AMATOR TEMPORIS ACTI

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Liste complète des personnages

Charles XIII, roi de Suède et de Norvège

Charles XIII, roi de Suède, alors duc de Sudermanie, enfant, en grand-amiral de Suède, par Ulrika Pasch
Charles XIII, roi de Suède, alors duc de Sudermanie, médaillon de Gustaf Ljungberger
Charles XIII, roi de Suède, alors duc de Sudermanie, en 1771, par Roslin
Charles XIII, roi de Suède, alors duc de Sudermanie, en grand habit de l'Ordre des Séraphins, par Roslin
Charles XIII, roi de Suède, alors duc de Sudermanie
Charles XIII, roi de Suède, alors duc de Sudermanie, en 1794 et en 1797, par Gillberg
Charles XIII, roi de Suède, alors duc de Sudermanie, en grand-amiral de Suède, en 1799, par Lampi
Charles XIII, roi de Suède, par Krafft
Charles XIII, roi de Suède
Charles XIII, roi de Suède, en habit de couronnement, par Krafft
Charles XIII, roi de Suède, par Fogelberg
Charles XIII, roi de Suède, par Breda
Charles XIII, roi de Suède, devant le buste de Gustave I<sup>er</sup>, par Krafft
Charles XIII, roi de Suède, devant le buste de Bernadotte, par Krafft


Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, reine de Suède et de Norvège

Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, médaillon de Gustaf Ljungberger
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, portant sa robe de mariage, en 1774, par Roslin
Robe de mariage de Sophie-Edwige d'Oldenbourg, reine de Suède
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, d'après Roslin
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, par Georges-David Matthieu
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, par Höyer
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, par Lafrensen
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, en 1780, par Johann-Tobias Sergel
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, vers 1785, par Hall
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, vers 1795, par Cornelius Höyer
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, reine de Suède, en 1814, par Breda
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, duchesse de Sudermanie, future reine de Suède, par Andersson
Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg, reine de Suède, en 1816, par Westin


Christian/Charles-Auguste de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg, prince héritier de Suède

Christian-Auguste de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg, devenu Charles-Auguste, prince-héritier de Suède
Christian-Auguste de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg, devenu Charles-Auguste, prince-héritier de Suède


Frédéric-Adolphe de Suède, duc d'Ostrogothie

Frédéric-Adolphe de Suède, duc d'Ostrogothie, en 1771, par Roslin
Frédéric-Adolphe de Suède, duc d'Ostrogothie, vers 1780, par Pasch


Sophie-Albertine de Suède, abbesse de Quedlinbourg

Sophie-Albertine de Suède, abbesse de Quedlinbourg, vers 1768, par Pasch
Sophie-Albertine de Suède, abbesse de Quedlinbourg, en 1775, par Roslin
Sophie-Albertine de Suède, abbesse de Quedlinbourg, par Lundberg


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Charles XIII, roi de Suède et de Norvège (1748-1818)
et sa femme Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg (1759-1818)

puis leur fils adoptif
Christian/Charles-Auguste de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg (1768-1810)

puis le frère et la sœur de Charles XIII
Frédéric-Adolphe de Suède, duc d'Ostrogothie (1750-1803)
et
Sophie-Albertine de Suède, abbesse de Quedlinbourg (1753-1829)






Charles XIII, roi de Suède et de Norvège, était le fils de Adolphe-Frédéric, roi de Suède, et de Louise-Ulrique de Prusse.

Edwige-Élisabeth d'Oldenbourg (Edwige-Élisabeth-Charlotte) était la fille de Frédéric-Auguste, duc d'Oldenbourg, et d'Ulrique-Frédérique de Hesse-Cassel.

Charles XIII et Edwige-Élisabeth étaient donc cousins germains, puisqu'Adolphe-Frédéric et Frédéric-Auguste étaient frères.

Charles XIII était le frère puîné de Gustave III, roi de Suède. Venaient après lui Frédéric-Adolphe, duc d'Ostrogothie, et Sophie-Albertine, abbesse de Quedlinbourg, qui menèrent une vie discrète et ne jouèrent pas de rôle particulier à la Cour. Précisons simplement qu'en son temps Frédéric-Adolphe dut à ses traits réguliers la réputation flatteuse de "plus beau prince d'Europe".

