AMATOR TEMPORIS ACTI

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Liste complète des personnages

Gustave Ier Vasa, roi de Suède - Catherine de Saxe-Lauenbourg, Marguerite Lejonhufvud, Catherine Stenbock

Gustave I<sup>er</sup>, roi de Suède, d'après Jakob Binck
Gustave I<sup>er</sup>, roi de Suède
Gustave I<sup>er</sup>, roi de Suède
Gustave I<sup>er</sup>, roi de Suède, par Ulrika Pasch
Gustave I<sup>er</sup>, roi de Suède
Gustave I<sup>er</sup>, roi de Suède
Gustave I<sup>er</sup>, roi de Suède
Catherine de Saxe-Lauenbourg, reine de Suède
Gustave I<sup>er</sup> et Marguerite Lejonhufvud, roi et reine de Suède
Marguerite Lejonhufvud, reine de Suède
Marguerite Lejonhufvud, reine de Suède
Marguerite Lejonhufvud, reine de Suède
Catherine Stenbock, reine de Suède
Catherine Stenbock, reine de Suède
Catherine Stenbock, reine de Suède


Éric XIV, roi de Suède, et Karin Mansdotter

Éric XIV, roi de Suède, par Wervilt
Éric XIV, roi de Suède, à 28 ans, en 1561, par Steven van der Meulen
Éric XIV, roi de Suède
Éric XIV, roi de Suède
Couronne d'Éric XIV, roi de Suède, livrée pour son couronnement en 1561 par l'orfèvre Cornelius ver Weiden
Armure d'apparat d'Éric XIV, roi de Suède, ciselée en 1564 par Eliseus Libaerts, rachetée en 1606 par Christian II, électeur de Saxe
Karin Mansdotter, reine de Suède, dessinée par son mari Éric XIV en marge d'un livre de prières, dans sa prison
Karin Mansdotter, reine de Suède, effigie funéraire dans la cathédrale de Turku
Karin Mansdotter, reine de Suède, apaisant son mari Éric XIV, par Erik Johan Lefgren (1864)


Catherine de Suède, comtesse d'Ostfrise

Catherine de Suède, comtesse d'Ostfrise


Charles IX, roi de Suède - Marie, princesse palatine du Rhin, Christine de Schleswig-Holstein-Gottorp

Charles IX, roi de Suède
Charles IX, roi de Suède, par Ulrika Pasch
Charles IX, roi de Suède
Charles IX, roi de Suède
Charles IX, roi de Suède
Charles IX, roi de Suède
Charles IX, roi de Suède
Marie, princesse palatine du Rhin, reine de Suède
Christine de Schleswig-Holstein-Gottorp, reine de Suède
Christine de Schleswig-Holstein-Gottorp, reine de Suède


Gustave II Adolphe, roi de Suède, et Marie-Éléonore de Brandebourg

Gustave II Adolphe, roi de Suède, par Cornelius Arendtz
Gustave II Adolphe, roi de Suède, par Pasch d'après un original du temps
Gustave II Adolphe, roi de Suède, d'après Mierevelt
Gustave II Adolphe, roi de Suède
Gustave II Adolphe, roi de Suède
Gustave II Adolphe, roi de Suède, par Ehrenstrahl
Gustave II Adolphe, roi de Suède, par Auguste de Creuse
Gustave II Adolphe, roi de Suède, par Jakob Elbfas
Gustave II Adolphe, roi de Suède, par Cwiczek
Gustave II Adolphe, roi de Suède, par Merian
Gustave II Adolphe, roi de Suède, d'après Jakob Elbfas
Pourpoint porté par Gustave-Adolphe, roi de Suède, le jour de son mariage
Marie-Éléonore de Brandebourg, reine de Suède, par Mierevelt
Marie-Éléonore de Brandebourg, reine de Suède, par G. Eklom
Marie-Éléonore de Brandebourg, reine de Suède, d'après Jacob Hoefnagel
Marie-Éléonore de Brandebourg, reine de Suède
Marie-Éléonore de Brandebourg, reine de Suède
Marie-Éléonore de Brandebourg, reine de Suède
Marie-Éléonore de Brandebourg, reine de Suède
Serment de fidélité des États de Suède à la princesse héritière Christine, avant le départ pour la guerre de son père Gustave-Adolphe en 1632, par Palagi (XIX<sup>e</sup> s.)


