la jalousie qu'en ressentit sa demi-sœur la Grande Mademoiselle fit échouer le mariage ; Louis XIV fit alors conclure le mariage de sa cousine avec Côme III, grand-duc de Toscane.

C'est ce que rapporte dans ses "Mémoires" l'abbé de Choisy, élevé dans l'intimité des princesses d'Orléans.

"Le mariage de mademoiselle d'Orléans avec le prince de Toscane se fit aussi, et le Roi lui donna trois cent mille écus (…). La princesse était belle comme un ange, et n'avait pas envie d'aller si loin. Aussi eut-elle beaucoup de peine à consentir à ce mariage. Elle avait cru épouser le prince Charles de Lorraine, qui lui avait fait l'amour (i.e. "l'avait courtisée" !) pendant tout l'hiver.

On jouait tous les jours au Luxembourg à de petits jeux, à colin-maillard, à cache-cache-mitoulas ; point de cartes, ce n'était point la mode : on riait cent fois davantage ; il y avait des violons mais ordinairement on les faisait taire pour danser aux chansons.

L'affaire avait été fort avancée ; mais la vieille Mademoiselle avait tant parlé et chuchoté, qu'elle avait tout rompu. Elle était au désespoir que ses sœurs cadettes, et gueuses
(pauvres) au prix d'elle, se mariassent à sa barbe. (…)

La duchesse d'Angoulême
(femme de Louis-Emmanuel de Valois) l'accompagna jusqu'à Florence, où elle arriva dans l'intention de faire enrager mari et belle-mère ; en quoi on peut dire qu'elle réussit admirablement. Il me souvient qu'elle commença par garder son cachet de fille, "ne voulant pas", disait-elle, "mêler les fleurs de lys avec ces petits ronds florentins". C'était bien débuter : nous verrons dans la suite de ces mémoires qu'elle en a bien fait pénitence."

Ce mariage fut effectivement un échec complet, Marguerite-Louise ayant délibérément, et dès avant son mariage, décidé de faire en sorte de ne pas terminer sa vie en Italie. Son comportement déplorable annonça d'ailleurs celui de sa petite-nièce à la mode de Bretagne, Charlotte-Aglaé d'Orléans, duchesse de Modène. Et pour cause, puisque lorsque cette dernière partit pour l'Italie, Marguerite-Louise lui conseilla avec un cynisme confondant de suivre son exemple : "Allez, mon enfant, et souvenez-vous de faire comme j'ai fait : ayez un enfant ou deux, puis faites si bien que vous reveniez en France ; il n'y a de bon parti que celui-là".

Elle arriva donc à Florence avec le ferme propos de s'y rendre odieuse à tout le monde, et y parvint aisément. Hautaine et méprisante, d'autre part outrant à dessein sa nature frivole et évaporée, elle heurta de front les principes rigoureux de son pieux et austère mari, et plus encore ceux de sa belle-mère, la très dévote Victoire della Rovere. Et cependant Côme III, sans se rebuter, fit longtemps preuve avec elle de toute sa bonne volonté. Mais il y perdit sa peine et dut à la fin, comme on dit, jeter l'éponge…

Le genre de lettres qu'elle lui écrivait en aurait lassé de plus patients : "Il ne se passe ni un jour ni une heure que je ne souhaite que vous soyez pendu ; nous irons tous deux bientôt en Enfer, et mon plus grand désagrément sera de vous y rencontrer…".

Finalement, elle profita d'un séjour à quelques lieues de Florence, dans sa villa du Poio-Caiane, pour annoncer à son mari qu'elle ne reviendrait plus.

"J'ai fait ce que j'ai pu jusqu'à présent pour gagner votre amitié, et n'y ai pas réussi. (sic) Et plus j'ai eu de complaisance pour vous, plus vous avez eu de mépris pour moi. Je me consulte depuis longtemps pour voir s'il m'est possible de le souffrir ; mais cela n'est pas en mon pouvoir ; c'est ce qui me fait prendre une résolution qui ne vous surprendra pas, quand vous ferez réflexion au mauvais traitement que vous m'avez fait depuis près de douze ans. C'est que je vous déclare que je ne puis plus vivre avec vous. J'ai fait votre malheur, et vous faites le mien. Je vous prie de consentir à une séparation, afin de mettre ma conscience et la vôtre en repos. J'enverrai mon confesseur vous en parler. J'attendrai ici les ordres du roi (Louis XIV), à qui j'ai écrit pour le supplier de me permettre d'entrer dans un couvent en France. Je vous demande la même grâce, vous assurant que j'oublierai tout le passé, pourvu que vous me l'accordiez. Ne soyez pas en peine de ma conduite ; j'ai le cœur comme je le dois avoir, et qui ne me laissera jamais faire des bassesses, vu que j'aurai outre celle-là la crainte de Dieu et l'honneur du monde devant les yeux. Je crois que ce que je vous propose est le moyen le plus assuré pour nous mettre tous deux en repos le reste de nos jours. Je vous recommande mes enfants.

