AMATOR TEMPORIS ACTI

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Liste complète des personnages
Philippe de Savoie, comte de Genève, duc de Nemours
Jacques de Savoie, duc de Nemours
Jacques de Savoie, duc de Nemours
Jacques de Savoie, duc de Nemours
Anne d'Este, duchesse de Nemours
Anne d'Este, duchesse de Nemours
Anne d'Este, duchesse de Nemours
Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, enfant
Henri I<sup>er</sup> de Savoie, duc de Nemours, enfant
Henri I<sup>er</sup> de Savoie, duc de Nemours
Anne de Lorraine-Aumale, duchesse de Nemours
Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours
Élisabeth de Bourbon-Vendôme, duchesse de Nemours
Élisabeth de Bourbon-Vendôme, duchesse de Nemours
Henri II de Savoie, archevêque de Reims, duc d'Aumale et de Nemours, enfant
Henri II de Savoie, archevêque de Reims, duc d'Aumale et de Nemours
Henri II de Savoie, archevêque de Reims, duc d'Aumale et de Nemours
Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de Nemours, jeune fille
Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de Nemours
Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de Nemours
Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de Nemours, en 1705, gravure de Drevet d'après Rigaud
Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de Nemours, en 1705, par Rigaud


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Philippe de Savoie, duc de Nemours (1490-1533)

puis son fils
Jacques de Savoie, duc de Nemours (1531-1587)
et sa femme Anne d'Este (1531-1607)

puis leurs fils
Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours (1567-1595)

Henri Ier de Savoie, duc de Nemours (1572-1632)
et sa femme Anne de Lorraine-Aumale (1600-1638)

puis leurs fils
Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours (1624-1652)
et sa femme Élisabeth de Bourbon-Vendôme (1614-1664)

Henri II de Savoie, archevêque de Reims, duc d'Aumale puis de Nemours (1625-1659)
et sa femme Marie d'Orléans-Longueville (1625-1707)






Philippe de Savoie, comte de Genève, duc de Nemours, était le fils de Philippe II Sans Terre, duc de Savoie, et de Claudine de Brosse.

Il ne fut d'abord que comte de Genève, et c'est son neveu François Ier, roi de France (exactement "demi-neveu" puisque fils de sa demi-sœur Louise de Savoie) qui le fit duc de Nemours.

Il épousa Charlotte d'Orléans-Longueville, fille de Louis d'Orléans, duc de Longueville, et de Jeanne de Bade-Hochberg. Charlotte était donc la sœur de François, duc de Longueville, époux de Jacqueline de Rohan.

Il en eut :

- Jacques, duc de Nemours ;

- Jeanne, qui épousa Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, duc de Mercœur.


Jacques, duc de Nemours, épousa Anne d'Este, fille d'Hercule II d'Este, duc de Ferrare, et de Renée de France. Anne était déjà veuve de François de Lorraine, duc de Guise.

C'est ce duc de Nemours dont Mme de la Fayette fit le héros de son roman "La princesse de Clèves". Il est à remarquer à ce propos que tous les personnages de l'ouvrage ont existé… à l'exception de la princesse de Clèves elle-même (et de sa mère) ; car le prince de Clèves du roman, second fils du duc de Nevers, épousa Diane de La Mark, et non cette "mademoiselle de Chartres de la maison de Vendôme" (généalogie de pure fantaisie, et pour cause), qui devait cependant devenir l'une des plus inoubliables héroïnes de la littérature française.

Notons qu'il n'y eut jamais de maison de Chartres-Vendôme, et encore moins était-ce possible à cette époque, le comté (puis duché) de Chartres appartenant au royaume de France depuis le XIIIe siècle. Simplement, le titre honorifique de vidame de Chartres, qui n'a rien à y voir (c'est originellement le capitaine des troupes de l'évêque de Chartres), appartenant à la maison de Meslay, passa à la maison de Vendôme au XIVe siècle et fut porté par Jacques de Vendôme, prince de Chabanais, le vidame de Chartres du roman. Mme de la Fayette utilise ce titre pour lui supposer des parentes imaginaires ; mais qui de toute façon n'auraient pu, en réalité, s'appeler madame et mademoiselle de Chartres, la duchesse de Chartres (et de Montargis) à cette époque étant Renée de France, duchesse de Ferrare, propre belle-mère du duc de Nemours. On voit comment Mme de la Fayette sut mêler de façon habile la fiction et la réalité…

On peut s'étonner du fait que le premier portrait de M. de Nemours présenté ici ne ressemble guère aux autres, d'autant qu'il a les yeux noisette sur l'un et bleus sur les autres… Est-ce bien lui ?