Christine, reine de Suède

Christine, reine de Suède, jeune fille, atelier de Jakob Elbfas
Christine, reine de Suède, jeune fille, atelier de Jakob Elbfas
Christine, reine de Suède, par Signac
Christine, reine de Suède, par Signac
Christine, reine de Suède, vers 1650
Christine, reine de Suède
Christine, reine de Suède, en 1657, par Jörger
Christine, reine de Suède, par Jean François
Christine, reine de Suède, par David Beck
Christine, reine de Suède, en Minerve
Christine, reine de Suède, par David Beck
Christine, reine de Suède, par Sébastien Bourdon
Christine, reine de Suède, par Sébastien Bourdon
Christine, reine de Suède, par Sébastien Bourdon (variante)
Christine, reine de Suède, d'après Sustermans
Christine, reine de Suède, en 1661, par Wuchters
Christine, reine de Suède, en 1653, par Sébastien Bourdon
Christine, reine de Suède, école allemande
Christine de Suède et Élisabeth, princesse palatine du Rhin, en conversation avec Descartes, par Forsberg d'après Dumesnil
Christine, reine de Suède, en costume d'homme
Christine, reine de Suède, par Heimbach
Christine, reine de Suède, par Heimbach


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Gustave Ier Vasa, roi de Suède (1496-1560)
et
sa première femme Catherine de Saxe-Lauenbourg (1513-1535)
sa seconde femme Marguerite Eriksdotter Lejonhufvud (1516-1551)
sa troisième femme Catherine Gustavsdotter Stenbock (1535-1621)

puis le fils de Gustave et Catherine
Éric XIV, roi de Suède (1533-1577)
et sa femme Karin Mansdotter (1550-1612)

puis les enfants de Gustave et Marguerite
Catherine, comtesse d'Ostfrise (1539-1610)
et
Charles IX, roi de Suède (1550-1611)
et
sa première femme Marie, princesse palatine du Rhin (1561-1589)
sa seconde femme Christine de Schleswig-Holstein-Gottorp (1573-1625)

puis le fils de Charles IX et Christine
Gustave II Adolphe, roi de Suède (1594-1632)
et sa femme Marie-Éléonore de Brandebourg (1599-1655)

puis leur fille
Christine, reine de Suède (1626-1689)






Gustave Ier Vasa était le fils d'Erik Johannson Vasa et de Cécile Mansdotter Ekaétten (fille de Magnus Karlsson Ekaétten et de Sigrid Eskilsdotter Baner).

Il prit la tête de la rébellion de la Suède contre Christian II, roi de Danemark, de Suède et de Norvège, et devint ainsi le premier roi de Suède, ce royaume étant dés lors détaché de la couronne du Danemark.

Il épousa d'abord Catherine de Saxe-Lauenbourg, fille de Magnus Ier, duc de Saxe-Lauenbourg, et de Catherine de Brunswick-Wolfenbuttel.

Le portrait traditionnellement considéré comme celui de Catherine, sur la foi d'une inscription tardive, ne peut être le sien, puisque la princesse représentée est vêtue selon une mode bien postérieure à celle que Catherine a connue. La seule effigie authentique dont nous disposons est donc celle qui orne son tombeau dans la cathédrale d'Uppsala.

Gustave et Catherine eurent :

- Éric XIV, roi de Suède (qui suit).


Gustave épousa ensuite Marguerite Eriksdotter Lejonhufvud, fille d'Erik Abrahamson Lejonhufvud et d'Ebba Eriksdotter Vasa.

Christian Vasa et Marguerite Moltke avaient eu deux fils, Jean et Charles. Jean Vasa épousa Brigitte Gustavsdotter Sture, d'oé Erik Johannson, père de Gustave. Charles Vasa épousa Ebba Eriksdotter Krummedige, d'oé Erik Karlsdotter, qui épousa Anne Karlsdotter Vinstorpaéten, d'oé Ebba, mére de Marguerite. Gustave était donc le cousin issu de germains de la mére de Marguerite.

Gustave et Marguerite eurent de nombreux enfants, dont notamment :

- Jean III, roi de Suède ;

- Charles IX, roi de Suède (qui suit) ;

- Catherine, qui épousa Édouard II, comte d'Ostfrise ;

- Anne-Marie, qui épousa Georges-Jean Ier, comte palatin de Deux-Ponts-Veldenz, d'où Ursule, duchesse de Wurtemberg.

Gustave épousa enfin Catherine Gustavsdotter Stenbock, fille de Gustave Olofsson Stenbock et de Brita Eriksdotter Leijonhufvud. Brita était la propre sœur de Marguerite Leijonhufvud, Gustave épousa donc successivement la tante et la nièce.

Ils n'eurent pas d'enfants.

