AMATOR TEMPORIS ACTI

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Liste complète des personnages
Élisabeth, jeune fille, détail du "Whitehall Mural Family Portrait", vers 1543
Élisabeth, jeune fille, détail du visage, "Whitehall Mural Family Portrait", vers 1543
Élisabeth, jeune fille, attribué à Scrots, 1545
Élisabeth en costume de sacre, "Coronation Portrait", 1559
Élisabeth, "Clopton Portrait", vers 1560
Élisabeth, variante du "Clopton Portrait", vers 1560
Élisabeth, "Hampden Portrait", vers 1565, par Vandermeulen
Élisabeth vers 1565, autour de ses trente ans
Élisabeth en 1569, par Eworth
Élisabeth, "Darnley Portrait", 1575
Élisabeth, par Gower, vers 1575
Élisabeth, "Phœnix Portrait", attribué à Hilliard, 1576
Élisabeth, "Pelican Portrait", attribué à Hilliard, 1575
Élisabeth, "Sieve Portrait", par Quentin Metsys le Jeune, 1583
Élisabeth, "Ermine Portrait", par Hilliard, 1585
Élisabeth en costume royal, attribué à Gheeraerts le Jeune, vers 1585
Élisabeth vers 1585, par Hilliard
Élisabeth vers 1586, par Hilliard
Élisabeth, "Armada Portrait", 1588
Élisabeth, "Armada Portrait", variante
Élisabeth, d'après l'"Armada Portrait", fragment d'une variante complète, découpée ultérieurement
Élisabeth, d'après l"Armada Portrait"
Élisabeth, "Welbeck Portrait", par Gheeraerts l'Ancien, vers 1585
Élisabeth, "Jesus College Portrait", attribué à Hilliard, vers 1590
Élisabeth en grand costume royal, gravure de Van de Passe, vers 1590
Élisabeth, "Dichley Portrait", par Gheeraerts le Jeune, 1592
Élisabeth, d'après le "Dichley Portrait", par Henry Pierce Bone
Élisabeth, "Trinity College Portrait", attribué à Gheeraerts, 1597
Élisabeth, "Hardwick Portrait", atelier de Hilliard, 1599
Élisabeth, "Rainbow Portrait", par Isaac Oliver, 1600
Élisabeth, école anglaise, vers 1600 avec repeints du XVIII<sup>e</sup> siècle
Élisabeth entre le Temps et la Mort
Élisabeth, par Hilliard
Élisabeth, d'après Hilliard
Élisabeth, école anglaise
Élisabeth, école anglaise
Élisabeth, école anglaise
Élisabeth, école anglaise
Élisabeth, école anglaise
Élisabeth, école anglaise
Élisabeth, école anglaise
Élisabeth, par Gheeraerts
Élisabeth, école anglaise
La Mort d'Élisabeth, par Paul Delaroche (1828)
Élisabeth, tête de l'effigie réalisée pour les cérémonies funèbres de la reine
Effigie funéraire d'Élisabeth, à l'abbaye de Westminster (avant restauration)
Effigie funéraire d'Élisabeth, à l'abbaye de Westminster (récemment restaurée)
Effigie funéraire d'Élisabeth, à l'abbaye de Westminster (récemment restaurée)


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Élisabeth Ire, reine d'Angleterre et d'Irlande (1533-1603)






Élisabeth Ire était la fille d'Henry VIII, roi d'Angleterre et d'Irlande, et d'Anne Boleyn.

Elle succéda à sa demi-sœur Marie Tudor, reine d'Angleterre et d'Espagne.

Surnommée la Reine-Vierge, elle ne se maria pas et n'eut pas d'héritier. Ce fut donc Jacques VI, roi d'Écosse, qui lui succéda sous le nom de Jacques Ier d'Angleterre. Il était en effet son plus proche parent, fils de Marie Stuart, reine de France et d'Écosse, fille de Jacques V, roi d'Écosse, fils de Jacques IV, roi d'Écosse, et de Marguerite Tudor, sœur d'Henry VIII.