Le ménage de Charles et Edwige-Élisabeth ne fut pas uni, et les infidélités furent nombreuses et réciproques. Leurs deux enfants moururent au berceau.

Charles porta, du vivant de son frère aîné, le titre de duc de Sudermanie, et lorsque Gustave III fut assassiné, il devint régent de Suède pendant la minorité de son neveu Gustave IV. Quelques années plus tard, ce dernier étant renversé par un coup d'État, Charles reçut la couronne et devint Charles XIII.

Le nouveau couple royal n'ayant pas de descendance, se posa immédiatement la question de la succession. Edwige-Élisabeth, très loyalement, déploya tous ses efforts pour assurer la couronne au prince héritier Gustave, fils de Gustave IV, et fut ainsi l'âme de ce qu'on appela "le parti gustavien". Mais malgré ses soins, qui lui font honneur, elle ne put parvenir à faire triompher la justice et la légitimité.

Charles XIII préféra adopter le prince danois Christian-Auguste d'Augustenbourg, fils de Frédéric-Christian Ier, duc de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg, et de Charlotte de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Ploen. Ce lointain cousin du roi de Danemark avait été vice-roi de Norvège, où il était très populaire. Ce qui explique le choix de Charles XIII : le prince ferait ainsi un roi de Suède particulièrement bien placé pour mener à bien l'annexion de la Norvège, vieux projet suédois.

Christian-Auguste devint donc prince-héritier de Suède sous le nom de Charles-Auguste ; car "Christian", nom de tant de rois du Danemark, ennemis héréditaires, sonnait atrocement mal aux oreilles suédoises. Mais tout s'effondra lorsque moins de six mois plus tard, il mourut d'un transport au cerveau. Naturellement, et malgré les conclusions évidentes de l'autopsie, le mot de poison fut immédiatement prononcé, et l'on en accusa le parti gustavien.

La figure la plus éminente de ce parti, et qu'on désigna par conséquent comme l'instigateur de ce prétendu empoisonnement, n'était autre que le comte Axel de Fersen, l'ancien chevalier servant de la reine Marie-Antoinette. Sa sœur Sophie était en outre la confidente de la reine Edwige-Élisabeth (laquelle avait été jadis, pour le dire en passant, l'une des très nombreuses bonnes fortunes de ce Casanova du Nord…).

Fersen était alors grand-maréchal du royaume, et conformément à ces fonctions, il lui appartenait de conduire le cortège funèbre de Charles-Auguste à travers la ville de Stockholm. On le lui déconseilla, tant l'opinion était déchaînée contre lui. L'humeur altière et martiale du comte de Fersen n'était pas de celles qui pussent s'accommoder de ce genre de précautions. Il prit crânement la tête du convoi, en grande tenue de maréchal du royaume, avec tous ses ordres, et dans son somptueux équipage. La populace avinée hurla à la provocation, et ce fut bientôt l'émeute. Arraché à son carrosse, frappé de toute part, il tenta de se réfugier dans un cabaret à proximité, mais en vain. Les émeutiers l'y poursuivirent, le ramenèrent dans la rue où il fut bientôt massacré. Durant toute cette scène atroce, la troupe, qui n'avait qu'un geste à faire, se contenta d'assister l'arme au pied aux événements. Quelques soldats ayant tenté d'intervenir reçurent immédiatement l'ordre formel de ne pas bouger.

Cela allait de soi : il est bien évident que Charles XIII était fort aise d'être ainsi débarrassé d'un redoutable opposant à sa vile politique. Quant à savoir s'il se contenta de se féliciter de la chose, ou s'il aida le destin, c'est ce qu'il n'est pas possible de dire. Du moins est-il certain que la veille de l'assassinat, le préfet de Stockholm supplia le roi d'interdire à Fersen de conduire le deuil, tant les conséquences en étaient prévisibles. Charles XIII lâcha simplement un sous-entendu à la Louis XI : "Il ne sera pas mauvais que ce distingué gentilhomme reçoive un peu de boue sur sa voiture…". Personne ne fut condamné pour meurtre ; quelques assassins le furent au plus pour simple "participation à une émeute", et Charles XIII, décidément très indulgent en cette affaire, s'empressa de les gracier…

Quoi qu'il en soit, la succession était à refaire.

