AMATOR TEMPORIS ACTI

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Annibale Bugnini

Annibale Bugnini naquit le 14 juin 1912 à Civitella del Lago, en Ombrie.

=== Avant le Concile ===
À 24 ans, en 1936, le jeune Annibale Bugnini est ordonné dans la Congrégation de la Mission (Pères Lazaristes), s'occupe d'une paroisse pendant dix ans, et commence en 1946 à intervenir dans le domaine des études liturgiques spécialisées (rédacteur en chef de la revue liturgique Ephemerides liturgicae).
Lorsque le pape Pie XII annonça son intention de proclamer le dogme de l'Assomption, Max Thurian (créateur calviniste de la Communauté de Taizé) envoya le 21 novembre 1948 une délégation à Rome pour protester. À l'appui de cette démarche, une longue étude du P. Bugnini prétendit (contredisant explicitement le Pape Benoît XIV qui avait traité la question au XVIIIème siècle) qu'il était imprudent, sinon faux, de dire que l'Assomption de la Vierge avait, de tout temps, été un article de Foi.
Pie XII en fut mécontent, d'autant qu'il venait de nommer Bugnini "Secrétaire de la Commission pour la Réforme Liturgique". Cette commission, dite "commissio piana", instaurée en marge de la Congrégation des Rites par Pie XII, le 28 juin 1948, comprenait 8 membres, sous la présidence du cardinal Clemente Micara, puis du cardinal Gaetano Cicognani. L'objectif était de réfléchir à des améliorations possibles en matière liturgique. Quoi qu'il en soit, le Cardinal Agostino Bea, également membre de la "commissio piana" et surtout confesseur de Pie XII, apaisa le différent et fort de ce soutien le P. Bugnini fut encore nommé consultant à la Sacrée Congrégation des Rites en 1956, et professeur de liturgie à l'Institut Pontifical du Latran en 1957.
Mgr Arrigo Pintonello, Aumônier Général de l'Armée Italienne et germanophone émérite, a rapporté que durant cette période (dès 1955), le P. Bugnini lui demandait fréquemment de traduire pour lui des ouvrages allemands protestants traitant de liturgie, manifestement pour inspirer ses propres travaux. Le Cardinal Cicognani rejeta d'ailleurs systématiquement les schémas des réformes proposées par Bugnini durant sa présence au sein de la "commissio piana".

=== Préparation du Concile ===
En 1960, cependant, Bugnini fut nommé Secrétaire de la Commission Préparatoire du Concile Vatican II pour la Liturgie, à nouveau présidée par le Cardinal Cicognani. Le P. Bugnini prit en main l'élaboration du schéma préparatoire, c'est-à-dire le document qui devait être soumis aux débats des Pères conciliaires. Ce document était surnommé le "schéma Bugnini" par ses admirateurs, et il fut adopté par le vote du 13 janvier 1962, en une séance plénière de la Commission Préparatoire. Les réserves réitérées exprimées sur ce schéma par le Cardinal Cicognani, à l'article de la mort (il mourut le 5 février), ne furent pas entendues.
Par la suite, le Cardinal John Heenan, archevêque de Westminster, commenta l'adoption de ce schéma dans ses Mémoires ("Une Couronne d'Epines") : "Les changements qui ont suivi furent bien plus radicaux que le Pape Jean et les évêques qui avaient adopté le schéma, n'en avaient l'intention. Par son sermon de clôture de la première session, le Pape Jean semblait ne pas se douter de ce que les experts en liturgie avaient prévu de faire".

