AMATOR TEMPORIS ACTI

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Une martyre des Républicains espagnols

Extrait de "Divines Certitudes", du P. Marie-Eugène Henry, chapelain de Paray-le-Monial (Imprimerie Nouvelle, Paray, 1937)

=== UN TOUT RECENT ET SPLENDIDE EXEMPLE DE FOI. ===
Ceci vient de se passer en Espagne, au milieu des horreurs infernales de la Révolution.
Un jeune prêtre catalan, curé tout près de la frontière française, vivait avec sa vieille grand'mère qui gouvernait son presbytère. Son frère plus âgé exploitait une petite culture dans la commune voisine... Sitôt la révolution éclatée, ce frère aîné, qui n'avait rien d'un riche bourgeois, fut cependant pris comme otage par les miliciens du Frente Popular... Et ce fut pour la vieille et l'abbé le commencement du calvaire. Le commencement seulement.
Bientôt, la commune elle-même fut éprouvée, l'église fermée, puis transformée en caserne. Les vexations commencèrent, puis les réquisitions, puis les exécutions sommaires, sans jugement ou après simulacre de jugement. L'abbé et sa vieille grand'mère étaient, jusque-là, à peu près indemnes, mais vivaient, vous vous en doutez, dans des transes perpétuelles. Chaque jour apportait son épreuve et sa nouvelle appréhension. La dernière trouvaille du Comité Local fut la réquisition et la destruction par le feu de tous les objets de piété : crucifix, tableaux, statues, chapelets, livres pieux, etc... On devait, dans chaque maison, faire un paquet de tout cela, et le porter sur la place de l'église où un bûcher était préparé.
La vieille, avertie par son petit-fils, ne put se résigner à livrer le crucifix de famille qui était depuis toujours attaché à la tête de son lit. Celui que tous les siens avaient respectueusement baisé avant de rendre le dernier soupir ; ce crucifix, image du Seigneur, était encore pour elle une relique familiale. "Ils ne l'auront pas", dit-elle ! Et, le détachant du mur, elle le lia sur sa poitrine avec des ficelles. Se drapant ensuite dans les plis du grand châle noir catalan, elle attendit... Pas longtemps !
Les perquisitions dans cet ordre d'affaires devaient naturellement commencer par le presbytère. Les miliciens firent main basse sur un certain nombre d'objets qu'il était impossible de dissimuler. Ils allaient se retirer lorsque l'un d'eux fit remarquer l'empreinte laissée sur la tapisserie de la chambre à coucher de la vieille par un crucifix qui n'était pas dans le lot des objets emportés.
"Où donc as-tu caché celui-ci?", fit le chef de la bande, en s'adressant à la vieille femme. Elle ne répondit rien, mais fit de la main un geste qui signifiait : faites ce que vous voudrez, mais vous ne l'aurez pas. Les hommes, rendus furieux par cette résistance inattendue, mirent tout le mobilier au pillage, dans l'intention de découvrir le Christ caché. Mais les recherches demeuraient vaines... Le chef revint alors à la vieille et, la saisissant rudement : "Tu vas nous le donner!", hurla-t-il.
Mais il recula aussitôt, éclatant d'un rire sardonique. Il avait senti la croix sous le châle, en bousculant la vieille, et, relevant les plis, montrait sa trouvaille à toute la troupe en délire. "C'est bien, puisque tu y tiens, garde-le tant que tu voudras, mais alors tu vas venir avec nous..." Et la vieille, bousculée, fut entraînée avec son précieux fardeau sur la place de l'église...
Je ne sais si je dois continuer, c'est tellement triste ? Et j'entends encore les sanglots du prêtre de 26 ans qui me racontait cela...
"Alors", disait-il, "Ils jetèrent ma vieille grand-maman sur le bûcher, avec les objets de piété, quelques bancs, toutes les statues de l'église... Ils arrosèrent le tout de pétrole..." Mais écoutez, si vous en avez le coeur, ces raffinements diaboliques, ces détails asiatiques... "Ils eurent l'atroce idée d'aller chercher mon frère otage, gardé dans une maison du village. Ils lui bandèrent les yeux de force, et lui firent de force mettre le feu à ce bûcher. Lorsque les flammes s'élevèrent, mon frère, dégagé de son bandeau, put entendre la voix d'un bourreau, qui lui disait :
- Tu vois ce que tu viens de faire, la vieille qui est au milieu de tout cela, c'est ta grand'mère !
"