On songea notamment à un frère de Charles-Auguste. Puis, on prononça le nom du prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie, fils de l'impératrice Joséphine et fils adoptif de Napoléon. Le prince avait épousé cinq ans plus tôt Augusta de Bavière. Or, la mère d'Augusta était Augusta de Hesse-Darmstadt, fille de Georges-Guillaume, lequel était frère du landgrave Louis IX, père d'Amélie de Hesse-Darmstadt, mère de Dorothée-Frédérique de Bade, épouse de Gustave IV. La femme d'Eugène ne tenait absolument pas à devenir reine de Suède en bénéficiant de la spoliation dont sa cousine et le mari de cette dernière étaient les victimes. En outre, la condition sine qua non à l'adoption d'Eugène était bien évidemment l'abjuration du catholicisme. Or, "Stockholm vaut bien une Cène" n'était pas dans les principes de celui qu'on a pu, sans flatterie, surnommer le Bayard de l'Empire. "Des chevaliers français tel est le caractère"… Bref, pour ces deux raisons, Eugène déclina l'offre. On revint au prince d'Augustenbourg. Et puis, les États-Généraux réunis à Oerebro pour décider de la question lancèrent tout à coup un nom surprenant : le maréchal Bernadotte.

Durant les guerres napoléoniennes, il avait à plusieurs reprises eu affaire à la Suède, et de façon inattendue, c'est précisément en affrontant ce pays qu'il eut l'occasion de s'en faire apprécier. En 1806, il avait protégé un corps suédois fait prisonnier à Lubeck. En 1809, aussitôt Gustave IV renversé, il accorda un armistice immédiat à la Suède avant même d'en rendre compte à Napoléon. Bref, sa modération et sa conduite d'adversaire généreux lui avaient assuré une réputation des plus flatteuses auprès des Suédois. On envoya le comte de Moerner à Paris pour sonder les intentions de Bernadotte. Ce dernier, passé la première surprise, accepta. Devenir luthérien ne lui posa pas le même cas de conscience qu'au prince Eugène. Voilà de ces détails qui permettent de juger rapidement de la plus ou moins grande souplesse d'un homme sur la question du point d'honneur. Eugène n'était certes pas d'une maison bien illustre, mais assurément on voit là toute la distance d'un Beauharnais à un Bernadotte… Napoléon ne mit pas d'obstacle à la fortune imprévue de son maréchal. Et Bernadotte partit en Suède, où la Diète l'investit solennellement du titre de prince-héritier de Suède, sur proposition de Charles XIII qui déclara "que la douceur et la loyauté de Bernadotte l'avaient fait chérir et respecter même par des nations ennemies, et que les rapports que les guerriers suédois avaient eus avec lui par suite des malheurs de la guerre leur avaient fait connaître l'attachement de ce jeune prince pour un peuple qu'il ne combattait qu'à regret…", etc, etc.

Pourquoi, tout de même, Bernadotte ? La vérité est que Charles XIII ne désirait qu'une chose, se mettre bien avec Napoléon (la proposition d'abord faite au prince Eugène le montre assez). Immédiatement après la mort du prince Charles-Auguste, le roi de Suède écrivait à l'Empereur : "La Suède, sauvée par miracle, se voit tout à coup replacée dans une situation où le présent n'offre d'autre garantie que la durée incertaine de mes jours, et où l'avenir ne présente au patriote et au bon citoyen (quel vocabulaire de septembriseur, dans la bouche d'un roi !) aucun objet déterminé pour ses affections et ses vœux. À qui puis-je mieux confier ma douleur qu'à Votre Majesté Impériale ? C'est de vous, monsieur mon frère, que je réclame un appui et des conseils…". Autrement dit, daignez choisir pour moi qui vous souhaitez…