=== Premier exil ===
Cette victoire du P. Bugnini rendit d'autant plus stupéfiante la décision subite, prise par Jean XXIII, quelques semaines plus tard. Le Pape suspendait brutalement le P. Bugnini de ses fonctions de Secrétaire de sa Commission Préparatoire (celles-ci certes, ayant achevé leurs travaux, allaient de toute façon être dissoutes ; mais pour être remplacées par les Commissions Conciliaires équivalentes, avec reconduction des membres des précédentes). Le Pape lui retirait en même temps sa chaire à l'Université du Latran. Le P. Bugnini imputera plus tard au Cardinal Arcadio Larraona cette double disgrâce "injuste et basée sur des allégations infondées". "On m'accusait d'être un iconoclaste" ajoutait-il.
Qu'avait découvert Jean XXIII ? Les véritables raisons de cet étonnant épisode n'ont jamais été dévoilées. Quoi qu'il en soit, le camouflet ainsi infligé à une figure aussi influente que le P. Bugnini ne pouvait qu'être fondé sur des faits de nature très sérieuses : le P. Bugnini fut le seul secrétaire d'une Commission Préparatoire à ne pas être confirmé en tant que secrétaire de la Commission Conciliaire correspondante. Mieux, le Cardinal Bea intervint en sa faveur auprès du Pape Jean XXIII, comme il l'avait fait auprès de Pie XII. Mais cette fois, Jean XXIII fut inflexible. L'intervention du Cardinal Giacomo Lercaro n'eut pas plus de succès.
Ce fut, selon sa propre expression, le "premier exil" du P. Bugnini.

=== Retour triomphal ===
L'éclipse apparente du P. Bugnini allait durer moins d'une année. La mort de Jean XXIII, le 3 juin 1963, allait le ramener sur le devant de la scène. L'avènement de Paul VI, le 21 juin, fut presque aussitôt suivi de la refonte générale de la Curie, et l'ancien Cardinal Montini allait avoir l'occasion de prouver au P. Bugnini toute l'affection qu'il lui portait. Les deux hommes avaient en effet de longue date une grande affinité de conceptions (contacts avec la Communauté de Taizé, déclaration de Mgr Montini au Concile en 1962 désirant que "les cérémonies soient modifiées afin d'être plus compréhensibles et plus utiles pour les hommes de notre temps, et qu'elles soient une fois encore réduites à une forme plus simple"...)
Paul VI nomme donc aussitôt le P. Bugnini "théologien personnel du Pape". Et le 1er octobre 1963, ouvrant la seconde session du Concile, le Pape annonce que la "Commission spéciale pour la réforme de la liturgie" sera désormais présidée par "le bien-aimé et fidèle serviteur de l'Église, le P. Annibal Bugnini". Le Souverain Pontife, en prononçant ce nom, tourna la tête dans la direction de l'intéressé, et esquissa un geste amical.
Le 4 décembre suivant, la Commission rendit sa copie. La "Constitution sur la Liturgie Sacrée" (en substance identique, bien sûr, au projet de schéma que le P. Bugnini avait piloté avec succès en la faisant adopter par la Commission Préparatoire) fut le premier document adopté par les Pères conciliaires. Le 26 février 1964, Paul VI institue alors, pour mettre le texte en application, le "Consilium pour l'exécution de la réforme liturgique", sous la présidence du cardinal Lercaro. Le P. Bugnini est à nouveau nommé au poste-clé de secrétaire du Consilium.
Le rôle du Consilium était fondamental, car la Constitution Liturgique usait largement d'une terminologie très générale et, par endroits, ambiguë. Toute la portée du texte résidait donc en quelque sorte dans l'interprétation concrète qui en serait donnée. La remarque du Cardinal Heenan citée plus haut prend ici tout son sens. L'archevêque de Westminster ajoutait que les auteurs du document avaient rédigé des textes capables "tout à la fois d'une interprétation orthodoxe et moderniste". Et ce fut, de façon assumée, cette dernière interprétation que le P. Bugnini allait s'attacher à traduire dans le cadre de ses fonctions au Consilium.
Bien qu'alors assez favorable à l'esprit des réformes lancées par le P. Bugnini, le futur Cardinal Ferdinand Antonelli reprocha lui-même au P.Bugnini "d'avoir introduit dans le travail du Consilium des gens capables, mais de coloration progressiste théologiquement, sans leur résister parce qu'on ne pouvait pas contrecarrer certaines tendances". Le P. Bugnini tint même à obtenir la présence de pasteurs protestants aux séances plénières du Consilium.