Éric XIV épousa Karin Mansdotter. Fille d'un simple soldat, elle était au service de Gert Cantor, musicien de la Cour, puis fut femme de chambre de la princesse Élisabeth, sœur d'Éric. Ce dernier s'éprit aussitôt de cette jeune fille ravissante, blonde aux yeux bleus, innocente et humble. Elle devint sa maîtresse à l'âge de quinze ans, et lui donna deux enfants. Éric XIV souffrait d'un grand déséquilibre mental et se livrait à de terribles accès de violence. Seule Karin, par sa douceur et son affection, parvenait à l'apaiser et à calmer ses crises. C'est le sujet du délicieux tableau de Léfgren présenté ici.

Deux ans après leur rencontre, il l'épousa d'abord secrètement, avant d'annoncer officiellement ce mariage, qui fut de nouveau célébré, cette fois en grande cérémonie, devant toute la Cour, et en présence des deux enfants, légitimés à cette occasion - on n'avait jamais vu, ni ne devait plus revoir en Suède des enfants royaux assister au mariage de leurs propres parents ! Karin fut d'autre part couronnée solennellement reine de Suède quelques jours plus tard (hors le cas particulier de Désirée Clary, cela resta un fait unique pour une roturière dans l'histoire de ce royaume - jusqu'à l'actuelle reine Silvia née Sommerlath, puisque selon le nouvel usage des cours, il semble désormais acquis qu'être de sang royal soit une tare rédhibitoire pour épouser un roi, et que la roture soit à l'inverse une condition sine qua non… Passons). En dépit du fait que Karin fût un modèle de simplicité et de discrétion, dénuée d'ambition et exclusivement dévouée à ses sentiments pour son mari, ce mariage aussi inégal que peu orthodoxe ne manqua pas de scandaliser au plus haut point.

Depuis longtemps déjà, Jean, le demi-frère d'Éric, s'efforçait de le détrôner, ce qui lui avait d'ailleurs valu d'être longtemps emprisonné avec femme et enfants. L'indignation provoquée par le mariage d'Éric et de Karin ne fit qu'amplifier sa rébellion, et lui facilita les choses.

Il parvint donc bientôt à ses fins, s'empara du trône et prit le nom de Jean III.

Éric fut emprisonné à son tour, et mourut peu après empoisonné. On ne peut manquer d'éprouver une émotion certaine en contemplant la petite esquisse dessinée par le roi déchu, du fond de sa geôle, en marge d'un livre de prière, et représentant la femme qu'il avait aimée envers et contre tout (Éric en dessina d'ailleurs à plusieurs reprises).

Karin fut exilée en Finlande avec ses enfants. Elle y vécut d'ailleurs paisiblement, dans le domaine de Kangasala qui lui fut donné, et à sa mort fut inhumée dans la cathédrale de Turku, oé son imposant mausolée se voit toujours. Elle avait conservé son rang royal, mais ses enfants perdirent le leur. Sa fille Sigrid devint dame d'honneur de sa demi-cousine germaine, la princesse Anne, fille de Jean III, et épousa un gentilhomme suédois. Son fils Gustave mena une existence aventureuse, passa en Russie au service de Boris Godounov, dont il manqua d'épouser la fille Xénia, et il y mourut. On a longtemps cru qu'il avait laissé postérité de sa maîtresse (et peut-être femme) Brita Karth. Il est établi aujourd'hui qu'il s'agit lé d'une pure supercherie née au XVIIIe siécle de documents apocryphes, forgés par le baron Stierneld, gentilhomme de la chambre de la reine Sophie-Madeleine, grand collectionneur d'autographes et faussaire historique de haut vol, qui prétendait par lé donner une origine royale à sa famille. Ladite Brita Karth n'a peut-être pas seulement existé. Il est vrai que rien n'interdit (et c'est même plus que probable) de penser que Gustave, qui semble avoir été un joyeux luron, ait bel et bien essaimé au cours de sa vie divers enfants naturels de diverses maîtresses, mais l'on n'en saura pas plus…

Précisons enfin qu'en dehors de son effigie funéraire, assez grossière, et des touchants petits dessins faits par son mari, nous n'avons hélas pas de portrait de Karin. Un portrait fameux longtemps considéré comme le sien s'est aujourd'hui avéré celui de sa belle-sœur Élisabeth.


Le fils de Jean III fut roi de Pologne et de Suède, sous le nom de Sigismond III, mais bientôt, parce que catholique, détrôné à son tour par son oncle Charles, duc de Sudermanie. Sigismond resta roi de Pologne tandis que son oncle devint roi de Suède à sa place sous le nom de Charles IX.

Charles IX épousa d'abord Marie, princesse palatine du Rhin, fille de Louis VI, électeur palatin du Rhin, et d'Élisabeth de Hesse.