Le duc de Nemours et Anne d'Este eurent :

- Charles-Emmanuel, duc de Nemours, mort à vingt-huit ans sans alliance ni postérité ;

- Henri Ier, marquis de Saint-Sorlin puis duc de Nemours.


Henri Ier, duc de Nemours, épousa Anne de Lorraine-Aumale, fille et unique héritière de Charles de Lorraine, duc d'Aumale, et de Marie de Lorraine-Elbeuf. Elle fit donc passer le duché d'Aumale à la maison de Savoie-Nemours.

D'où trois fils auxquels fait allusion le petit quatrain de mirliton, assez inepte, qui figure au bas du portrait de la duchesse ; à savoir Louis, qui mourut à vingt-six ans sans alliance ni postérité, et :

- Charles-Amédée, duc de Nemours ;

- Henri II, archevêque de Reims, duc d'Aumale puis de Nemours (qui suit).


Charles-Amédée, duc de Nemours, épousa Élisabeth de Bourbon-Vendôme, fille de César de Bourbon, duc de Vendôme, et de Françoise de Lorraine-Mercœur.

Charles-Amédée fut tué en duel par son beau-frère, le duc de Beaufort, propre frère d'Élisabeth. Cette dernière qui aimait autant son mari ("quoi qu'il ne l'aimât guère") que son frère, en fut au désespoir jusqu'à la fin de ses jours. La Grande Mademoiselle fait de cet épisode tragique un récit circonstancié dans ses "Mémoires" :

"Il s'émut donc quelque dispute pour le rang entre eux. M. de Beaufort prit la chose avec autant de douceur que M. de Nemours la prit avec aigreur ; cela donna beaucoup d'inquiétude à madame de Nemours. M. son mari ne sortait point encore, à cause de la blessure qu'il avait reçue à la porte Saint-Antoine. Lorsqu'il sortit, son inquiétude redoubla, et ce jour-là même Son Altesse Royale (Monsieur, Gaston d'Orléans) et M. le Prince (le Grand Condé) lui demandèrent sa parole, pour vingt-quatre heures, qu'il ne dirait rien à M. de Beaufort."

Mais le duc de Nemours ne tint pas parole, et alla provoquer son beau-frère.

"Il y eut une furieuse fatalité à cette mort ; car Monsieur et M. le Prince ne s'étaient mis en nulle peine de la prévenir, croyant avoir la parole de M. de Nemours pour vingt-quatre heures. M. de Beaufort fit tout ce qu'il put au monde pour refuser l'appel, et Villars qui l'alla faire, fit tout ce qu'il put au monde pour s'en dispenser, à tel point que M. de Nemours se pensa fâcher contre lui. Enfin, (…) il vint trouver M. de Beaufort, et ils se battirent dans le marché aux chevaux, derrière l'hôtel de Vendôme.

M. de Nemours avait avec lui Villars, le chevalier de La Chaire, Campan et Luserche ; et M. de Beaufort, le comte de Bury, de Ris, Brillet et Héricourt. Le comte de Bury fut fort blessé ; de Ris et Héricourt moururent dans les vingt-quatre heures. Pour les autres, s'il y en eut de blessés, ce fut légèrement. M. de Nemours avait porté les épées et les pistolets ; ils avaient été chargés chez lui. Comme ils furent en présence, M. de Beaufort et lui, le premier lui dit : «Ah ! Mon frère, quelle honte ! Oublions le passé et soyons bons amis.» M. de Nemours lui cria : «Ah ! Coquin, il faut que tu me tues ou que je te tue !» Il tira son pistolet qui manqua, et vint à M. de Beaufort l'épée à la main ; de sorte qu'il fut obligé à se défendre : il tira, et le tua tout raide de trois balles qui étaient dans le pistolet.