=== La Nouvelle Messe ===
En tout état de cause, les bouleversements liturgiques se succèdent de façon progressive et savamment graduée au fur et à mesure des travaux du Consilium : retournement des autels, relégation du tabernacle, place du vernaculaire de plus en plus dominante, suppression des prières individuelles du prêtre (prières au bas de l'autel), de signes de croix, etc. ; canon récité à voix haute et donc, finalement, la langue vernaculaire supplantant totalement le latin, toutes réformes approuvées par Paul VI de 1964 à 1967 (Inter oecumenici, 26 septembre 1964 ; Tres abhinc annos, 4 mai 1967). Enfin, le 21 octobre 1967, s'ouvre le Synode des Evêques ; on y apprend que le père Bugnini, secrétaire du Consilium, va venir présenter sa "messe normative, ébauche d'une nouvelle messe". C'est le P. Bugnini en personne qui va la célébrer dans la Chapelle Sixtine. La messe est dite en italien, elle comprend un rite d'accueil, une brève cérémonie pénitentielle commune, Gloria, trois lectures, Credo, prière universelle, très brèves prières de "déposition des dons" (remplaçant l'Offertoire), Canon entièrement nouveau, paroles de consécration modifiées, quasi-disparition des signes de croix et génuflexions, etc...
Avant même la fin de la cérémonie, en signe de protestation, le cardinal Joseph Slipyj, patriarche d'Ukraine, quitte ostensiblement la Chapelle, suivi par plusieurs évêques. "L'expérience n'avait pas réussi", avoua le P. Bugnini, "elle produisait même l'effet contraire, pesant sur les votes en un sens négatif". Paul VI demanda donc au Consilium de se remettre au travail pour réaliser une messe apparemment moins révolutionnaire, mais qui, insistait le P. Bugnini, devrait néanmoins être "complètement différente de ce qu'elle était auparavant".
À la fin de l'année, le P. Bugnini présente une nouvelle version de "messe normative". Lors de l'Assemblée des Supérieurs Généraux, Mgr Lefebvre (alors Supérieur Général des Pères Spiritains), assiste à des échanges savoureux. Il rapporte qu'après son allocution, le P. Bugnini se vit pris à partie.
"Deux supérieurs généraux se levèrent.
Le premier dit : 'Mon père, si je comprends bien, après avoir supprimé le Confiteor, l'Offertoire, raccourci le Canon, etc..., une messe privée va durer dix à douze minutes !' Le P. Bugnini répondit : 'Oh! On pourra toujours ajouter quelque chose !'
Le second, un abbé bénédictin, intervint : 'La messe normative est prévue pour une assistance de fidèles ; mais nous, bénédictins, qui disons nos messes sans fidèles, qu'allons-nous faire maintenant ?' Voici la réponse que fit le P. Bugnini : 'A vrai dire, on n'y a pas pensé !'
"