D'où :

- Catherine, qui épousa Jean-Casimir, comte palatin de Deux-Ponts-Kleebourg.

La ville de Mariestad, en Suède, fondée par Charles IX (alors encore duc de Sudermanie), fut ainsi nommée en l'honneur de Marie, et son blason (un bœuf sortant de l'eau) rappelle la première chose qu'aperçut la princesse lors de son entrée dans la cité.

Charles IX épousa ensuite Christine de Schleswig-Holstein-Gottorp, fille d'Adolphe, duc de Schleswig-Holstein-Gottorp, et de Christine de Hesse (les deux épouses successives de Charles IX étaient donc cousines germaines, filles des deux sœurs).

D'où :

- Marie-Élisabeth, qui épousa son cousin Jean, duc d'Ostrogothie ;

- Gustave II Adolphe, roi de Suède et de Finlande, qui épousa Marie-Éléonore de Brandebourg, fille de Jean-Sigismond, électeur de Brandebourg, et d'Anne de Prusse. Sur l'un des portraits de Marie-Éléonore, on remarquera la petite couronne à l'antique des reines de Suède, avec ses pointes aigués, que sa fille Christine porte aussi sur ses portraits d'enfant, par l'atelier de Jakob Elbfas, et qu'on retrouve encore sur certains portraits gravés de la reine Ulrique-Éléonore.

Gustave-Adolphe et Marie-Éléonore eurent une fille unique, dernière Vasa directe qui régna en Suède :

- Christine, reine de Suède.

Désappointé de ne pas avoir de fils, Gustave-Adolphe ordonna d'élever Christine comme un garçon. Elle-même rapporte plus tard : "Il déclara positivement qu'il ne voulait pas qu'on m'inspirât aucun des sentiments de mon sexe que les seuls de l'honnêteté et de la modestie. Il voulait que dans tout le reste je fusse un prince et que je fusse instruite de tout ce qu'un jeune prince doit savoir."

Le résultat, on le sait, alla du reste au-delà de la légère restriction formulée par le roi… Mais, étudiant douze heures par jour, Christine acquit des connaissances qui laissaient ses interlocuteurs muets d'admiration, maîtrisant de la théologie à l'astronomie, parlant douze langues dont l'hébreu et l'arabe, sans préjudice de tous les exercices du corps.

Il est à noter qu'au sens strict, Christine ne fut pas "reine de Suède", car théoriquement les femmes ne pouvaient régner dans ce pays. Elle porta bel et bien le titre de "roi de Suède, des Goths et des Vandales" et fut couronnée comme tel.

Son caractère rétif à toute contrainte lui fit au demeurant rapidement considérer la couronne comme un fardeau. Ayant définitivement décidé de ne pas se marier, elle désigna pour successeur son "demi-cousin germain" Charles de Deux-Ponts-Kleebourg, et abdiqua peu après en sa faveur.


Le successeur de Christine fut donc ainsi ce prince, devenu Charles X, roi de Suède.


Elle put ainsi aller mener, souvent vêtue en homme, la vie plus qu'aventureuse que l'on sait à travers toute l'Europe, scandalisant ses contemporains par sa conduite inouïe, tout en les étonnant par l'étendue de son intelligence et de son érudition.

Quelques mots bien dans sa manière peignent à la fois le mordant de son esprit et son mépris des plus élémentaires convenances. Ayant assisté à Paris à une séance d'apparat de l'Académie Française donnée en son honneur, elle conclut en remarquant : "Tout ceci ressemble fort à un vit de verre, dont l'éclat est fort grand et l'effet fort petit…"

Ou bien, visitant un jour un couvent de jésuites, elle passa avec le recteur devant une belle effigie de la Vierge, et demanda au bon père s'il ne lui venait pas quelques mauvaises pensées lorsqu'il regardait la peinture d'une si jolie femme. Rougissant d'indignation, il lui répondit :"Madame ! Une telle image inspire de la dévotion et nous fortifie contre Satan…". Christine lui repartit en riant : "Je sais, bonhomme, que les femmes n'ont point grand pouvoir sur ceux de votre ordre. Vous vous contentez de vos jeunes écoliers !…"

On aura compris qu'elle était étrangère à toute piété, ayant même fait quelquefois profession d'athéisme ("S'il existe un Dieu, je serai bien attrapée !"). Un jour, apprenant une nouvelle grossesse de Mme de Grimbergh, pourvue d'une abondante postérité, elle lécha : "Pardieu ! La bonne Vierge Marie nous eét fort embarrassés si elle eût autant fait d'enfants que la comtesse, car elle n'en a eu qu'un et nous ne savons déjà qu'en faire…"