Il courut du monde qui était dans le jardin de l'hôtel de Vendôme, et entre autres madame l'abbesse d'Yères, qui se tenait pour lors à Paris, comme beaucoup d'autres religieuses, à cause de la guerre. Elle dit que, comme elle cria : «Jésus Maria !», il lui serra la main, et un nommé l'abbé de Saint-Spire, qui est à M. de Reims, dit la même chose ; mais les médecins et chirurgiens dirent que c'était un mouvement convulsif, et qu'à moins d'un miracle il fallait mourir sur-le-champ. Il faut espérer que Dieu lui aura voulu donner ce moment de vie pour se reconnaître, pour lui donner le temps de Lui demander pardon, et qu'Il a permis qu'il ait donné ce signe de connaissance pour que l'on puisse ne désespérer pas de son salut et que l'on ose prier pour lui.

(…)Un moment après, un laquais de l'hôtel de Vendôme vint dire : «M. de Nemours vient de mourir ; M. de Beaufort l'a tué !» Monsieur s'en alla aussitôt à Luxembourg, et M. le Prince chez madame de Nemours, où j'allai aussi ; elle était dans son lit sans connaissance, dans une affliction terrible, ses rideaux ouverts, tout le monde autour d'elle. Rien n'était plus pitoyable, aussi bien que la manière dont elle apprit ce malheureux accident : elle était dans sa chambre, dont la fenêtre donne sur la cour ; elle entendit crier : «Il est mort !». Elle s'évanouit.

(…)M. l'archevêque de Paris défendit que l'on fît des prières publiques pour lui en sa paroisse, qui est celle de Saint-André (où son corps fut quelques jours, en attendant qu'on le portât à Nemours, qui fut peu de jours après), disant qu'il était défendu dans l'Église de prier Dieu pour des personnes qui mouraient de cette manière. Cela donna beaucoup de déplaisir à madame de Nemours.

Bien des gens ont voulu blâmer M. de Beaufort, disant qu'il pouvait éviter cette fâcheuse rencontre ; que M. de Nemours était un homme faible de sa blessure, qui n'avait pas la force de tirer un coup de pistolet. L'on peut répondre à cela qu'un enfant de cinq ans en tirerait ; et, pour sa blessure, il en était si bien guéri, que la veille, pour s'essayer et voir si les forces lui étaient revenues, il arracha un petit arbre dans le jardin de l'Arsenal. Il me vint voir, et me montra sa main où il ne paraissait point qu'il eût été blessé, hors qu'elle était un peu rouge.

M. de Nemours avait de bonnes qualités : il était brave autant qu'homme du monde, avait de l'esprit fort agréable dans la conversation, enjoué, plaisant ; mais il y aurait eu à craindre que cette humeur ne lui fût pas demeurée en vieillissant : car il est bon que l'esprit des personnes s'avance comme leurs années. Il était assez changeant et inégal, chagrin quand les affaires n'allaient pas à sa fantaisie, et laissait aisément ses amis sans savoir pourquoi ; inconstant en amour ; le seul ami qu'il a eu jusques à la mort, c'est M. de Belesbat. Il aimait fort madame de Choisy, et avait une telle confiance en elle, qu'il ne lui célait rien : je ne sais si c'est louer son jugement
(petite pique bien féminine…). Il était bien fait à tout prendre, mais point en détail : il avait la carrure étroite et les épaules hautes ; il était rousseau, avait les cheveux plats, fort picoté de petite vérole ; et si (pourtant), avec tout cela, sa personne plaisait."

Charles-Amédée et Élisabeth avaient eu :

- Marie-Jeanne-Baptiste, mademoiselle de Nemours, qui épousa Charles-Emmanuel II, duc de Savoie ;

- Marie-Françoise, mademoiselle d'Aumale, qui épousa successivement Alphonse VI et Pierre II, rois de Portugal.


Aucun fils n'étant parvenu à l'âge adulte, le duché de Nemours passa après Charles-Amédée à son frère cadet, Henri, archevêque de Reims et duc d'Aumale.

Ce dernier renonça alors à ses dignités ecclésiastiques et épousa Marie d'Orléans-Longueville, fille de Henri II d'Orléans, duc de Longueville, et de Louise-Marie de Bourbon-Soissons.