=== Tout-puissant et archevêque ===
À compter de 1967, au demeurant, le P. Bugnini ne rencontre plus aucune opposition effective. Par sa Constitution Apostolique "Sacrum Rituum Congregatio" du 8 mai 1969, Paul VI met fin à l'existence du Consilium et l'incorpore dans la Sacrée Congrégation pour le Culte Divin (qui doit remplacer la Congrégation des Rites). Le P.Bugnini est nommé Secrétaire de cette Congrégation, et devint ainsi plus puissant qu'il ne l'avait jamais été. A la présidence de la Congrégation, le Cardinal Lercaro laisse la place au Cardinal Benno Gut, puis au Cardinal Arturo Tabera-Araoz, puis au Cardinal James Knox. Mais le P. Bugnini, lui, demeure toujours, ce qui lui permet d'assurer la continuité de la réforme.
C'est à cette époque que son incompréhensible toute-puissance sur l'esprit de Paul VI est l'occasion d'anecdotes fameuses. Interrogé par Mgr Lefebvre, Mgr Cesario d'Amato, chanoine de Saint-Paul-Hors-les-Murs, s'exclame : "Monseigneur, ne me parlez pas du père Bugnini, j'en sais trop sur lui, ne me demandez pas ce qu'il est!". Le prélat français insiste, mais Mgr d'Amato : "Je ne puis pas vous parler de Bugnini".
Le Cardinal Antonelli, de son côté, écrivit : "Je pourrais en dire beaucoup sur cet homme. Sa faille la plus notable est le défaut de formation théologique et l'absence de sens théologique. Je dois ajouter que Paul VI s'est toujours tenu derrière lui..." (DC 1445, p.604)
Lorsqu'en février 1969, à propos des nouveaux Canons élaborés par le P. Bugnini, Mgr Lefebvre vient protester auprès du Cardinal Secrétaire d'Etat Amleto Cicognani (frère du Cardinal Gaetano Cicognani évoqué plus haut), l'archevêque français s'exclame :
"- Eminence, vous n'allez pas laisser passer cela! C'est une révolution dans la liturgie, dans l'Église!"
"- Oh, Monseigneur", répondit le cardinal en se prenant la tête entre les mains, "je suis bien de votre avis. Mais que voulez-vous que je fasse ? Le Père Bugnini peut se rendre dans le bureau du Saint-Père et lui faire signer tout ce qu'il veut!"
Allant de là à la Sacrée Congrégation des Rites, qui doit être bientôt supprimée, Mgr Lefebvre aborde alors le sujet de la communion dans la main, que le P. Bugnini est en train de faire adopter au Consilium. Découragé, le Cardinal Gut soupire : "Je suis le Préfet de la S.C. des Rites, mais ce n'est pas moi qui commande et vous devinez bien qui est celui qui commande...". Et, se tournant vers Mgr Antonelli qui était présent, il poursuivit : "Si toutefois on me demande ce que je pense, j'irai me mettre à genoux aux pieds du Saint-Père pour le supplier de ne pas permettre une chose pareille! Mais seulement si on me le demande!". Et de fait, on se passa de lui demander quoi que ce soit, et le P. Bugnini raconte lui-même que le Cardinal, la mort dans l'âme, dut bel et bien, par obéissance, signer l'instruction autorisant la communion dans la main.
Au cours de cette année 1969, le P. Bugnini termine son oeuvre : il fait approuver ses 3 nouvelles "anaphores" (3 nouveaux canons) par Paul VI, avec de nouvelles paroles pour la Consécration, puis, ultime étape, publie la nouvelle messe (Novus Ordo Missae, abrégé en N.O.M.), avec la suppression de l'Offertoire de type sacrificiel et l'application des paroles nouvelles de Consécration au Canon romain qui était encore, jusque-là, resté intact.
Le 21 octobre, les Cardinaux Ottaviani (préfet du Saint-Office, devenu "Congrégation pour la Doctrine de la Foi" ) et Bacci remettent à Paul VI leur célèbre "Bref Examen Critique" du N.O.M., démontrant que "le Novus Ordo Missae, si l'on considère les éléments nouveaux susceptibles d'appréciations fort diverses, qui paraissent sous-tendus ou impliqués, représente un éloignement impressionnant, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe".
Paul VI temporise en repoussant au 28 novembre 1971 l'entrée en vigueur "obligatoire" de la nouvelle messe, délai au cours duquel les esprits sont préparés de diverses façons à adopter la réforme. Bien que rien dans la nouvelle messe elle-même n'ait été modifié, les Cardinaux Ottaviani et Bacci, miraculeusement éclairés ou dûment chapitrés en haut lieu, déclarent soudain qu'ils ne voient plus aucune objection valable au Novus Ordo Missae, contre lequel ils établissaient un si accablant réquisitoire quelques mois plus tôt...
Le P. Bugnini, de son côté, est nommé en 1972 archevêque titulaire de Diocletiana. Cette récompense ne l'incite pas à cesser ses activités pour autant : en 1974, il annonce que sa réforme va entrer dans sa phase finale : "L'adaptation ou ''incarnation'' de la forme romaine de la liturgie dans les usages et mentalités de chaque Eglise individuelle". En Inde, cette "incarnation" est lancée avec un tel volontarisme que la messe y prend dans certains lieux la quasi-apparence d'une cérémonie hindouiste.