Marguerite-Louise d'Orléans, grande-duchesse de Toscane"


Avec beaucoup de dignité, le pauvre Côme III lui répondit aussitôt :

"Je ne sais si le malheur de Votre Altesse Royale a été plus grand que le mien. Tant de marques de respect, de complaisance et d'amour que je ne me suis point lassé de vous rendre pendant près de douze ans, et qui ont reçu de tout le monde la justice que l'on leur devait, ayant été regardées de vous avec tant d'indifférence, que, quoique je dusse être satisfait d'avoir l'approbation de tout le monde, je ne laisse pas de souhaiter que Votre Altesse connaisse aussi cette vérité. J'attends votre père confesseur que vous dites que vous m'envoyez, pour apprendre de lui ce qu'il a à me dire de votre part, auquel je ferai connaître mes sentiments. Cependant je donnerai ordre qu'outre la commodité et la sûreté, on rende aussi à Votre Altesse en cette ville tout le respect qui lui est dû, l'assurant de nouveau que je suis, etc.".

Il écrivit en même temps à sa belle-sœur la Grande Mademoiselle :

"Votre Altesse Royale verra par la lettre ci-incluse de la grande-duchesse mon épouse la résolution qu'elle a prise. Votre Altesse Royale peut juger de la grandeur de l'affliction où moi et toute ma maison sommes réduits, dans laquelle je n'espère aucune consolation qu'en la protection que j'attends de Votre Altesse Royale. Je la lui demande très instamment, ma douleur ne me laissant rien autre chose à souhaiter. Le sieur abbé de Gondi dira plus particulièrement à Votre Altesse Royale les circonstances de cette résolution de Mme la grande-duchesse. Cependant je supplie Votre Altesse Royale d'avoir compassion de moi et de mes enfants, et de m'honorer de ses commandements, l'assurant que je serai éternellement, etc."

La Grande Mademoiselle à son tour tenta donc de raisonner sa sœur, sans succès, comme bien on pense. Quant à Louis XIV, il la mit clairement en garde :

"Ma cousine,
J'ai reçu votre lettre et entendu pleinement le sieur évêque de Marseille sur toutes les choses qui vous regardent, et je vous avoue que ce n'a pas été sans avoir le cœur attendri en quelques parties de son récit. Mais plus je suis sensible à ce qui vous touche, moins je me trouve capable de vous flatter sur la séparation et sur la sortie dont il m'a parlé ; ce sont des extrémités si peu dignes de vous et de moi, que je ne vous cèlerai pas que, si par malheur vous vous y portiez, vous ne devez plus attendre ni considération ni protection de ma part. Je me promets donc que faisant une sage réflexion sur les suites d'un tel projet, vous en perdrez la pensée, comme vous y êtes obligée par toutes sortes de raisons. Je vous en conjure aussi, et de vous reposer du reste sur l'amitié que j'ai pour vous, avec confiance que par ce moyen elle ne vous manquera jamais."


Autant en emporte le vent. Ayant au bout du compte obtenu ce qu'elle souhaitait, lorsqu'elle quitta son mari et revint s'établir à Paris, elle y reçut un accueil glacial de Louis XIV, qui ne lui pardonna jamais ses esclandres, et fut quasi-assignée à résidence dans un couvent. Ce qui, après tout, n'était que justice.

On ne saurait mieux faire sur ce sujet que de laisser la parole à Saint-Simon, qui consacre à Marguerite-Louise d'Orléans un intéressant passage de ses "Mémoires".

"Mme la grande-duchesse de Toscane mourut à soixante-dix-sept ans, après plusieurs apoplexies, et fut enterrée, comme elle l'avait ordonné, parmi les religieuses de Picpus, dans leur cloître.

(…) Elle avait été fort belle, et très bien faite et grande : on le voyait bien encore ; bonne et peu d'esprit, mais arrêtée en son sens sans pouvoir être persuadée. Elle épousa, en 1661, Cosme de Médicis, grand-duc de Toscane, avec un esprit de retour que rien ne put amortir. Elle vécut fort mal avec le grand-duc, dont la patience et les soins pour la ramener furent continuels, plus mal encore avec la grande-duchesse sa belle-mère, qui était La Rovère-Urbin, morte en 1694, à soixante-douze ans.

Elle voulait vivre en liberté à la française, et se moquait de toutes les manières italiennes. Elle eut assez promptement trois enfants (…).