Aussi surprit-elle tout le monde lorsqu'elle eut la fantaisie, on ne sait trop pourquoi, de se convertir au catholicisme. L'abjuration eut lieu à Innsbruck, mais elle désira la confirmer solennellement entre les mains du pape Alexandre VII. Il semble qu'elle voyait surtout en tout cela l'occasion de faire parler d'elle et d'être reçue et établie magnifiquement à Rome. Ce en quoi elle ne fut pas déçue. Le Souverain Pontife lui administra lui-même la confirmation, à l'occasion de laquelle lui fut donné le nom de Christine-Marie-Alexandrine. Nouvelle fantaisie, elle refusa de porter celui de Marie et ne signa jamais par la suite que "Christine-Alexandrine". Elle reprit ses voyages, puis revint s'établir à Rome, où elle mourut, et où elle eut le rare honneur d'être enterrée dans la basilique Saint-Pierre. On a dit qu'elle fut la seule femme dans ce cas, ce qui est une grossière erreur : Charlotte de Lusignan, reine de Chypre (celle-là même qui fit passer la couronne de Chypre à la maison de Savoie), Marie-Clémentine Sobieska, reine titulaire d'Angleterre (épouse de Jacques "III" Stuart, le Vieux Prétendant), et Agnès Colonna, épouse d'Honoré Caetani (qui commandait l'infanterie pontificale à Lépante), reposent également à Saint-Pierre.

Sur la célèbre composition qui représente Christine avec Descartes, qu'elle avait fait venir à Stockholm avant son abdication (et qui y mourut peu après, victime des rigueurs du climat suédois), le peintre a également figuré l'érudite Élisabeth, princesse palatine du Rhin, abbesse d'Herford, qui entretint une étincelante correspondance philosophique avec le savant français, mais cette rencontre est purement symbolique, car Descartes et ses deux royales admiratrices ne se rencontrèrent jamais en même temps.

On remarquera aussi les portraits qui représentent Christine dans son étrange accoutrement mi-masculin, mi-féminin, restituant parfaitement l'aspect déconcertant de la souveraine, qui plongeait dans la stupéfaction tous ceux qui eurent l'occasion de l'approcher.

Une lettre anonyme, manifestement écrite par un français en 1655, en fait une description qui vaut son pesant de pittoresque :

"Sa taille est tout à fait irrégulière, elle est voûtée, elle a une hanche hors d'architecture, elle boite. Elle a le nez plus long que le pied, les yeux assez beaux, mais elle n'a pas la vue bonne. Elle rit de si mauvaise grâce que son visage se ride comme un morceau de parchemin que l'on met sur des charbons ardents. Elle a un téton plus bas que l'autre d'un demi-pied et si enfoncé sous l'épaule qu'il semble qu'elle ait la moitié de la gorge absolument plate. Elle n'a pas la bouche laide, pourvu qu'elle ne rie point : elle n'a pas soin de ses dents et elle pue assez honnêtement pour obliger ceux qui l'approchent à se précautionner et à parer de la main. On dit qu'elle avoit autrefois les cheveux admirablement beaux, mais depuis qu'elle les a fait couper pour faire le métier de vagabonde, elle a pris une perruque noire. La manière dont elle est habillée n'est pas moins extraordinaire que celle de sa personne ; car pour se distinguer de son sexe, elle porte des jupes fort courtes avec un justaucorps, un chapeau, un collet d'homme ou un mouchoir qu'elle noue comme un cavalier qui va en partie. Et quand elle met une cravate comme les dames, elle ne laisse pas de fermer sa chemise jusqu'au menton et de porter un petit collet d'homme avec des manchettes telles que nous les portons ; en sorte que la voyant marcher avec sa perruque noire, sa jupe courte, sa gorge fermée et son épaule élevée, on diroit que c'est un singe déguisé… Il n'y a point de charretier dans tout le Brabant qui jure si furieusement qu'elle, et la plus effrontée maquerelle rougirait en lui entendant dire les mots de bordel qu'elle a continuellement à la bouche…"

Et Madame de Motteville : "Elle ne ressemblait en rien à une femme, elle n'en avait pas même la modestie nécessaire. Elle paraissait inégale, brusque et libertine dans toutes ses paroles, tant sur la religion que sur les choses à quoi la bienséance de son sexe l'obligeait d'être retenue. Elle jurait le nom de Dieu, et son libertinage s'était répandu de son esprit dans ses actions… Ses mains qui avaient été louées comme belles, étaient si crasseuses qu'il était impossible d'y apercevoir quelque beauté…"