=== Le scandale et la fin ===
C'est alors qu'intervient le coup de théâtre qui fera couler des torrents d'encre. En juillet 1975, au moment même où sa faveur culmine à son zénith, Mgr Bugnini est brutalement démis de ses fonctions par Paul VI. Non seulement il est destitué, mais l'ensemble de sa Congrégation (pour le Culte Divin) est dissoute et fusionnée avec la Congrégation pour les Sacrements.
La stupéfaction est générale, surtout dans les milieux progressistes. Ainsi, le journaliste Desmond O'Grady exprime éloquemment le désarroi des cercles "bugninistes" dans le numéro du 30 août 1975 de la revue "The Tablet" : "L'Archevêque Annibale Bugnini, qui, en qualité de Secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin, à présent abolie, fut la figure clé de la réforme liturgique de l'Eglise, n'est pas membre de la nouvelle Congrégation. En dépit de sa longue expérience, il n'a pas non plus été consulté dans la préparation de cette opération. Il a appris sa création, alors qu'il était en vacances à FiuggiLa manière abrupte avec laquelle tout ceci a été accompli n'augure rien de bon en ce qui concerne la ligne Bugnini d'encouragement à la réforme en collaboration avec les hiérarchies locales. C'est Mgr Bugnini qui avait conçu le travail à accomplir au cours des dix prochaines années concernant principalement l'incorporation des usages locaux dans la liturgieIl incarnait la continuité de la réforme liturgique post-conciliaire".
Personne ne comprend, ni cette décision, ni surtout l'absence d'égards manifeste avec lequel elle est signifiée.
Il n'est plus question nulle part de Mgr Bugnini. Et six mois plus tard, le 15 janvier 1976, l'Osservatore Romano annonça laconiquement : "Mgr Bugnini vient d'être nommé pro-Nonce Apostolique en Iran". Ce fut son second exil inexplicable, après la "répétition" qu'avait constitué le premier, du temps de Jean XXIII. Mais cette fois, il n'y eut pas de retour. Mgr Bugnini ne fut jamais rappelé de Téhéran, où il passa les six dernières années de son existence, confiné à la Nonciature. Mal en point, il ne put revenir à Rome que pour y subir une opération chirurgicale qui ne le sauva pas et il mourut le 3 juillet 1982.

