AMATOR TEMPORIS ACTI

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Un enterrement civil - 1887

Extrait de "La Semaine Religieuse de Dijon" du samedi 19 mars 1887, n° 17

=== UN EXEMPLE À SUIVRE ===
M. de Cassagnac vient de donner un bel exemple, en refusant d'assister aux obsèques de M. Cantagrel, député ; il a fait à cette occasion cette fière profession de foi :

"Je fais partie de la délégation désignée par le sort pour représenter la Chambre des députés aux obsèques de M. Cantagrel.
"Et j'ai le regret de ne pouvoir remplir ce mandat.
"Non pas que la différence des opinions politiques ait une valeur quelconque à mes yeux, et m'oblige à décliner un devoir que la courtoisie eût rendu facile ; mais parce que ma conscience de catholique m'interdit formellement de suivre un convoi funèbre qui ne s'arrête pas d'abord à un temple consacré.
"Je puis accompagner à sa dernière demeure un protestant ou un israélite, mais un libre-penseur, jamais.
"Autrefois, quand la libre-pensée se cantonnait dans les limites modestes, inoffensives, d'une philosophie humaine, on devait déjà la blâmer hautement, tout en la plaignant de priver ses adeptes du sauf-conduit religieux qu'ils eussent la plupart du temps réclamé, s'ils étaient morts dans l'indépendance abso­lue de leurs sentiments.
"Aujourd'hui, la libre-pensée est devenue militante, agres­sive, et marche audacieusement à l'assaut du Christianisme.
"Si nous la blâmons tout aussi énergiquement, nous ne la plaignons plus.
"Ce n'est plus à des malheureux égarés que nous avons affaire, c'est à des ennemis implacables.
"Et marcher derrière un corbillard que ne précède pas le prêtre et que ne surmonte pas la croix serait une capitulation sans excuse.
"Je ne la commettrai pas.
"J'ai aimé mon père autant qu'un fils peut l'aimer ; j'aime mes enfants également autant qu'un père peut les aimer.
"Me blâme qui voudra ou qui pourra, mais s'ils fussent morts en reniant leur foi, en affichant la négation de Dieu, sans hésiter j'eusse refusé de les escorter à leur demeure dernière.
"En pleine guerre religieuse, quand nos croyances sont outragées publiquement, quand nos prêtres sont proscrits et réduits à la misère, quand l'athéisme d'État se dresse insolemment en face des églises quotidiennement dévalisées par les voleurs qu'il encourage, le catholique doit se retremper dans l'intransigeance des premiers chrétiens des grands jours de notre religion.
"Et ce que je ne ferais pas pour les plus chers parmi les miens, je ne saurais le faire pour un étranger, fût-il mon collègue au Parlement...
"Si tous les catholiques étaient aussi fermement résolus de ne jamais céder aux lâches complaisances du monde et pre­naient le parti, quels que fussent les liens d'amitié ou les liens de parenté, de refuser leur présence aux mariages et aux enterrements qui se passent de la consécration religieuse, les cérémonies purement laïques ressortiraient bientôt de tout le triste éclat de leur abjection."