AMATOR TEMPORIS ACTI

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Ascension
Liste complète des personnages
Ludvig, comte Munk de Norlund
Ellen Marsvin, comtesse Munk de Norlund
Ellen Marsvin, à 76 ans
Kirsten Munk, comtesse de Schleswig-Holstein, épouse morganatique de Christian IV, roi de Danemark
Kirsten Munk, comtesse de Schleswig-Holstein, épouse morganatique de Christian IV, roi de Danemark
Waldemar-Christian, comte de Schleswig-Holstein, par Sustermans
Éléonore-Christine, comtesse de Schleswig-Holstein, comtesse Ulfeldt
Éléonore-Christine, comtesse de Schleswig-Holstein, comtesse Ulfeldt
Corfitz Ulfeldt en 1646
Corfitz Ulfeldt en 1653, par Sébastien Bourdon
Éléonore-Christine dans le parc du palais de Frederiksborg, par Kristian Zahrtmann (1883)
Éléonore-Christine dans sa prison, par Kristian Zahrtmann (1875)


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Ludvig, comte Munk de Norlund (1537-1602)
et sa femme Ellen Marsvin (1572-1649)

puis leur fille
Kirsten Munk, comtesse de Schleswig-Holstein (1598-1658)
épouse morganatique de Christian IV, roi de Danemark

puis

son fils
Waldemar-Christian, comte de Schleswig-Holstein (1622-1656)

sa fille
Éléonore-Christine, comtesse de Schleswig-Holstein (1621-1698)
et son mari Corfitz, comte Ulfeldt (1606-1664)






Ludvig Munk était le fils de Ludvig Munk de Palsgard et de Kirsten Lykke de Norlund.

Ellen Marsvin était la fille de Jorgen Marsvin d'Hollufgard et de Karen Gyldenstjerne d'Iversnaes.

Ils appartenaient tous deux à l'ancienne noblesse danoise, mais c'est surtout leur fille qui jeta un éclat particulier sur leur maison. Ils furent en effet les parents de :

- Kirsten Munk, qui épousa morganatiquement Christian IV, roi de Danemark, en 1615.

Kirsten Munk fut titrée comtesse de Schleswig-Holstein. Le mariage fut d'abord heureux, mais elle avait vingt-et-un ans de moins que Christian, et ce qui devait arriver arriva. A partir de 1628, elle noua une liaison avec le wild-et-rhingrave Otto-Louis de Salm-Kyrbourg (cousin germain d'Anne-Catherine, duchesse de Wurtemberg), que Christian IV ne tarda pas à découvrir. Otto-Louis dut fuir le Danemark et passa au service de Gustave-Adolphe, roi de Suède, tandis que Kirsten après un procès en adultère (et même en sorcellerie) était exilée dans le Jutland. Elle passa le reste de sa vie dans ses châteaux de Rosenvold et de Boller, devant somme toute s'estimer passablement satisfaite de son sort, si l'on songe par exemple au destin qu'avait connu quelques années auparavant Marie-Jacobée de Bade, pour des faits similaires - et encore les faits étaient-ils, dans le cas de Kirsten Munk, contrairement à celui de Marie-Jacobée, formellement établis !

Parmi les nombreux enfants de Christian IV et de Kirsten Munk, mentionnons d'abord :

- Waldemar-Christian, comte de Schleswig-Holstein, essentiellement connu aujourd'hui par le beau portrait de Sustermans, souvent intitulé "Waldemar-Christian de Danemark", ce qui est assez inexact puisque, nés d'un mariage morganatique, les enfants de Kirsten Munk n'étaient pas princes de Danemark. Le prince, qui a bien le physique d'un enfant de l'amour, mena une vie aventureuse, voyagea à travers l'Europe et jusqu'en Russie, où il s'était engagé à épouser la princesse Irina, fille du tsar Michel Ier. Mais au dernier moment, il refusa de se convertir à la foi orthodoxe, ce qui mit le tsar en fureur, au point qu'il fut emprisonné un an et demi, et ne fut libéré qu'à la mort de son ex-futur-beau-père. De là, il repassa au Danemark, puis alla servir l'Autriche, et enfin la Suède. Il fut à tué à trente-trois ans à Lubin, pendant la première Guerre du Nord que les polonais appelèrent le Déluge.

Mais surtout, une fille qui connut une existence dramatique et romanesque :

- Éléonore-Christine, comtesse de Schleswig-Holstein (tous les enfants de cette union reçurent ce titre comme leur mère), qui épousa Corfitz Ulfeldt, fils de Jacob Ulfeldt d'Ulfeldtsholm, chancelier de Danemark, et de Brigitte Brockenhuus.

Corfitz Ulfeldt était lui-même conseiller d'État, grand-trésorier, et gouverneur de Copenhague. Devenu le gendre du roi et l'homme le plus puissant du royaume, Ulfeldt se rendit universellement odieux par son ambition effrénée, sa cupidité et la scélératesse de son caractère. Christian IV lui-même se lassa de lui, d'autant que ses services étaient le plus souvent désastreux (il fut, entre autres, responsable de l'humiliante Paix de Brömsebro). Aussi, lorsque Frédéric III, le demi-frère d'Éléonore-Christine, monta sur le trône, la disgrâce d'Ulfeldt fut-elle aussi complète que sa faveur avait été éclatante. De son côté, la reine Sophie-Amélie haïssait sa "demi-belle-sœur", dont le caractère altier ne se satisfaisait pas de la deuxième place à la cour et qui le lui faisait sentir.