Mais le plus ironique en tout cela, c'est que Napoléon ne songeait nullement à proposer Bernadotte. Le frère de Charles-Auguste lui convenait très bien. Seulement, un négociant français établi en Suède parvint à se faire passer, de son propre mouvement, pour un émissaire secret de la volonté impériale. Il répandit aux États-Généraux le bruit que Napoléon désirait voir élu Bernadotte. Tout le monde, Charles XIII en tête, s'empressa d'obtempérer. Apprenant après coup cette stupéfiante aventure, le ministre français des Affaires Étrangères écrivit à l'ambassadeur de France à Stockholm :"Je ne puis croire que cet individu ait eu l'impudence de se dire investi d'une mission quelconque, ou chargé de faire la moindre insinuation de la part du gouvernement. Le gouvernement, qui a voulu laisser à la nation suédoise toute la liberté de son choix, et qui n'a réellement pris aucun parti dans une délibération qu'il regardait comme devant être déterminée par les intérêts nationaux dont il n'est pas le juge, ne serait dans aucun cas descendu à prendre un pareil individu pour organe de ses intentions…".

En tout état de cause, Bernadotte, devenu le prince héritier "Charles-Jean", conquit pour son nouveau pays la Norvège qui fut perdue par le Danemark lors de la paix de Kiel. Le Congrès de Vienne ratifia ce changement de main. La perte de la Finlande, qui avait coûté son trône à Gustave IV, était ainsi largement compensée… Et Charles XIII reçut ainsi des mains de son fils adoptif un nouveau royaume, devenant ainsi le premier roi de Suède et de Norvège depuis le XVe siècle.

Bernadotte, déployant tout son charme, parvint même finalement à faire la conquête de sa "mère adoptive", la reine Edwige-Élisabeth. Ce qui n'était pas un moindre mérite, tant l'altière princesse était a priori peu encline à lui faire bon visage. La princesse héritière Désirée Clary, un temps venue rejoindre son mari à Stockholm, préféra rapidement retourner à Paris, en grande partie à cause du mépris glacial avec lequel elle fut traitée par Edwige-Élisabeth.

Peu après, le vieux roi mourut, et Bernadotte devint Charles XIV, roi de Suède.


Sur certains des portraits présentés ici, on distingue autour du cou de Charles XIII une décoration qui est précisément l'Ordre de Charles XIII (croix de Saint-Georges émaillée rouge, suspendue à un ruban rouge). Le roi l'avait institué en 1811. Jusque-là, rien que de très convenu. Mais ce qui l'est beaucoup moins, c'est que cet ordre est exclusivement réservé aux grands dignitaires protestants et… francs-maçons. Ses chevaliers doivent comprendre trois princes du sang, trente-trois francs-maçons suédois (trente séculiers et trois ministres du culte) appartenant au 11e et suprême degré de la maçonnerie du rite suédois, et sept francs-maçons étrangers. Le roi de Suède est grand-maître de l'Ordre, par conséquent aujourd'hui Charles XVI Gustave. Cette maçonnerie "royale", d'inspiration templière et chrétienne, peut surprendre si l'on songe à la nature, profondément subversive et destructrice, de cette secte. Mais il convient de garder à l'esprit que la maçonnerie est avant tout et essentiellement anticatholique. Dans les pays protestants, elle n'a donc pas eu lieu d'avoir la même virulence que dans les pays catholiques, ni de prendre les mêmes formes…

On remarquera avec intérêt les deux versions du portrait en pied de Charles XIII à la fin de sa vie, par Krafft. Sur la première, il contemple le buste du roi Gustave Ier, fondateur de la dynastie Vasa. Sur la seconde, il contemple le buste de Bernadotte… Ou comment résumer bien des péripéties par un simple changement d'accessoire…

Enfin, comment ne pas s'attarder sur le splendide portrait d'Edwige-Élisabeth par Roslin, dont on pourra vérifier la précision photographique en comparant la robe du mariage de la princesse, telle qu'il l'a représentée, avec l'original qu'on peut - et c'est un miracle de beauté - encore admirer de nos jours, dans un état de conservation exceptionnel.