=== Franc-maçon ? ===
Dès le mois d'avril 1976, une partie des dessous de l'affaire avait commencé à paraître à la lumière. Le journaliste et écrivain catholique très connu en Italie, Tito Cassini, révèle le seul fait qui ne peut se contester : Mgr Bugnini a été révoqué et exilé en Iran parce que le Pape a été mis en possession de documents semblant établir l'appartenance du prélat à la Franc-maçonnerie. Mgr Bugnini lui-même confirme le fait dans ses Mémoires ("La Réforme Liturgique", pp. 100-101), ajoutant même que c'est un Cardinal qui avait déposé le dossier sur le bureau de Paul VI.
Ce que précise le journaliste et écrivain catholique Michael Davies, c'est qu' "un prêtre romain, de très haute réputation, tomba en possession de ce qu'il a considéré comme les preuves de l'appartenance de Mgr Bugnini à la Maçonnerie. Il fit transmettre par un Cardinal en mains propres ces preuves au pape Paul VI, accompagnée de l'avertissement selon lequel, si des mesures n'étaient pas prises sur le champ, il serait obligé en conscience de rendre cette affaire publique. La démission et l'exil de l'Archevêque suivirent aussitôt."
A présent, la vraie question subsiste : ces preuves étaient-elles authentiques, ou s'agissait-il d'une cabale montée contre Mgr Bugnini ?
Ce dernier, on l'imagine, nia énergiquement être franc-maçon : "Cette divulgation fut effectuée dans le plus grand secret, mais l'on savait que la rumeur circulait déjà dans les milieux de la Curie. C'était une absurdité, une calomnie perverse. Cette fois-ci, afin de mieux attaquer la pureté de la réforme liturgique, ils essayaient de ternir l'intégrité du Secrétaire de cette réforme." (Op. cit., pp.101-102).
D'un autre côté, dès le 22 octobre 1975, Mgr Bugnini fit remettre au Pape une lettre protestant de son innocence, du reste assez maladroite, prétendant "tout ignorer de la maçonnerie, de ce qu'elle est, de ce qu'on y fait, de ses buts". (Ce qui, comme certains l'ont fait - un peu perfidement - remarquer, était ou trop dire, ou pas assez). Paul VI ne répondit même pas. Ce qui ne peut manquer de surprendre compte-tenu de l'extraordinaire union qui existait depuis des années entre eux.
On ne peut manquer non plus de s'étonner du fait que le Vatican n'ait jamais donné aucune raison officielle du renvoi de Mgr Bugnini, ni, même au plus fort des "déballages" journalistiques, jamais démenti les allégations faisant de lui un franc-maçon. Michael Davies a pu rencontrer le prêtre qui avait eu le dossier Bugnini entre les mains. Pressé de rendre ces documents publics, afin qu'ils soient vraiment analysés, il lui répondit : "Je regrette de ne pas être en mesure de satisfaire à votre demande. Le secret qui doit entourer cette dénonciation est absolu, et tel il doit demeurer, pour de nombreuses raisons. Le simple fait que le Monsignore susmentionné ait été sur le champ démis de son poste, suffit. Cela signifie que les pièces étaient plus que convaincantes."
Voilà ce qui est incontestable. Sur cette base, dans les milieux traditionnalistes, a fleuri un grand nombre de précisions dont la valeur est diversement appréciée (l'inscription, le 23 avril 1963, de Mgr Bugnini, sous le nom d'initié "Buan", sur le Registre Maçonnique Italien publié en 1976, les circonstances rocambolesques dans lesquelles l'archevêque aurait oublié son attaché-case dans une salle de conférence, où il fut trouvé par un moine dominicain chargé de ranger la salle, et qui recherchant seulement l'identité du propriétaire de cet attaché-case, serait tombé sur des documents dont les signatures et les en-têtes démontraient qu'ils émanaient de dignitaires de sociétés secrètes de Rome, adressés au "Frère Bugnini", etc).
La vérité reste donc mystérieuse. On est d'ailleurs tenté de conclure, avec Michael Davies, que "la question importante n'est pas de savoir si Mgr Bugnini était Maçon, mais de savoir si la manière par laquelle la Messe est aujourd'hui célébrée dans la plupart des paroisses, élève vraiment les esprits et les coeurs des fidèles vers Dieu plus efficacement que ne le faisaient les célébrations pré-conciliaires, cette Messe de St Pie V que le P. Faber appelait 'la plus belle chose de ce côté-ci du ciel'".

=== Bibliographie ===
* Mgr Annibale Bugnini, '' La Riforma liturgica (1948-1975)'', Rome, CLV-Edizioni liturgiche, 1983.
* John, Cardinal Heenan, '' Crown of Thorns '', Hodder, 1974.
* Michael Davies, '' Pope John's Council '', Arlington House, 1977.
* Nicola Gianpetro, '' Il cardinale Ferdinando Antonelli'', Rome, Studia Anselmiana, 1998.
* Mgr Tissier de Mallerais, '' Mgr Lefebvre, une vie '', Etampes, Ed. Clovis, 2002.
=== Liens ===
Étude Rore-Sanctifica
Éditorial "La Porte Latine"