Sur presque tous ses portraits, Élisabeth porte des atours absolument stupéfiants, qui lui tout-à-fait particuliers. En effet, si l'on excepte quelques rares portraits d'Élisabeth vêtue avec une très relative sobriété, on ne retrouve des costumes comparables sur aucune représentation des autres princesses européennes de son temps. Dans le cas d'Élisabeth, la mode du XVIe siècle semble constituer une sorte de point de départ à partir duquel les interprétations les plus débridées, les plus imaginatives et les plus démesurées sont de rigueur.

Il paraît certain que si la grande souveraine est restée une figure inoubliable pour la postérité, elle le doit au moins pour une part à ces étranges et fascinantes effigies d'une femme au regard glacial, au visage anguleux, à la peau blafarde et aux cheveux rouges, dans des robes délirantes déformant à dessein toutes les lignes du corps, enveloppée de voiles montés sur différents niveaux de fil d'archal, ruisselante de joyaux, idole barbare, madone sévillane et amazone cuirassée tout à la fois, entourée au surplus d'attributs au symbolisme compliqué et de devises énigmatiques.

Ainsi, de façon très sommaire, car des pages pourraient y être consacrées, on remarquera notamment :

Sur le "Pelican Portrait" : la broche représentant le pélican qui s'ouvre le cœur avec son bec pour nourrir ses petits de son sang, symbole classique d'amour et de charité, du reste habituellement figure de Jésus-Christ lui-même, qui offre son Précieux Sang dans le Saint Sacrifice de la Messe pour sauver les pécheurs. L'avant-dernière strophe de l'admirable hymne composé par saint Thomas d'Aquin, "Adoro te devote, latens deitas", dit ainsi "Pie pelicane, Jesu Domine, me immundum munda tuo Sanguine, cujus una stilla salvum facere, totum mundum quit ab omni scelere" ("Divin pélican, Seigneur Jésus, que votre Sang dont une seule goutte peut effacer les péchés du monde, lave les souillures de mon âme…"). Élisabeth est ainsi, par son amour pour ses sujets, assimilée à Jésus lui-même. Il est vrai que selon l'anglicanisme, elle était déjà une manière de pape. "Quand on prend du galon…" En outre, couronnées de part et d'autre, la rose Tudor (cœur blanc, pétales rouges, réconciliant la rose blanche de Lancastre et la rose rouge d'York), et la fleur-de-lys de France, symbole des prétentions des souverains anglais depuis la Guerre de Cent Ans.

Sur le "Phœnix Portrait" : la broche représentant le phénix qui renaît de ses cendres, symbole classique d'immortalité. Variante du portrait précédent.

Sur le "Sieve Portrait" : le crible, symbole de virginité, allusion à la vestale injustement accusée qui prouva son innocence par un prodige, en versant de l'eau dans un crible, qui ne la laissa pas s'écouler. Sur la colonne en arrière-plan, l'histoire d'Énée, qui partit fonder Rome après avoir refusé la main de Didon, reine de Carthage, figure d'Élisabeth refusant tous les prétendants et préférant vouer sa vie à la puissance de l'Angleterre.

Sur l'"Ermine Portrait" : l'hermine, symbolisant à la fois la pureté et la majesté, le rameau d'olivier, la paix, et l'épée d'État posée à droite, la justice.

Sur l'"Armada Portrait" : la main posée sur le globe symbolisant le pouvoir sur le terre, la bataille navale en arrière-plan, le pouvoir sur les mers. Il s'agit bien sûr, dans ce dernier cas, d'une allusion à la victoire d'Élisabeth sur l'Invincible Armada de son beau-frère Philippe II, roi d'Espagne en 1588. À gauche, les vaisseaux anglais naviguent sereinement, à droite, la flotte espagnole est engloutie dans la tempête.