Ils quittèrent donc le royaume, et, la vengeance au cœur, Ulfeldt passa au service de Charles X, roi de Suède, alors en guerre contre le Danemark, et auprès duquel il mit tout en œuvre pour nuire mortellement à son pays natal, négociant la reddition de forteresses danoises et veillant à faire insérer les clauses les plus implacables pour le Danemark dans tous les traités dont il put se mêler. La trahison étant pour lui une seconde nature, il se mit à comploter également contre le roi de Suède, et finit par être condamné à mort. Finalement gracié, il rentra au Danemark, prétendant impudemment se réconcilier avec Frédéric III, qui le fit aussitôt jeter en prison avec sa famille. Libéré un peu plus tard, il s'empressa aussitôt d'aller proposer à l'électeur de Brandebourg les moyens de renverser Frédéric III et de ceindre la couronne à sa place. Indigné, Frédéric-Guillaume le fit livrer de nouveau à Frédéric III. Cette fois, il fut condamné à subir la peine des hautes trahisons, c'est-à-dire à être décapité et son corps coupé en quartiers. Sa chance insolente ne l'abandonna pas encore en cette occasion : il parvint à s'échapper avant l'exécution de la sentence. Mais il mourut peu après, noyé dans des circonstances mal établies, près de Bâle.

Si Ulfeldt avait terminé son existence d'infamie, Éléonore-Christine en était loin, hélas pour elle. Remarquons au demeurant qu'elle avait toujours été de pair avec son époux dans toutes les entreprises de ce dernier. Tout ce qu'elle dit en apprenant sa mort, c'est qu'il avait enfin échappé à ses persécuteurs. Elle paya très cher cette complicité - ou cette fidélité conjugale. Elle resta pour sa part enfermée vingt-deux ans dans un cachot du château de Copenhague, comme la plus misérable des malfaitrices, affrontant les violences de ses geôliers et de ses gardiennes, se battant contre les rats, dans des conditions d'une dureté difficile à croire. Lorsque Frédéric III mourut, son fils Christian V désira rendre la liberté à sa tante. Mais la haine de Sophie-Amélie n'avait en rien désarmé, et résista à toutes les sollicitations du nouveau roi. Lorsqu'elle apprit qu'il avait fait promettre la liberté à Éléonore-Christine si la reine accouchait d'un héritier, Sophie-Amélie déclara à son fils qu'elle quitterait définitivement la cour s'il ne reprenait pas sa parole. Tout ce que Christian V put donc faire pour la prisonnière jusqu'à la mort de sa mère fut d'assouplir les conditions de sa détention. L'implacable ennemie d'Éléonore-Christine mourut enfin, et Christian V fit aussitôt libérer la malheureuse.

Elle se retira dans l'abbaye de Maribo, au sud du royaume, où elle acheva la rédaction du magnifique récit de ses épreuves, commencé en prison, intitulé "Jammerminde" ("Mémoires de Douleurs"), qui ne fut publié qu'en 1868, mais qui depuis lors, par l'admirable témoignage de courage et de force morale qu'il constitue, a fait d'Éléonore-Christine une figure légendaire et une sorte d'héroïne nationale de l'histoire du Danemark.

Enfin, l'avenir a gardé comme une revanche posthume et passablement inattendue à Éléonore-Christine et à son époux dévoré d'ambition : car leur lointaine postérité monta sur bien des trônes d'Europe. On en jugera par ce bref aperçu.

Leur fils Leo, comte d'Ulfeldt, épousa Anne-Marie, comtesse de Zinzendorf. D'où Corfitz-Antoine, comte d'Ulfeldt, qui épousa Marie-Isabelle, princesse de Lobkowitz. D'où Marie-Élisabeth, qui épousa Georges-Christian, comte de Waldstein. D'où :

- Marie-Élisabeth, qui épousa Joseph, comte Karolyi de Nagy-Karoly. D'où Françoise, qui épousa Albert, comte Sztaray de Nagy-Mihaly. D'où Sophie, qui épousa Gyula, comte Apponyi de Nagy-Appony. D'où Lazlo, comte Apponyi de Nagy-Appony, qui épousa Marguerite, comtesse de Seher-Thoss. D'où Gyula, comte Apponyi de Nagy-Appony, qui épousa Gladys Stewart. D'où Géraldine, qui épousa Zog Ier, roi d'Albanie.

- Marie-Antoinette, qui épousa Joseph, prince Kohary. D'où Marie-Antoinette, qui épousa Ferdinand, prince de Saxe-Cobourg-Gotha.

D'où :

- Ferdinand II, roi consort de Portugal, d'où Antoinette de Portugal, qui épousa Léopold, prince de Hohenzollern-Sigmaringen, d'où Ferdinand Ier, roi de Roumanie, d'où Marie dite Mignon, mère de Pierre II, roi de Yougoslavie ; Marie-Anne de Portugal, qui épousa Georges, roi de Saxe, d'où Frédéric-Auguste III, roi de Saxe, et Marie-Josèphe, mère de Charles Ier, empereur d'Autriche.

- Auguste, qui épousa Clémentine d'Orléans, fille du roi Louis-Philippe, d'où Ferdinand, roi de Bulgarie.

- Victoire, qui épousa Louis d'Orléans, duc de Nemours, fils du roi Louis-Philippe, d'où Gaston d'Orléans, comte d'Eu, prince consort du Brésil.

Il est inutile, au surplus, d'ajouter les noms de toutes les maisons de l'aristocratie d'Europe centrale, qui descendent ou sont alliées à la postérité d'Ulfeldt : car ce serait les citer à peu près toutes sans exception.


A la fin du XIXe siècle, le peintre danois Kristian Zahrtmann consacra une vingtaine de tableaux aux différents épisodes de la vie d'Éléonore-Christine, à la mémoire de laquelle il avait voué une véritable passion.