Après avoir eu ces enfants, la grande-duchesse redoubla d'humeur exprès, et de conduite étrange en Italie, avec tant d'éclat que le roi y mit la main, par ses envoyés, diverses fois, et par les cardinaux d'Estrées et Bonzi, allant et revenant de Rome, sans pouvoir lui rien persuader.

Elle en fit tant que le grand-duc consentit enfin à son retour en France, mais sous des conditions qui lui donnèrent plus de contrainte qu'elle n'en aurait eue à Florence en vivant bien avec son mari et sa belle-mère, et que le roi lui fit scrupuleusement observer toujours, parce qu'il était informé de sa conduite et très content de toute celle que le grand-duc avait eue avec elle.

Il lui assigna une pension telle qu'il plut au roi, voulut qu'elle fût dans un couvent hors de Paris, qu'elle ne couchât jamais à Paris et qu'elle y vint rarement, qu'elle n'allât jamais à la cour que mandée ou pour quelque devoir très nécessaire de famille, dont à chaque fois le roi déciderait, et sans y coucher, à moins que cela ne fût indispensable, au jugement du roi, et encore pour une seule nuit.

Elle revint donc de la sorte, vers 1669, fort peu accueillie, confinée au couvent de Picpus, où elle vit très peu de monde. Après bien des années, elle se mit à venir souvent à Paris, chez qui elle pouvait passer quelques heures, ou à quelques dévotions, sans crédit et avec peu ou point de considération.

Sur la fin de la vie de Monsieur, qui en avait pitié, elle obtint la liberté de passer à Saint-Cloud le temps qu'il y était. Madame, M. le duc et Mme la duchesse d'Orléans lui firent toujours fort bien.

Mademoiselle, sa sœur de père, la méprisa toujours parfaitement, et Mme de Guise, sa sœur de père et de mère, n'en fit jamais grand cas ; elle jouit de son rang de petite-fille de France et de tous les honneurs qui y sont attachés. Sur les fins, elle quitta Picpus pour le couvent de Saint-Mandé, et après la mort du roi, le grand-duc son mari accorda à M. le duc d'Orléans qu'elle pût loger à Paris. Elle y loua en très-simple particulière une maison à la place Royale, où elle mourut dans une grande dévotion à sa manière depuis longtemps, et, quoique avare, fort appliquée aux bonnes œuvres ; elle était fort polie et bonne avec tout le monde."


Côme III et Marguerite-Louise avaient eu :

- Ferdinand, prince héritier de Toscane ;

- Jean-Gaston, dernier grand-duc de Toscane de la maison de Médicis ;

- Anne-Marie-Louise, qui épousa Jean-Guillaume, électeur palatin du Rhin.


Ferdinand épousa Violante-Béatrice de Bavière, fille de Ferdinand-Marie, électeur de Bavière, et de Henriette-Adélaïde de Savoie.

Les deux époux étaient cousins issus de germains, puisque Ferdinand, fils de Marguerite-Louise d'Orléans, fille de Gaston de France, et Violante-Béatrice, fille de Henriette-Adélaïde de Savoie, fille de Christine de France ; Gaston et Christine étant frère et sœur.

Ferdinand n'eut pas d'enfants et ne régna pas, étant mort avant son père. Il avait hérité du tempérament frivole de sa mère qu'il outra jusqu'au libertinage le plus effréné, multipliant les liaisons tant masculines que féminines (du sopraniste Cecchino de Castris à Victoria Tarquini, laquelle fut également la maîtresse de Cambert, pionnier de l'opéra français, et de Haendel - comme on voit, Ferdinand, mélomane averti, poussait la passion de la musique jusque dans sa vie privée…). Cette vie de débauche ne lui concilia pas les bonnes grâces de son père, et du reste lui coûta la vie, car il mourut de la syphilis.

Relativement à Violante-Béatrice, il déclara tout de go dès son mariage qu'il la trouvait trop laide et trop terne et ne pourrait jamais la souffrir, et la malheureuse qui était hélas, pour sa part, très éprise de son mari, connut une très pénible vie conjugale.

Côme III, qui, en revanche, appréciait beaucoup sa belle-fille (dont le pape Benoît XIII récompensa les vertus par l'envoi de la Rose d'Or), lui confia, après la mort de Ferdinand, la charge de gouvernante de Sienne. C'est justement Violante-Béatrice qui édicta officiellement les règles de la course du Palio, et notamment la Nuova divisione dei confini delle Contrade, qu'on appelle encore le Bando di Violante di Baviera, par lequel elle déterminait les dix-sept "contrades" de la cité qui s'affrontent chaque année, et qui, inchangé depuis lors, est toujours en vigueur aujourd'hui.