Sur le "Ditchley Portrait" : la reine se tenant debout sur le globe terrestre, et naturellement sur l'Angleterre plus précisément. Mais le symbole va plus loin. Ce tableau fut commandé par Sir Henry Lee of Ditchley, grand-maître de l'Armurerie, pour commémorer une visite que lui fit la reine chez lui à Ditchley. Aussi, les pieds d'Élisabeth sont-ils précisément posés à l'emplacement de cette localité, dans l'Oxfordshire. Derrière la reine, le double ciel serein et orageux signifie qu'Élisabeth commande même aux éléments, ce que développe le sonnet dans le cartouche à droite.

Sur le "Hardwick Portrait" : les motifs qui ornent la jupe, entre les fleurs, iris, bleuets, pensées, etc., rassemblent toute une faune aquatique proprement stupéfiante. Serpent de mer, baleine, dauphins, crabe, crocodile, hippocampe, cygne, héron, etc. Élisabeth est ainsi assimilée à quelque divinité marine, toujours par allusion, sans doute, à la récente suprématie navale de l'Angleterre. Le "Jesus College Portrait" est une variante de ce portrait.

Sur le "Rainbow Portrait" : la surréaliste étoffe semée d'yeux et d'oreilles, le serpent sur la manche, serrant un cœur dans sa gueule, et portant un globe terrestre sur sa tête. La reine voit et entend tout, la prudence domine son cœur et soutient son règne. On notera que la reine est âgée de près de soixante-dix ans sur ce portrait, qui la rajeunit donc beaucoup. Il s'agit moins d'une flatterie que, là encore, du souci de la diviniser, en la présentant comme immortelle et hors d'atteinte des outrages du temps.

Avec tout cela, précisément, les effigies les plus touchantes ne sont-elles pas, d'abord, celle qui la représente à peine sortie de l'adolescence, dans sa tenue de couronnement, son frais visage encore gracieux, ses longs cheveux d'or ardent se mêlant à celui du brocart du manteau royal ? Elle est encore loin de se douter qu'elle donnera son nom à son siècle. Puis, à l'autre bout du règne, que dire du sinistre et extraordinaire portrait dans lequel, pensive, fatiguée, la tête soutenue par la main, son regard pénétrant semble nous prendre à témoin de la vanité de tant de grandeurs, tandis que le Temps, à gauche, avec sa faux, s'apprête à y mettre fin, et que surtout la Mort, à droite, avec son sablier, ricane déjà de mépris ? Où est ici la divinité cosmique des portraits précédents ? La réalité l'a rattrapée…

La statue funéraire d'Élisabeth, sur son tombeau à l'abbaye de Westminster, dans un style plutôt archaïsant, est également impressionnante à souhait.

Enfin, quel plus saisissant chef-d'œuvre que celui de Paul Delaroche, montrant la reine prise d'un malaise et hâtivement allongée au pied de son trône sur des coussins, où elle va mourir, en léguant son royaume à Jacques VI d'Écosse, agenouillé près d'elle, Jacques VI, fils de cette Marie Stuart qu'elle a fait décapiter quelques années plus tôt ? Les dames d'honneur éplorées, les gentilshommes n'osant approcher de trop près, et surtout l'écrasante présence de la reine, flétrie, osseuse, vieille coquette trop richement attifée, et pourtant tenant jusqu'à son dernier souffle tout son entourage dans un religieux et tremblant respect, tout cela n'est-il pas la vérité même, la vie même qui s'anime soudain sur la toile ? N'a-t-on pas l'impression, grâce au génie du peintre, que nous assistons nous-même, et réellement, à cet instant suprême, saisis des mêmes sentiments que les protagonistes ? Une telle résurrection n'est-elle pas le fait d'un artiste hors du commun ? Quels sophismes, quels bavardages creux, quels dévoiements de la raison, quelle incompréhension de ce que doit être l'Art, pourront contester à l'auteur de ce tour de force l'admiration qui lui est due ? Eh bien, cela s'est trouvé…