Il n'en eut cependant pas de postérité. Le duché de Nemours, jadis concédé par François Ier à cette branche désormais éteinte, fit retour à la couronne de France, tandis que le duché d'Aumale passa à l'aînée de ses nièces, Marie-Jeanne-Baptiste.


Quant à la duchesse de Nemours, étant la dernière des Longueville, cette branche issue du Beau Dunois, bâtard de Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI, elle devint ultérieurement princesse souveraine de Neuchâtel et Valangin (la principauté de Neuchâtel était venue aux Longueville par Jeanne de Bade-Hochberg, et Marie de Bourbon-Saint-Pol y unit le comté de Valangin).

Elle eut à lutter pour faire valoir ses droits sur la souveraineté de Neuchâtel et Valangin, contestés surtout par Louis XIV, lequel soutenait le parti du prince de Conti qui disputait l'héritage (comme cousin germain de Jean-Louis-Charles, dernier duc de Longueville, demi-frère de la duchesse de Nemours) ; elle le fit avec une énergie farouche, et finalement avec succès.

"Sous les habits les plus pauvres et les plus négligés, et malgré l'âge, elle garda toujours un grand air incomparable", rapporte Saint-Simon.

Et ailleurs : "Mme de Nemours, avec une figure fort singulière, une façon de se mettre en tourière qui ne l'était pas moins, de gros yeux qui ne voyaient goutte, et un tic qui lui faisait toujours aller une épaule, avec des cheveux blancs qui lui traînaient partout, avait l'air du monde le plus imposant. Aussi était-elle altière au dernier point, et avait infiniment d'esprit avec une langue éloquente et animée, à qui elle ne refusait rien. Elle avait la moitié de l'hôtel de Soissons, et Mme de Carignan l'autre, avec qui elle avait souvent des démêlés, quoique sœur de sa mère et princesse du sang".

Pour l'intelligence de cette dernière phrase (assez mal construite, comme toujours chez Saint-Simon), rappelons que Louise-Marie de Bourbon-Soissons, mère de la duchesse de Nemours, était la sœur de "Mme de Carignan", Marie de Bourbon-Soissons, épouse de Thomas de Savoie, prince de Carignan.

Citons enfin l'anecdote fameuse et assez impayable :

"Elle était extraordinairement riche, et vivait dans une grande splendeur et avec beaucoup de dignité ; mais ses procès lui avaient tellement aigri l'esprit qu'elle ne pouvait pardonner. Elle ne finissait point là-dessus ; et quand quelquefois on lui demandait si elle disait le Pater, elle répondait que oui, mais qu'elle passait l'article du pardon des ennemis sans le dire. On peut juger que la dévotion ne l'incommodait pas.

Elle faisait elle-même le conte qu'étant entrée dans un confessionnal sans être suivie dans l'église, sa mine n'avait pas imposé au confesseur, ni son accoutrement. Elle parla de ses grands biens, et beaucoup des princes de Condé et de Conti. Le confesseur lui dit de passer cela.

Elle, qui sentait son cas grave, insista pour l'expliquer, et fit mention de grandes terres et de millions. Le bonhomme la crut folle et lui dit de se calmer, que c'était des idées qu'il fallait éloigner, qu'il lui conseillait de n'y plus penser, et surtout de manger de bons potages, si elle en avait les moyens.

La colère lui prit, et le confesseur à fermer le volet. Elle se leva et prit le chemin de la porte. Le confesseur, la voyant aller, eut curiosité de ce qu'elle devenait, et la suivit à la porte. Quand il vit cette bonne femme qu'il croyait folle, reçue par des écuyers, des demoiselles, et ce grand équipage avec lequel elle marchait toujours, il pensa tomber à la renverse, puis courut à sa portière lui demander pardon. Elle, à son tour, se moqua de lui, et gagna pour ce jour de ne point aller à confesse
".

Après sa mort, les bourgeois de Neuchâtel se donnèrent à Frédéric Ier, roi de Prusse, et les rois de Prusse devinrent princes souverains de Neuchâtel et Valangin jusqu'aux guerres de Napoléon, qui donna le titre au maréchal Berthier…

On remarquera la splendide gravure de Drevet d'après le majestueux portrait que Rigaud fit de la duchesse de Nemours en 1705. L'art du graveur est ici d'une telle perfection que la gravure n'est pas loin d'être supérieure à l'original…